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Nouvel appartement
11 juillet, 2015, 16 h 31 min
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Après trois années de séjour á la cité des amandiers, j’étais l’un des derniers français à y résider les autres VSNA étaient presque tous rentrés en France leur période militaire étant terminée, sauf quelques uns qui comme moi souhaitaient intégrer l’Université mais qui contractuels en Algérie n’avaient pas d’emploi en France. Aussi j’ai fait une demande et j’ai obtenu un nouvel appartement au centre ville dans la résidence Perret, une tour de plus de 20 étages, construite dans les années 60 par Auguste Perret, architecte célèbre surtout pour avoir reconstruit Le Havre après la guerre 39/45 mais qui avait fait du bon travail à Oran puisque sa tour était antisismique, construite autour d’un énorme pilier central et qu’elle a résisté aux fréquents petits séismes qui se produisent dans la région.

 

Cet appartement était auparavant occupé par un couple d’universitaires égyptiens j’aurais du m’inquiéter dans la mesure ou j’avais déjà vécu trois ans avec des voisins égyptiens. Nous avions des problèmes de voisinage á différents niveaux, le principal c’était leurs ordures qu’ils jetaient par la fenêtre de leur cuisine et qui tombaient  sur le linge qui séchait aux fenêtres (leur spécialité était la chemise blanche  au marc de café qu’une collègue en colère leur montrait de temps en temps pour les sensibiliser mais sans résultats); quand on essayait de leur poser le problème leur argument était : « on jette loin… », alors que l’on essayait de leur expliquer que la solution était de descendre les ordures dans la poubelle commune comme les autres locataires. L’autre problème apparaissait lorsque l’un d’entre eux achetait une voiture; en effet ils n’avaient pas de permis de conduire, mais ils avaient trouvé une astuce qui consistait à déclarer la perte de leur permis à la wilaya qui leur délivrait une attestation provisoire ensuite ils apprenaient à conduire dans le parking et il fallait aussitot enlever nos véhicules, car c’était assez proche du stock-car.

 

Autre particularité de cette cité, dans les vides sanitaires sous les immeubles, s’étaient installés des bergers qui y fabriquaient des fromages de chèvre pas très sains. Un collègue belge qui s’y approvisionnait finit par se retrouver avec une fièvre de Malte qui fut difficile à identifier et à soigner. Pour continuer sur les maladies, l’eau du robinet était salée (5 g par litre) donc idéale pour faire cuire les nouilles, mais imbuvable aussi certains d’entre nous allaient chercher de l’eau douce dans un village voisin Misserghin, célèbre car c’est là que le frère Clément a créé la clémentine par croisement à la fin du 19ème siècle, mais c’est une autre histoire. En effet, dans ce village, au niveau d’une fontaine dédiée à la vierge coulait de l’eau douce, mais pas vraiment miraculeuse puisque la plupart des collègues qui en consommèrent se sont retrouvés avec une hépatite virale. En ce qui nous concerne, moi Normand et mon collègue Breton, nous ne buvions jamais d’eau et nous avons échappé à la maladie. De là à penser que toutes les maladies sont dans l’eau, il n’y a qu’un pas, théorie que j’ai développée  au cours de mon long séjour au Maghreb en ne buvant, en dehors du vin et de la bière, que des boissons gazeuses dont l’absence de trouble garantissait la stérilité ( je n’avais pas fait des études de microbiologie pour rien).

 

Mais pour en revenir à l’appartement de la résidence Perret, à l’ouverture des portes, j’ai senti qu’il n’avait pas été vraiment réceptionné par les services compétent, en effet il y avait un tapis de 50 cm d’épaisseur d’ordures ménagères qui recouvrait tout le sol de la cuisine et qu’il fallu dégager à la fourche. Autre surprise, dans les toilettes il y avait, entassé jusqu’au plafond, 3 ans de serviettes hygiéniques, enfin la deuxième chambre sentait le moisi car elle servait de sèche linge mais les fils de l’étendoir étaient des cathéters  usagés (l’égyptienne était médecin hématologue) que je me suis empressé de jeter. Je me suis quand même installé dans l’appartement après avoir tout nettoyé et javellisé (toujours la microbiologie), embauchant pour l’occasion une femme de ménage très exotique que j’ai employé comme dame de compagnie les 9 années suivantes.

 

Une dernière anecdote concerne mes voisins égyptiens du précédent appartement : ce voisin était un bon musulman, il avait deux épouses et nous lui avions fait bêtement cadeau d’un sommier métallique deux places dont nous n’avions plus l’usage. Dans l’appartement 3 pièces qu’il habitait au dessus de nous, chacune des deux femmes en occupait une, mais comme il n’avait qu’un seul lit (celui que nous lui avions malencontreusement donné) il le déplaçait d’une chambre à l’autre afin d’honorer l’une puis l’autre. Comme cette activité se déroulait vers 20 h nous ne manquions pas d’inviter quelques collègues à l’apéritif pour être des témoins sinon oculaires du moins auditifs de ces ébats amplifiés par les grincements du sommier. Aussi nous le surnommâmes « tire-deux-coups ». Malheureusement il mourut quelque temps après d’une crise cardiaque due très certainement à une consommation excessive de fèves fraîches à moins que ce soit de surmenage… La veillée funèbre qui dura deux semaines fut aussi un moment difficile car mon appartement était pris en sandwich entre celui du dessus occupé par les pleureuses et celui du second étage occupé par les hommes qui faisaient de la musique et auxquels je suis malgré tout à allé présenter mes condoléances.

 

Dans l’immeuble abritant mon nouvel appartement il y avait deux problèmes l’eau et les ascenseurs. L’eau tout d’abord était distribuée par gravité  à partir d’un réservoir situé sur le toit de la tour et pour monter l’eau jusque là il fallait une grosse pompe qui tombait souvent en panne et que des coopérants de diverses nationalités s’évertuaient à réparer. Mais lorsque l’eau revenait, c’était les grandes eaux de Versailles car il y avait toujours un ou deux qui locataires avaient oublié de refermer leurs robinets et très rapidement l’eau dévalait les escaliers sur plus ou moins de 20 étages. Nous n’avions plus qu’à écoper. Pour les ascenseurs, c’était plus dangereux habitant au deuxième étage je montais heureusement à pied mais lorsque j’étais invité dans les étages il fallait bien les utiliser. Lorsqu’ils marchaient, ils ne s’arrêtaient pas toujours au bon étage et parfois entre deux paliers et il fallait alors sortir en rampant. Souvent pour  lancer la cabine qui n’était pas munie de porte, ceux qui étaient près de l’ouverture devaient patiner avec leurs mains sur le mur pour amorcer la montée. Pour arrêter au bon étage une technique consistait à glisser sa main entre le mur et la cabine puis attraper au passage la targette qui arrêtait la cabine. Tout cela était très dangereux, pourtant je n’ai pas souvenir d’accident grave ou alors je n’en ai pas été informé



Saison 2 – L’Algérie – Installation à Oran
6 juillet, 2015, 11 h 33 min
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L’objection de conscience  présentait un risque car, à l’époque, elle interdisait l’accès à la fonction publique (du moins c’était le bruit qui rodait);  ayant comme projet professionnel d’intégrer un jour l’Université, je choisis la seconde option le service national actif l’important pour moi étant de ne pas côtoyer de militaire (depuis je suis revenu sur cette intransigeance, il n’y a que  les …). Mon épouse étant hispanisante et moi travaillant sur le maïs plante d’origine mexicaine), nous espérions partir, suite à notre demande, au Mexique mais le Ministère des Affaires Etrangères nous envoya en Algérie, pays qui à l’époque était très demandeur d’enseignants. C’est ainsi qu’après avoir traversé la France dans ma vieille Renault 4, nous avons embarqué début septembre 1974 sur « l’Avenir » un bateau de la SNCM au nom prémonitoire. Pour une croisière, si l’on peut dire, car le premier soir à cause de la tempête à la sortie du golfe du Lion alors que l’on nous servait un gueuleton, je fus pris de nausées et sorti dans les premiers (enfin premier quelque part !) du restaurant pour aller vomir par-dessus le bastingage. Je passais le reste du voyage allongé dans ma cabine en fond de cale près des machines (nous n’étions pas des VIP).

 Le lendemain nous arrivâmes en vue d’Alger la blanche (du moins c’est ce qui était marqué dans les livres) qui ne nous paru pas aussi blanche que cela. Les services de l’ambassade de France nous avaient organisé un stage de formation á Zéralda (un centre de vacances de la Sonatour comme les clubs Med, avec le soleil mais sans les nanas) ou plutôt de préparation aux problèmes que nous n’allions pas manquer de rencontrer. Ce séjour au bord de la mer aux frais du ministère avait été très agréable, nous étions une bonne centaine, prêt à servir un jeune pays en construction dont une trentaine affectés à l’université d’Oran Es-Senia mais malheureusement nous n’avions pas eu le temps de faire connaissance. Il faut dire que ma copine d’études et de bureau à Caen  était déjà en poste à Alger et je l’avais fait venir avec son mari pour profiter clandestinement de ce séjour et de ce fait j’ai peu fréquenté mes futurs collègues. Le dernier jour après nous avoir donné quelques Dinars et présenté le colonel qui allait nous prendre en charge et dont nous allions dépendre durant notre période militaire, les responsables de l’ambassade prirent congés en nous demandant de rejoindre nos affectations respectives, sans autre forme de procès, autrement dit démerdez vous, pardon débrouillez vous, on s’en lave les mains.

Plus de 400 Km pour rejoindre Oran, cela nous fit arriver en soirée sans point d’accueil. Il fallait trouver une solution, je me garais dans la rue d’Arzew et décidais d’arrêter le premier véhicule de coopérant (facile à identifier par leurs plaques d’immatriculation marquée CT). La première fut la bonne, j’expliquais notre situation au jeune couple qui proposa aussitôt de nous héberger ayant vécu la même galère l’année précédente. Il restait à trouver un garage pour la voiture car elle était pleine à raz-bord du matériel indispensable à notre installation et en particulier d’un réfrigérateur introuvable dans le pays que j’avais apporté sur les conseils judicieux d’un ami déjà en poste à Constantine; j’avais enchaîné et cadenassé tout mon matériel, mais si j’avais laissé la voiture dans la rue, je n’aurais rien retrouvé le lendemain. Nous avons obtenu une place dans un garage contre pas mal l’argent, mais le lendemain ma voiture était intact. Ce n’était pas le cas de collègues qui n’avaient pas pris autant de précaution; surtout un couple bobo qui était venu avec une Diane en plastique et qui a dû repartir en France  pour racheter toutes leurs affaires.

Le lendemain, nous nous retrouvèrent tous dans les  bureaux du rectorat pour signer notre prise de fonction et surtout  obtenir notre logement. En effet à l’époque tous les logements appartenaient à l’état algérien  aussi l’attribution d’un logement d’état était incontournable. Malheureusement nous apprîmes que les logements qui nous étaient destinés n’étaient pas terminés et que nous allions temporairement être logés dans une cité étudiante en construction, c’est-à-dire sans eau et sans électricité. Nous nous sommes installés comme les autres dans une chambre d’étudiant avec un camping-gaz posé sur le frigo et les cantines comme table de chevet. Il n’y avait qu’un point d’eau sur le chantier et, pour l’électricité l’armée avait apporté un groupe électrogène qu’il fallait alimenter le soir si l’on voulait de la lumière. Nous étions à deux jours de la rentrée, il ne me restait plus qu’à préparer mon premier cours d’amphi (leçon inaugurale en quelque sorte…). Face à tous ces problèmes, nous avons très vite renoué avec les traditions de  Mai 68 avec nombreuses AG, interventions au consulat, manifestation sous les fenêtres du recteur (le Docteur Lazreg, ancien médecin militaire du président Boumedienne) qui nous sorti lors d’une harangue du haut de son balcon : « vous les aurez vos piaules « . Nous sommes quand même restés plus d’un mois dans cette cité étudiante.

Ensuite nous avons obtenu un appartement « neuf »  dans la cité des amandiers (très joli nom pour une des cités les plus populaires d’Oran), construite en bordure de la ville par la France au début des années 1960 pour loger à l’époque les populations maghrébines autochtones … Donc du logement social à la française mais construit trop tard et jamais terminé pour cause d’indépendance de l’Algérie avec dans sa conception une vision très orientée de la « sous » population locale, puisque les cuisines étaient des cuisines balcon, ouvertes sur l’extérieur, car pour les responsables de l’urbanisme de l’époque ces gens la, faisaient leur cuisine sur des Kanouns et il fallait que la fumée puisse s’échapper ; de plus les WC (à la turque) étaient combinés avec la douche (il suffisait de mettre la clayette et de ne pas se tromper de chaîne).

Bref dans ces luxueux appartements,  après négociation nous avions quand même obtenu que la cuisine soit fermée et qu’il y ait une vraie salle de bain avec une baignoire-sabot et que les wc avec siège soit séparés. Malheureusement l’eau ne montait quasiment jamais jusqu’à notre étage, alors que nous avions installé un chauffe-eau à gaz de ville modifié butane grâce à un collègue bricoleur (il était ingénieur Art et Métiers, et il nous avait redimensionné les gicleurs pour le butane). Ce qui failli être fatal à des collègues algériens qui nous voyant avec de l’eau chaude ont voulu faire de même mais sans changer les gicleurs et se sont retrouvés à l’hôpital. Pour éviter d’autres accidents nous avons ramené des lots de gicleurs de France et les avons distribués aux voisins les plus proches (nous ne pouvions sauver toute la population algérienne).

Dans ces appartements non meublés, une fois les gravas enlevés et le sol repeint par nos soins, nous nous mimes en quête de mobilier, découvrant rapidement qu’il y avait à Oran une pénurie de tables comme de chaises (Ikea n’était pas encore installé), mais aussi de bois. La seule solution, c’était les marchands des puces de “Petit lac” qui revendaient ce qui restait encore des meubles abandonnés par les pieds-noirs, il y a une dizaine d’année, mais aux prix des antiquités. Malheureusement ma maigre solde (à l’époque j’étais militaire) ne nous permettait pas d’acheter ces meubles et nous avons seulement  acheté une petite table basse à thé, achat précieux  que nous utilisons toujours car je l’ai ramenée sur la galerie de ma voiture, 12 ans après, lors de mon retour définitif en France. Aussi nous nous sommes rendus à la  Sonacob, (société pour la commercialisation du Bois ou plutôt de l’aggloméré), le vrai bois étant très rare, l’armée française ayant détruit la plupart des forêts au napalm quelques années au par auparavant. Á  l’époque, dans l’Algérie socialiste,  copie du système soviétique centralisé, tout passait par la planification et les Sociétés Nationales : « Sonatour » pour le tourisme, « Sonelgaz » pour le gaz et l’électricité, « Sonatrach » pour le pétrole et l’essence, « Sonarem » pour les mines, « Sonacom » pour les véhicules à moteur, « SNTA » pour le tabac et les allumettes, « SNTF » (société nationale pour le transport ferroviaire) pour les trains, la SNED pour les livres et enfin le plus important pour nous « ONCV»  (office nationale de commercialisation du vin) pour le vin et la bière, et j’en oublie sûrement.

Il ne nous restait plus qu’à fabriquer des meubles. Nous fûmes trois couples à nous lancer dans cette activité le couple d’en dessous dont les parents étaient menuisier entrepris d’aménager une cuisine et de construire un canapé. Le célibataire du second étage aménageant  une salle de bain en lambris style sauna finlandais pour accueillir sa future épouse  et moi fils de charcutier je dus acquérir de nouvelles compétences pour fabriquer une table, des bancs et des étagères de cuisine de part et d’autre de la fenêtre avec une tablette pour déjeuner face au magnifique paysage (en Algérie les paysages sont toujours grandioses … de loin).

Nous avons aussi fabriqué des armoires avec des caisses à thé chinoises puis nous avons dû  importer clandestinement du Maroc, réchaud à gaz, verres, assiettes et couverts ; seules des banquettes avec matelas mousse étaient fabriquées localement et commercialisées, associées à une table basse à thé c’était le mobilier de base de tous les appartements. Autre problème, ces appartements n’étaient pas raccordés au réseau électrique, heureusement un des voisins possédait un voltmètre. Il  trouva très vite une arrivée de courant et brancha tous les appartements des Français mais aussi ceux des Égyptiens et des Belges (nous n’étions pas racistes) et une fois les colonnes alimentées, il fut facile mais pas très réglementaire de faire des fusibles avec des morceaux de papier d’aluminium pour alimenter les différentes pièces.

C’était parti pour douze années, mais je ne le savais pas encore et au bout de trois ans, j’ai obtenu un appartement en centre ville dans la résidence Perret, une tour de plus de 20 étages, mais par chance j’étais au deuxième. Je vous en parlerai plus tard.

 



Fin de mes études à Caen
29 juin, 2015, 9 h 13 min
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1968, les sessions d’examen étant reportées en septembre et octobre il ne me restait plus qu’à bosser. Après deux semaines de camping en Bretagne pour décompresser « au frais » après l’Espagne, retour à Caen pour les révisions et j’ai tellement bien bossé que j’ai été reçu mais à la deuxième session, titulaire d’un DUES CB. Dans un premier temps cela m’a semblé un plus mais quelques années plus tard, alors que je préparais une thèse, rencontrant ceux qui avaient été collé je découvris qu’ils étaient maintenant pharmaciens car, en novembre 1968, ils avaient obtenu une équivalence  pour rentrer en deuxième année de pharmacie et mené à bien leurs études. Alors que je survivais avec une maigre bourse et un petit boulot de moniteur, ils avaient un salaire conséquent de pharmacien d’officine; leur échec en 68 avait été récompensé alors que ceux qui avaient réussi comme moi étaient voués au chômage, comme quoi l’excellence n’est pas toujours récompensée. Mais d’un autre côté, être condamné tout sa vie à vendre des carottes (référence à un dessin de Reiser) pardon des boîtes de médicaments, en dehors des avantages financiers, l’intérêt à long terme de ce métier était plus que douteux. Aussi je n’ai rien regretté, encore que mes parents avaient les moyens de m’acheter une pharmacie et je serais maintenant propriétaire d’une villa à Dinard, comme maintenant, mais de 10 pièces avec piscine et vue sur la mer.

Donc, poursuite de mes études à Caen en licence mais là, j’ai fait deux ans au lieu d’un, en ratant l’un des certificats (car amoureux), celui de botanique, mais réussissant celui de physiologie végétale, matière que j’ai ensuite enseignée durant toute ma carrière, comme quoi le destin. L’année suivante j’ai mis un pied dans le monde du travail, j’ai obtenu un poste de  pion-prof ou plutôt de prof payé comme un pion. Faisant des cours de sciences naturelles a des élèves de 6ème et je ne me suis pas vraiment éclaté (je n’aime pas les enfants …), heureusement, compensation, j’avais rencontré une personne du sexe comme on disait à l’époque. Mais là, c’est du domaine du privé. Très motivé par mon passage en collègue j’ai donc rattrapé mes études (avant je les poursuivais) en obtenant les deux derniers certificats de maîtrise avec mention AB et excusez moi du peu, major dans celui de phytogéographie; l’enseignant responsable m’ayant convoqué après la publication des résultats, je pensais que c’était pour me féliciter mais au contraire, après un échange de salutations il aborde tout de suite les résultats des examens en me disant pour caractériser ma première place : « Au royaume des aveugles les borgnes sont rois ».

Tout était dit,  cette sentence mis fin à notre entrevue et j’abandonnais définitivement cette spécialité et pourtant elle me plaisait; le moment ayant été une semaine de stage de terrain dans le Lubéron ou j’ai inventorié et cartographié des zones à pins d’Alep plus ou moins en voie de dégradation; cela se caractérisait par une moindre abondance des arbres et une plus forte présence du chêne kermès (celui qui se couvre de cochenilles que l’on exploitait dans le temps pour fabriquer le rouge cochenille remplacé par des cactus mexicains) s’installant dans les pinèdes dégradées (mais vous n’en avez rien à faire).

Lors de ce stage nous étions associé à des étudiants géographes et l’on m’avait mis en binôme avec une princesse africaine qui refusait de me parler; du coup je l’ai rapidement perdue sur le terrain et comme elle refusait de répondre à mes appels, je ne l’ai pas retrouvée, ni revue et j’ai poursuivi mon stage seul mais avec succès: j’ai du travailler pour deux mais j’ai rendu un excellent rapport qui m’a valu une excellente note (ce qui n’était pas dans mes habitudes). Ma tendance naturelle durant mes premières années d’études universitaires étant de faire juste ce qu’il fallait pour arriver à la moyenne, note qui me satisfaisait pleinement.

L’année suivante j’ai poursuivi en DEA que j’ai obtenu avec mention passable mais il faut savoir que la médecine, suite à la visite médicale obligatoire, m’avait quasiment condamné pour un problème pulmonaire et que j’ai été hospitalisé 8 jours après mes examens. Pour obtenir la bourse permettant de financer ce diplôme (mes parents n’y participant plus) et éviter que leurs revenus ne soient pris en compte, je me mariais rapidement à la mairie de Caen en présence de deux témoins : l’une prof d’espagnol  pour mon épouse future et l’autre pour moi un copain qui faisait un service civil dans un centre  d’accueil pour clochard. Aussi entre deux mariages traditionnels en costard trois pièces et robe blanche de mariée, nous avons attendu un certain temps jusqu’à ce que j’intervienne auprès du planton qui attendait les futurs mariés.

Le sujet proposé par le professeur responsable du laboratoire où j’allais effectuer mon stage était assez éloigné des activités habituelles de l’équipe de recherche qui étudiait la physiologie des halophytes des côtes de la manche. Je me suis donc intéressé (c’était le terme du prof  et je n’avais pas vraiment le choix) aux peupliers et à la populiculture dans le bocage virois. Cette étude était proposée par la chambre d’agriculture du Calvados qui prenait en charge les déplacements nécessaires à l’enquête sur le terrain. Un technicien agricole m’emmenait ainsi plusieurs fois par semaine visiter les plantations des agriculteurs dont la mise en place avait été subventionnée. J’avais remarqué un fait intéressant : dans la plupart des cas la plantation correspondait à la naissance d’une fille et vingt ans après la vente des arbres permettait d’en financer le mariage ou la dote (mais ne faisant pas d’éthologie, je ne l’ai pas signalé dans mon mémoire et n’y voyaient pas une remarque machiste, ce n’est pas mon genre).

Le plus contraignant dans cette activité d’enquêteur, c’était d’établir une relation de confiance avec les propriétaires et cette relation, après la visite de la plantation et les quelques mesures que je devais réaliser, s’établissait devant un café bien arrosé de Calvados. A la troisième visite en fin de matinée, mon chauffeur accusait gravement, ce qui ne l’empêchait pas de déjeuner au rouge si bien que l’après midi, il s’endormait souvent au volant et devait faire une petite sieste avant de pouvoir me piloter durant le reste de la journée. En complément de cette enquête, je mettais au point en laboratoire un protocole d’analyses des échantillons de sols que je prélevais dans les peupleraies les plus caractéristiques. Je ne fis pas moi-même ces analyses qui furent effectuées par un autre stagiaire après la remise de mon mémoire mais ce dernier fut ensuite publié comme anonyme par la chambre d’agriculture sans que j’en sois informé, premier contact, à mes dépens, avec la réalité du monde de la publication (il faut souvent se battre pour être parmi les auteurs des publications). Je n’ai pas poursuivi dans cette voie pourtant j’avais mis en évidence une corrélation significative entre le développement des arbres la distance de plantation et la profondeur de sol exploitable par les racines (mais là encore vous n’en avez rien …).

L’année suivante, je poursuivais en thèse cette fois en relation avec un autre organisme agricole une coopérative qui produisait du maïs pour l’alimentation animale : CoopCan. Cette fois le sujet proposé par mon directeur de thèse portait sur un comportement anormal des jeunes plants de maïs dont les feuilles se teintaient anormalement de violet tirant vers le bleu. N’arrivant pas à reproduire ce phénomène dans les conditions contrôlées du laboratoire, j’ai réorientés mes travaux vers les effets de la sécheresse sur la nutrition minérale des jeunes plants de maïs en simulant artificiellement un déficit en eau à l’aide d’agents osmotique comme le polyéthylène glycol, mais j’avais perdu un an aussi mon sursis était épuisé et ne voulant pas partir à l’armée je n’avais que deux solutions : l’objection de conscience ou le départ à l’étranger en coopération. 



A nous les petites allemandes
22 juin, 2015, 9 h 38 min
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Juste pour expliciter le titre (pastiche d’un film culte générationnel) en été, à l’époque,  pour rencontrer des jeunes filles allemandes voir néerlandaises l’Espagne était le meilleur « spot » (pour parler jeune) et les espagnoles me direz-vous, et bien non, car elles n’avaient pas le droit de sortir de chez elles hormis sous surveillance masculine; nous étions encore sous Franco et la movida n’avait pas encore eu lieu.

 

Le copain qui venait de passer son concours pour rentrer à l’Agro nous avait rejoint avec sa DS et nous sommes parti pour l’Espagne; comme prévu le passage de la frontière fut un peu long car mon copain au foulard rouge fut retenu une petite heure (simple vérification). On a ensuite roulé jusqu’à Barcelone, on a jeté un coup d’œil sur la « Sagrada Familia » puis on est allé à la plage et surtout le soir faire un tour dans le « Barrio Chino ». Rapidement, entrainé par un rabatteur, nous sommes  rentrés dans un bar louche; deux dames se sont installées à notre table et ont commencé à boire du mauvais champagne espagnol à notre santé et à nos frais; sentant que nos vacances allaient être compromises financièrement nous avons rapidement quitté l’établissement sans même avoir fini notre verre (j’évite le terme consommé qui dans un tel lieu peut être ambigu).

 On a passé la nuit dans la voiture et le lendemain, on est parti sur la côte draguer les petites allemandes; au moins, c’était gratuit ou presque. Installé dans un camping au bord de la plage de « Pineda de Mar » dès le lendemain, de la plage, nous avons fait du stop à un pédalo piloté par deux jeunes allemandes et comme dans les films (et oui cela arrive même dans la vrai vie) elles sont venues nous chercher … Deux ou trois jours de bonheur, en plus j’avais séduit la plus blonde, donc la plus belle… Malheureusement leurs vacances étaient terminées, fin d’une idylle qui avait à peine débuté.

Un autre problème a rapidement surgi, le manque d’argent car le camping coûtait fort cher en Espagne. Le collègue à la DS décida de rentrer et nous de rester au soleil, mais sans argent. Le lendemain nous avons décidé « d’essayer » d’aller travailler pour financer la suite de notre séjour. A cette époque l’Espagne construisait des autoroutes et pour cela les entreprises avaient besoin de beaucoup de main d’œuvre pour transporter des graviers (dans des paniers sur les épaules à croire qu’ils n’avaient pas encore inventé la brouette) afin de remblayer les futurs routes. La journée de 10 h de travail était payée 200 pesetas, ce qui ne couvrait même pas le prix de la nuit de camping pour trois. En Mai nous nous étions rapproché (surtout virtuellement) du monde ouvrier, mais la réalité nous a rattrapé, et à ce tarif, il n’était pas possible d’aller plus avant dans le rapprochement avec la classe ouvrière. Notre idéal révolutionnaire en a pris un coup. Nous vivions par anticipation (alors que les événements de Mai n’étaient pas encore terminé) le rendez vous manqué entre étudiants et ouvriers qui a été une des causes de l’échec de « la révolution de Mai 68″. Du moins c’est ce que les intellectuels ont écrit par la suite. Aussi nous repartîmes sans nous faire embaucher, mais sans faire de manif.

Face à cette situation dramatique plus d’argent nous avons pris une décision courageuse et téméraire de fils de petits bourgeois. Nous nous sommes rendus à la poste et avec nos derniers sous, nous avons envoyé des télégrammes à nos familles respectives qui nous croyaient à l’université de Caen. Cet appel au secours était simple : « Envoyez nous un mandat sinon on ne pourra pas rentrer en France »; un message fort, mais en peu de mots pour économiser nos derniers sous. Comme on avait des bons parents, cela a marché et trois jours après nous avions des mandats en poste restante. Le mien et celui de mon copain d’Alençon, tous les deux issus du milieu petit commerçant étaient suffisant, celui de notre troisième compagnon, fils d’ouvrier maçon italien ne lui a pas permis de poursuivre ses vacances, toujours le même problème d’incompréhension avec le monde ouvrier.

Mais parce qu’il y un mais, il fallait survivre 3 jours sans argent. L’unique solution vivre de nos charmes, cette fois des Hollandaises fraîchement arrivées dans le camping (en remplacement des Allemandes) que l’on emmena tout de suite dans un bar dansant; bêtement bien que n’ayant pas plus d’argent que les autres mais surement plus soif, je suis allé commander les boissons et quand je suis revenu les deux hollandaises étaient déjà en main (si je puis dire). Déjà très amoureuses, l’été à cette époque cela allait vite, elles payèrent les consommations sans rechigner. Pour le repas du soir, elles piquèrent quelques conserves à leurs parents et purent nourrir mes copains les jours suivants. Mais pour moi pas de Hollandaise en vue et dans le night club pendant que mes copains s’occupaient de leurs nouvelles copines, j’ai bavardé au bar avec un Espagnol un peu plus âgé qui m’a rapidement payé à boire puis à manger les jours suivants. Les mandats arrivèrent enfin et d’un petit coup de téléphone nous avons remercié et rassuré nos parents (comme quoi nous ne sommes pas des mauvais fils peut être un peu prodigues, mais pas indignes…).

Mais nouveau problème, le troisième soir, le garçon m’ayant entraîné sur la plage voulut rentrer si l’on peut dire … dans ses frais. Je ne du mon salut que dans la fuite, heureusement il ignorait où je logeais. J’attendis mes copains dans la tente qui rentrèrent très tard dans la nuit et leur ayant expliqué ma situation particulière; afin d’éviter que la fin du séjour ne soit compliquée, je réussis à les décider à rompre leurs relations amoureuses et à partir le lendemain. Les adieux furent déchirants sauf pour moi … Heureusement … (évitez de chercher un double sens, merci). Nous sommes parti cette fois en train et sans billet (il nous fallait économiser). Nous avons pris le train très « Far-West » qui longeait la côte en roulant presque au pas et dont les  wagons étaient munis de passerelles ouvertes au niveau desquelles il était facile de monter sans billet.

 

Nous remontâmes vers le nord, nous arrêtant à Cadaqués. L’un d’entre nous (le fils d’ouvrier) rentra en France et nous restâmes à deux pour assouvir une nouvelle passion la chasse sous-marine. Pendant huit jours, nous avons pratiqué cette activité après avoir acheté le matériel nécessaire pensant nous nourrir de poisson. Nous chassions dans les rochers en posant nos affaires sur le mur blanc d’une villa bizarre avec plein de gros œufs blancs dans le jardin; je découvris beaucoup plus tard que le propriétaire en était Salvador Dali (un de mes peintres préférés, dommage qu’il ne nous ai pas fait un petit dessin !). J’avais acheté une guitare, le poisson était difficile à attraper, l’argent vint à manquer.

Le mois de juillet était bien entamé, le coup du mandat risquant de ne plus marcher, nous avons décidé de rentrer … en stop. Avant la frontière nous nous sommes séparés, car il est souvent plus difficile d’être pris en stop à deux; Mais il y avait beaucoup d’auto-stoppeurs sur la route menant au Perthus, et comme je n’aime pas être seul, j’ai fait la connaissance d’un Black marocain qui avait quelques difficultés à être pris en stop. Nous avons passé la frontière ensemble sans être contrôlés  à l’arrière d’une grosse Mercédès conduite par des allemands très sympathiques qui nous ont laissé à Perpignan; et là, grosse galère, beaucoup trop d’auto-stoppeurs (surement des ex-révolutionnaires comme nous); nous avons passé toute la journée sur le bord de la nationale, nous ne sommes partis que tard dans la soirée et l’automobiliste nous a laissé en pleine campagne avant Cahors. Nous avons dormi dans un fossé, heureusement il faisait beau et je ne regrettais pas mon compagnon dont la présence me rassurait, une galère à deux on partage. Le lendemain nous sommes repartis, le ventre vide, pour la deuxième journée et là impossible de trouver une voiture et nous avons du prendre un autocar pour rejoindre Cahors, en cassant mes derniers billets pour payer les deux places (je suis partageux) mais en conservant 5 francs en cas de contrôle policier pour ne pas être accusé de vagabondage (en fait il semble que ce soit une légende). A Cahors nous nous sommes séparés et j’ai continué vers Brive la Gaillarde où je suis arrivé le soir le ventre vide, mais tout de suite pris en charge par une bande d’étudiants qui occupaient encore la Maison de la Culture et dans laquelle j’ai dormi entre deux rangées de fauteuil. Toutefois j’ai dû refuser de me produire sur scène, car ayant une guitare dans le dos ils pensaient que je savais en jouer, sans les détromper (je voulais profiter du gite et du couvert) je leur  ai montré que les cordes n’avaient pas supporté le voyage ce qui m’a servi d’excuse (dommage, j’aurais pu débuter une carrière de chanteur à minettes). J’ai pu me laver dans les toilettes du théâtre bien qu’habitué depuis peu au jeune forcé, j’ai accepté le sandwich qu’ils m’ont donné. Encore une journée de stop pour finir à Tours et dormir à nouveau dans un fossé après avoir sans succès essayé de squatter une tente en exposition. Je réussis enfin à gagner Alençon, le lendemain mais dans un assez sale état, du moins c’est ce qu’on raconté les voisins à mes parents qui étaient partis en vacances avec mon frère et ma soeur.



Mai 1968
16 juin, 2015, 19 h 19 min
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Lorsqu’arrivèrent les événements de Mai 1968, j’étais un étudiant plutôt politisé, syndiqué à l’UNEF, et à un autre mouvement politique  et je participais à presque toutes les manifs (envie de marcher, peut-être).  Aussi en Mai, je fus activiste un peu malgré moi, ce n’était que ma deuxième année d’université et j’étais encore très timide, n’osant pas prendre la parole en publique, alors que j’étais poussé par mes collègues de l’UNEF à organiser et animer des AG dans la filière  biologie de la Faculté des Sciences. J’étais aussi réquisitionné pour participer aux piquets de grève avec des enseignants du SNESup mon futur syndicat (premier contact direct avec des assistants et des maîtres-assistants qui en formaient la masse principale).

 

Pendant les assemblées générales, dans l’amphithéâtre Pierre Daure (une sorte de salle de théatre), on essayait ensemble, pas encore de refaire le monde, mais dans un premier temps de changer l’Université dont le fonctionnement était très rétrograde. C’était en effet le domaine des professeurs mandarins (fonction que j’occuperais bien  plus tard, professeur des Universités mais pas mandarin) qui avaient tout pouvoir, à la fois sur les étudiants mais aussi sur leurs collègues subalternes (les assistants et les maîtres assistants dont le recrutement se faisait le plus souvent par cooptation) ce qu’il fallait, pour nous, absolument faire disparaître. Non seulement ils nous devaient leur existence (sans étudiants, ils n’étaient rien)  mais pour la plupart, vagues silhouettes au bas des amphis lors de leurs cours magistraux, ils nous méprisaient, vivant dans leur tour d’ivoire, inaccessibles.

 

Le seul contact avait lieu lors des examens oraux et quel contact … qui pouvait être intime, comme lorsque le prof de physiologie animale posait aux jeunes étudiantes : « parlez moi de la glande mammaire » et lorsque la jeune fille perturbée ne savait que dire (d’autant plus que ce n’était pas au programme), il avançait alors la main vers l’objet de ses désirs et devait noter en fonction de critères concrets. Après les événements, ce professeur eu l’obligation de pratiquer ses oraux en amphi devant les autres étudiants et non plus dans l’intimité de son bureau et avec possibilité de rattrapage par un autre prof quand ses questions étaient trop hors sujet. En effet, ce prof très spécial (que j’ai subi) annonçait la couleur dès son premier cours en expliquant que dans la mesure ou l’administration ne lui donnait pas suffisamment d’heures, il allait seulement nous présenter l’introduction à son cours et que pour la suite il fallait en prendre connaissance dans son ouvrage en deux tomes récemment publié : « cours de zoophysiologie  » (GAUTHIER-VILLARS, 1962). A cette époque les profs savaient y faire, il n’y en avait que deux exemplaires disponibles à la bibliothèque (j’ai essayé de changer cette règle, mes ouvrages sont largement disponibles, mais l’époque a changé et les étudiants ne lisent plus dans les livres …).

 

Autre particularité de ce prof, il venait faire ses cours dans un amphithéâtre comme les autres mais accompagné d’un de ses assistants pour prendre des notes (car il considérait que chacun de ses cours était une œuvre originale), et d’un appariteur pour effacer le tableau. En effet, il écrivait au tableau derrière lui en basculant sa chaise en arrière, sans se retourner (c’était très technique) aussi l’appariteur devait essuyer sans arrêt les quelques mots qu’il venait d’écrire lorsque nous en avions difficilement pris connaissance. Malgré tout il n’avait pas tout faux et développait une théorie comme quoi connaitre le vocabulaire d’une Science, c’était déjà connaître en partie cette science (d’où les fameux mots de vocabulaire qu’il écrivait derrière lui …). Il était aussi poète surréaliste et faisait souvent des séjours en hôpital psychiatrique. Il organisait aussi des démonstrations (auxquelles j’ai parfois assisté)  de ses expériences de physiologie pour le grand public au cours desquelles il découpait, en morceaux de plus en plus petit, un cœur de grenouille encore actif donc se contractant régulièrement  afin de montrer que cette capacité à se contracter était présente dans les plus petits fragments. Une autre de ses manips de recherche consistait à essayer d’implanter sur des chiens des dispositifs d’analyse des gaz du sang reliés par radio avec les enregistreurs du labo afin de faire des mesures en conditions naturelles, le chien courant sur le campus. Malheureusement les chiens en général ne résistaient pas à l’opération car à l’époque il n’y avait pas encore de micro-informatique et les capteurs étaient loin d’être miniaturisés. Des dizaines de chiens sont ainsi passés sur le billard, sacrifiés pour la Science (sans que Brigitte Bardot soit au courant, heureusement).

 

Mai 1968,  j’étais vraiment un militant de base sans aucune formation à la prise de parole, résultat de mon éducation où la règle de base était quand même « ferme ta gueule ». C’est d’ailleurs cette éducation, faite de brimades, qui était entre autre à l’origine des révoltes étudiantes. Aussi je n’ai pas joué de rôle particulier hormis celui de militant participant aux occupations des locaux; pour cela j’avais besoin d’un sac de couchage, lors d’un retour chez moi un weekend et comme il n’y en avait pas à la maison car nous ne faisions pas de camping, mon père m’envoya en chercher un chez un oncle marchand de peinture (à Alençon il y avait deux familles Tremblin : les Tremblin peinture et les Tremblin boudin et j’appartenais à la deuxième catégorie, moins riche que la première qui avaient en tant que grossiste le monopole sur tous l’ouest des pinceaux et de la peinture, alors que nous les boudins avions juste une marque déposée par mon grand père : « les rillettes du Château des Ducs d’Alençon » que l’on exportait  quand même en quantité toutes les semaines vers la région parisienne, mais je m’écarte) cette oncle qui était un ancien résistant du Vercors était très gaulliste de droite et même un peu plus et les événements de Mai 1968 n’étaient pas sa tasse de thé. Il me fit donc la morale en me racontant son passé glorieux pour finir par me préciser que dans son grenier il avait conservé quelques Kalachnikov bien graissées donc prête à resservir, et que si les étudiants continuaient, avec ses anciens copains des réseaux  ils allaient finir par intervenir pour remettre de l’ordre dans cette chienlit comme disait son idole le Général. Sur cette dernière injonction il me raccompagna sans me frapper mais sans me prêter de sac de couchage.

Du coup, je n’ai jamais dormi dans la fac (ce qui a manqué à mon épanouissement sexuel) mais j’ai participé à toutes les AG, même celle où le service d’ordre avait capturé deux militant d’Occident et où l’on a discuté pendant plus d’une heure pour savoir si on allait ou non les pendre, le vote final à main levée ayant abouti à la négative, ou le soir où l’on a discuté pendant plusieurs heures pour savoir si on allait ou non attaquer l’armurerie de Caen pour y récupérer du matériel; la encore ce sont les modérés (dont je faisait partie) qui l’ont emporté. Ce que j’ai par contre beaucoup apprécié durant cette période ce sont les spectacles le soir dans l’amphithéâtre Pierre Daure où des artistes engagés comme Pia Colombo ou Germain Bouteille et bien d’autres sont venus se produire bénévolement en soutien au mouvement  étudiant mais aussi la lecture de l’enragé auquel participait avec bonheur Wolinsky.

 

J’ai participé à toutes les AG et à toutes les manifs ce qui a fini par me lasser. D’ailleurs à la fin du mois de mai avec des copains dont l’un avait un véhicule plus puissant mais de la même marque que ma 2CV, une DS 19, nous sommes partis vers l’Espagne en passant quand même par Toulouse dont le centre ville historique était encore plein de barricades (juste pour voir) car à Caen, il n’y en avait pas eu. En effet, mai 68 à Caen a été relativement calme : pas de CRS provocateurs donc pas d’incidents violents; la principale raison en étant que quelques mois avant, l’envoi de gardes mobiles contre les ouvriers de la SAVIEM avait mis la ville à feu et à sang avec une nuit d’émeutes les 26 et 27 janvier. A Toulouse nous pûmes faire l’expérience des barricades mais cela nous a vite déçu et nous sommes descendus sur la côte Méditerranéenne pour camper à Colioure.

 

Le responsable du camping méfiant nous fit payer d’avance le séjour alors qu’il ne prit même pas les références d’un couple de jeunes bobos qui venait d’arriver en Triumph décapotable, ils partirent le lendemain sans payer,  comme quoi… Dans le bistrot où nous passions la soirée, les autochtones nous parlèrent d’un tunnel ferroviaire qui était utilisé par les clandestins pour  passer la frontière. Dans la mesure où l’un d’entre nous était un activiste peut être recherché et qui portait un foulard rouge pour augmenter ses chances d’avoir des ennuis, nous décidâmes de tenter de passer la frontière franco-espagnole en dehors des zones contrôlées. Après avoir crapahuté dans la montagne, bien que conscient du danger, nous sommes entrés dans le tunnel et avant d’arriver à la moitié un train est arrivé. En général, dans les tunnels il y a des refuges creusés dans les murs mais nous n’avions pas le temps de les atteindre aussi pour éviter l’accident la seule solution fut de nous coucher sur le remblai en pierre. Une fois le train passé nous avons gagné la sortie, vivant mais couvert de poussier et déçu car nous n’étions pas encore en Espagne.

 



Ma vie en appartement
6 juin, 2015, 16 h 57 min
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Autres nuits folles, j’ai habité avec ma future femme  pendant un an rue Ecuyère (avant le mariage, donc dans le péché, mais c’est une autre histoire) dans un hôtel de passe qui venait d’être transformé en appartement, aussi le loyer était très abordable, mais le confort très rudimentaire juste deux pièces, pas vraiment de cuisine mais un évier dans un cagibi et un lavabo dans la pièce principale; après quelques aménagements, peinture et pose de papier peint (une spécialité de mon épouse, avant de nous installer définitivement au Mans, elle a retapissé tous les appartements que nous avons occupé comme locataire, même en Algérie avec du papier importé). Pour ce premier appartement, je devais aller  payer le loyer en liquide à l’ancienne tenancière, très pittoresque, car elle avait gardé le style vestimentaire et la goualante de son ancien métier. Ce que j’ignorais, c’est qu’à l’étage au dessus, une de ses anciennes pensionnaires poursuivait son activité et que les toilettes étaient communes sur le palier à son étage. Mais elle cessa ses activités quelques mois après notre installation, atteinte par la limite d’âge, et nous n’avons pas attrapé de maladies honteuses !!!

Très vite il s’est installé un bar crêperie au rez-de-chaussée de l’immeuble et une petite salle de spectacle dans la cave; des copains jazzman y venaient souvent s’y produire répandant une ambiance musicale très agréable dans tous l’immeuble; je passais des soirées avec eux et souvent je prêtais mes chaises au bistrotier qui en manquait. Pourtant, dans ces conditions difficiles, mes études, que j’avais reprises, furent un succès, deux mentions AB (faut pas exagérer non plus) et major dans l’un des certificats. Il faut dire que j’étais très motivé après avoir passé une année difficile comme pion-prof de « Sciences Nat » dans un CES de seconde zone à Alençon ma ville natale.  Dans ce collège où je ne me plaisais pas, mon plus beau fait d’arme est d’avoir, exaspéré par l’attitude d’un élève un peu demeuré, crié « dehors ». Nous étions à la fin du printemps la fenêtre était ouverte … il a sauté par la fenêtre; comme il n’y avait qu’un demi étage il ne s’est rien cassé et je l’ai retrouvé dans la cour juste un peu commotionné. Ce jour là, j’ai décidé de tout faire pour enseigner à des étudiants majeurs et plus jamais à des élèves de 6ème. L’année suivante, j’étais moniteur de travaux pratiques à l’Université, fonction mal rémunérée, mais que j’ai occupée durant quatre années et qui me permet de toucher maintenant que je suis à la retraite une pension de 23 euros tous les mois.

Dans cet appartement, deux autres petites anecdotes. La première s’est déroulée la nuit, un soir où  j’hébergeais mon jeune frère, vers 2 h du matin, nous fûmes réveillé par un bruit d’explosion qui provenait du couloir de mon appartement. Je jetais un œil prudent pour m’apercevoir que des pétards allumés étaient glissés sous ma porte par une main pas si innocente que cela. A peine avais-je ouvert la porte qu’une dizaine de membres du CNEC firent irruption dans l’appartement, les filles se glissant dans le lit de mon jeune frère; c’était typique d’une des actions étudiantes dont nous étions coutumiers et auxquelles j’avais souvent participé chez d’autres, mais cette fois c’était à mes dépends. Après leur avoir payé un coup de rouge qui était la boisson traditionnelle de l’étudiant à l’époque (la vodka-orange était trop chère), ils partirent tous se coucher. Toutefois méfiant, je me suis demandé pourquoi ils étaient venus; bien m’en a pris car, sur le palier, il y avait un tas d’ordure et un lourd panneau, décharge interdite, planté dessus très certainement emprunté dans un lieu public;  puis dans la cage d’escalier des dessins très « Charlie hebdo » dont j’étais le héros involontaire, affichés sur les deux étages, pas du tout politiquement correct, donc je ne vous les décrits pas ou alors juste une ou le personnage male censé me représenter avait 6 mains et poursuivait une jeune fille qui avait (vous l’avez deviné) 6 seins. Nous avons passé  une heure mon frère et moi à tout remettre en ordre en me disant que j’avais eu de la chance sinon ma réputation dans l’immeuble en aurait pris un coup.

L’autre anecdote est plus macabre;  pour payer mes études (mes parents m’ayant coupé les vivres) je travaillais comme manœuvre sur le chantier de la foire exposition de Caen; j’y ai d’ailleurs appris plein de choses : faire des trous à la barre à mine, enfoncer des piquets à la sonnette, mettre en place des canalisations pour les eaux usées et concevoir et réaliser des regards, etc. Mais surtout boire du mauvais vin; la première fois j’avais amené un Bordeaux et je m’étais fait engueuler par mes collègues ouvriers car pour le même prix on pouvait avoir 3 L de tuilé d’Algérie, un nectar de l’époque commercialisé en litre étoilé et que l’on achetait par caisse de 12 et que l’on consommait abondamment en jouant aux cartes (ce n’était pas un vin de garde …). Pour se donner du cœur à l’ouvrage, mes collègues de travail, des manœuvres comme moi mais qui faisaient là leur deuxième journée après 8 h de nuit passées à la Saviem (usine de camion) en consommaient beaucoup.

La journée de travail commençait à 6 h 30 aussi je devais non pas me coucher mais me lever de bonne heure (les proustiens comprendront). Un matin alors que je me lavais les dents, je vis passer un individu devant ma fenêtre, s’accrochant quelques secondes à mon sèche-linge puis finissant sa chute dans la cour intérieure de l’immeuble. Seul témoin du drame, vu l’heure matinale, je suis descendu et j’ai découvert le corps d’un homme, décédé dans la mesure où avant de se jeter par la fenêtre il s’était ouvert les veines. Après ces constatations, je me rendis au café tabac du coin pour téléphoner à la police (à l’époque il était très difficile d’avoir un téléphone chez soi et en plus je n’en n’avais pas les moyens).

Je retournais dans mon appartement en attendant confiant les flics qui m’avaient demandés de rester comme témoin;  Confiant, grave erreur, car pénétrant brutalement dans mon appartement et me trouvant à la fenêtre les policiers se sont jetés sur moi me prenant pour l’agresseur et avant qu’ils me passent les menottes, j’ai du très vite leur expliquer qu’il s’étaient trompés d’étage et que c’est moi qui leur avais téléphoné. La police ayant conclu au suicide, ma déposition prise, je pus partir travailler sur mon chantier mais sans mot d’excuse et je fus sanctionné par la pointeuse. 

Cet appartement sans confort, sans cuisine, et peu spacieux était provisoire et j’en cherchais donc un autre que je dénichais assez rapidement dans la plus vieille rue de la ville, en fait la seule qui avait résisté aux bombardements de nos amis américains. Je m’installais donc dans la rue dite « Froide » mais en rénovant entièrement les différentes pièces afin d’en faire un nid douillet pour accueillir des jeunes mariés. Nous disposions cette fois d’une cuisine, d’une salle à manger, d’une chambre nuptiale très en pente et d’une grande chambre d’amis mais de l’autre côté du palier (souvent occupée par un copain maintenant décédé que nous surnommions conseiller conjugal car n’ayant pas de résidence fixe sur Caen il passait de couples en couples se faisant héberger gracieusement); il y avait même une sorte de cabinet de toilettes mais sans eau hormis celle d’un broc. Par contre les toilettes restaient communes dans l’escalier et la rambarde du balcon de  l’étage précédent était du 15ème siècle ce qui nous valait des visites de touristes aimant les vieilles choses dans cette rue où habitaient de nombreux étudiants. En 1973, nous avons aidé à  faire élire à la députation dans la 1ère circonscription du Calvados,  un socialiste Louis Mexandeau, prof d’histoire au lycée Malherbe, en faisant campagne pour que les étudiants résidant dans le centre ville (et nous étions nombreux) s’inscrivent sur les listes électorales et votent pour lui. Erreur de jeunesse …



Mes autres jobs d’étudiant
1 juin, 2015, 0 h 21 min
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Précédemment j’avais conçu d’autres projets commerciaux, en particulier  celui de vendre des pulls pour minettes sur les marchés. En effet, un été, j’avais été employé au black par un marchand de fringues maghrébin et cette activité qui me semblait très rémunératrice m’avait ouvert la voie du commerce itinérant. Je m’étais facilement intégré dans ce milieu car j’étais commerçant par atavisme et j’en ai découvert certains secrets.

Ainsi mon patron ne revenait jamais au même endroit car il commercialisait des jupes qui ne résistaient pas au lavage et il craignait beaucoup les réclamations de ses clientes, on peut le comprendre. A la moindre goutte de pluie il fallait remballer le rayon à toute vitesse.  De marché en marché je commençais à connaître quelques commerçants et en particulier, à la pause, je retrouvais souvent une petite marchande de pralines, dont l’odeur lors de leur préparation attirait les gourmands. Toutefois la technique de vente était un peu particulière lorsqu’une cliente était accrochée, souvent des grands mères avec leurs petits enfants, on la forçait à prendre un gros paquet puis lorsqu’elle demandait le prix, la vendeuse lui disait franc quatre-vingt n’osant pas faire répéter (mais si elle le demandait, elle avait une deuxième fois franc quatre-vingt) elle n’avait plus d’autres solutions que de donner un billet et on lui rendait 20 centimes : en disant et 20 qui font cent ou cinquante suivant le billet fourni, tout cela n’était pas très honnête mais la vendeuse était charmante. J’ignore si avec l’Euro cette arnaque continue, mais je ne fréquente plus les marchés que comme client.

Du coup me reviens une situation similaire, un autre été par relation, je fus embauché dans un supermarché proche d’un camping  comme chef du rayon fruit et légumes, là encore tout n’était pas très régulier. Les gérants avaient mis en place deux façons d’arnaquer les clients. La première très classique était basée sur les balances de l’époque dont les abaques (des règles de trois) étaient gravées sur le cadran sorte de règle à calcul qui permettait de déterminer instantanément en fonction de la position de l’aiguille et de son prix au kg,  le prix du produit pesé. La plupart des clients ignorant le fonctionnement de ces balances, en dehors des erreurs de parallaxe, il était facile de rajouter quelques centimes au prix affiché que seul le vendeur pouvait lire. Je me refusais, bien sûr, malgré la pression du patron à modifier le prix affiché.

L’autre méthode plus rentable pratiquée à la caisse par la gérante consistait à rajouter un ou deux francs sur chaque note et comme la caisse n’était pas enregistreuse, elle ne délivrait qu’un ticket  non transparent ou n’apparaissait que les suites des chiffres de l’addition. Par contre elle devait gérer une double caisse, la seconde très discrète se remplissant des prélèvements indus. Bien que le camping voisin soit un GCU plein d’enseignant, a priori pour certain fort en calcul mental, en 2 mois un seul s’est aperçu de la fraude qui a été imputée à une erreur de frappe sur la calculatrice.

 Parmi mes autres jobs d’été, je fus employé, une seule fois malheureusement, comme placeur/videur dans un combat de catch, ma première fonction de placeur, rémunérée au pourboire était très rentable; par contre la seconde consistait durant les combats à empêcher que les spectateurs n’envoient leurs capsules de bière sur le ring car cela faisait saigner les catcheurs rendant plus réalistes leurs cris : »du sang, du sang … »

Un été enfin, je n’ai pas travaillé car j’ai touché une indemnité correspondant à une activité d’expert flore des prairies pour la chambre d’agriculture de la Sarthe. En effet au cours de l’année universitaire, j’avais été envoyé par mon directeur de labo inventorier les graminées des prairies d’embouche en Sarthe; j’avais en effet été quelque peu formé à cette activité dans le cadre du certificat de phytogéographie dont j’ai été pour l’unique fois dans mes études le major de la promotion, donc bon élève enfin; mais l’enseignant responsable m’ayant convoqué dans son bureau, je pensais pour me féliciter, m’a remis à ma vraie place en me citant ce proverbe : « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ».

La chambre d’agriculture de la Sarthe souhaitant me rémunérer, je fus convoqué par la commission du cumul de l’Université de Caen, car je bénéficiais d’une bourse d’un montant de 450 francs par mois sur 9 mois et d’un emploi de moniteur de travaux pratiques 8 h par semaine pour 250 francs par mois, là encore sur 9 mois donc un cumul d’emplois qui me laissait encore loin du SMIG. Pourtant, la commission du cumul présidée par un militaire en retraite (un spécialiste du cumul) me refusa le cumul de ces rémunérations durant l’année universitaire. Mon salaire me fut donc versé sous forme  d’indemnité durant l’été suivant ce qui me permis de prendre vraiment des vacances cette année là, dois je dire merci au président de la commission du cumul ?

 



Cuireur
25 mai, 2015, 11 h 52 min
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Devant travailler pendant les vacances car mes rémunérations s’arrêtaient fin juin. C’est avec un copain (le conseiller conjugal) que j’ai créé en 1974 une petite entreprise de marchand de cuir sur les marchés et dans la rue, confectionnant pour cela des objets dans cette noble matière, essentiellement des barrettes pour les cheveux des dames ce qui était très à la mode à l’époque, des bracelets pour les jeunes filles et des ceintures pour les hommes.

Pour cela je m’étais déclaré à la préfecture de Caen comme artiste graveur, présentant au fonctionnaire mes oeuvres qui étaient en fait celles de mon épouse plus douée que moi, ce qui m’a permis d’être exempté de patente, document indispensable pour commercialiser des objets pour les artistes (comme moi).

Pendant deux mois nous avons écumé la côte (comme deux frères, si je puis dire, mais honnêtement, si l’on peut considérer comme honnête de vendre un objet 20 fois son prix de revient, mais c’est ce que l’on appelle le commerce et ne suis-je pas fils de petit commerçant !) des plages de Normandie jusqu’en Vendée, commercialisant nos colifichets sur les marchés. Au début manquant d’expérience nous arrivions à 6 h du matin sur le marché pour la distribution des places, mais très vite nous avons trouvé une astuce pour se lever plus tard; elle consistait à arriver vers 9 h, à repérer un marchand de fringues pour minettes, dont je connaissais le fonctionnement pour avoir précédemment travaillé pour l’un d’entre eux, et à lui demander de nous laisser 2 m de son emplacement. Cela marchait presque toujours pour la raison suivante : ces forains étaient rarement en règle, en particulier ils avaient le plus souvent une seule patente pour deux ou trois bancs et notre présence était une sorte de protection.

En effet quand la police faisait une descente pour contrôler les patentes, avec notre dégaine de faux hippies (en dehors des cheveux longs pour moi mon copain était malheureusement chauve, une copine m’avait brodé des petits oiseaux avec cui-cui-cuir sur un très joli tee-shirt mauve que j’avais complété par un jean rose) nous étions bon pour un contrôle suspicieux à chaque fois et comme je présentais ma patente, les policiers me remerciaient courtoisement  et poursuivaient leur inspection sans  contrôler notre hébergeur qui s’empressait de porter sa patente multi-site à son copain installé dans une autre allée. Au mois d’août, de ville en ville, nous sommes arrivés sur l’ile de Noirmoutier où nous avons découvert  qu’après  le marché il était possible de continuer notre petit commerce dans  la rue principale de la ville durant toute la journée.

 Nous sommes ainsi resté jusqu’à la fin du mois car c’était très rentable, à la fois par la durée d’ouverture de notre stand et du renouvellement permanent de la clientèle, les touristes qui venaient faire un tour dans l’ile. Il fallut quand même nous implanter car nous faisions de la concurrence à un autre marchand de bagues, colliers et autres substances illicites (de l’encens, bien sûr); mais c’était le rôle de mon copain car dans notre association j’étais le commercial et lui le « public relation » car il avait des gros bras et de larges épaules. Comme j’avais acquit une certaine technique pour poinçonner et colorier rapidement le cuir des barrettes, nous faisions aussi de la vente en gros aux marchands africains qui commercialisaient comme nous leur bimbeloterie plus ou moins d’origine sur les marchés.

Notre unique problème durant ce séjour est venu du fait que nous n’avions pas pris le temps de nous installer dans un camping. D’une part ils étaient pleins et d’autre part nous n’avions pas envie de gaspiller l’argent que nous avions tant de mal à gagner à la sueur de nos fronts (assis par terre plus de 10 h par jour en plein soleil mais avec des chapeaux). Aussi nous avions opté  pour le camping sauvage mais à proximité des campings afin de profiter de leurs sanitaires. Au bout de quelques jours, nous fûmes recherchés par la gendarmerie retrouvant des convocations au commissariat le soir sur notre tente, mais sans jamais y répondre; A chaque fois nous déplacions notre campement et ils ne nous ont jamais attrapés, heureusement.

Nous avions un certain succès auprès des demoiselles qui étaient surtout intéressées du moins je le pense par notre argent plutôt que par notre charme (encore que !), aussi tous les soirs nous transmettions les gains de la journée par mandats à mon épouse restée à Caen, conservant quand même de quoi financer le gueuleton du soir et les gros cigares que nous fumions au cours de la journée à tel point que nous étions devenus les meilleurs clients du buraliste en face duquel nous étions installés.  Dernière anecdote sur la fin de notre séjour nous avons hébergé par compassion, dans notre tente, un autre cuireur un peu déjanté et qui nous refila ses puces dont nous eûmes beaucoup de mal à nous débarrasser, comme quoi, à l’encontre de ce que l’on m’avait enseigné dans les écoles avec Dieu, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

Comme il y a prescription, je n’ai pas payé les charges et impôts dus pour cette petite entreprise déclarée à mon domicile de Caen; en effet début septembre j’ai déménagé dans la Sarthe et je suis parti coopérer en Algérie. J’ai bien reçu une ou deux convocations des impôts mais sans y répondre, ce qui n’est pas très citoyen, il faut payer ses impôts ne serait-ce que pour financer les retraites des fonctionnaires …



Mes activités de Naturaliste
14 mai, 2015, 18 h 43 min
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Au cercle naturaliste en dehors du bal, je participais intensément aux autres activités. En dehors des excursions où mon rôle étais d’animer les sorties scientifiques vendant le recueil de chansons paillardes aux bizuts et jouant au gros dégueulasse dont je prenais modèle dans les dessins de Reiser qui paraissaient toutes les semaines dans Hara-Kiri hebdo qui devint Charlie après la fameuse couverture « bal tragique à Colombey : 1 mort », suite au décès du général de Gaulle. L’idée de la couverture  venait d’une catastrophe dans une boîte de nuit qui s’était déroulée une semaine avant, mais elle fut fatale au journal. Pour jouer ce rôle de gros dégueulasse (de composition bien sûr car à l’époque j’étais mince) je transportais deux bouteilles de vin dans mon sac à dos sur lesquelles étaient branchés des tuyaux avec un robinet à trois voies qui me permettaient de m’hydrater (rouge ou blanc au choix) ou plutôt de me pochtronner en continu. Cerise sur le gâteau si je puis dire, je transportais dans les poches d’un vieux et long manteau vert de l’armée américaine une ou deux oreilles de cochon voire un pied ou une queue dont je me nourrissais de façon peut être un peu écœurante mais totalement charcutière,  ce qui n’étais pas la meilleure façon de séduire les demoiselles. J’ai occupé  aussi dans cette association la fonction de père Paillard qui consistait d’une part à vendre des recueils de chanson et d’autre part d’entonner les dites chansons lors des déplacements en car.

A part les excursions sur le terrain nous organisions quelques activités ludiques comme le rallye du CNEC riche en activités originales comme envoyer tous les véhicules dans un chemin creux normand en cul de sac, ce qui nous valu quelques problèmes de carrosseries et d’assurances; dans une autre épreuve nous leur faisions rechercher le nombre  d’habitants d’un village voisin et lorsqu’il nous fournissait la valeur exacte, on tirait cette valeur au hasard sur une roue de la fortune que j’avais fabriquée pour l’occasion. Je n’avais pas inventé le concept, mais j’en avais emprunté l’idée au « café de la gare » un café théâtre de Montparnasse où nous étions allé voir un spectacle intitulé : « Des boulons dans mon yaourt »  série de sketch plus ou moins improvisés avec Patrick Dewaere, Henri Guybet et Romain Bouteille comme acteur et metteur en scène  et Miou-Miou comme barmaid car elle n’était pas encore actrice mais seulement la meuf de Coluche avant de devenir celle de Patrick  Dewaere dont j’étais un peu le sosie de profil, mais je m’écarte. A l’entrée de ce Café-Théâtre,  le prix de la place était tiré au sort sur une roue de la fortune par les acteurs eux mêmes et qui trichaient en arrêtant la roue sur des prix élevés quand la tête ou les sapes des spectateurs ne leur revenaient pas. Vêtus en étudiant post soixante huitard nous avons obtenu un bon prix et nous avons passé une excellente soirée.

Une d’autre activité du CNEC en direction du grand public fut d’organiser une exposition sur la Biologie et la Géologie régionale qui fit du bruit car nous avions un échantillon de soufre présenté dans coffret en verre posé sur un support en bois précieux, le tout étant impressionnant; hors comme nous étions début 1970 et que quelques mois avant les américains avaient marché sur la Lune, nous avions fait courir le bruit qu’il y avait une « Pierre de Lune » dans l’exposition et ce bruit s’était tellement répandu que nous dûmes faire un démenti dans la presse locale. Ce qui nous valut une nouvelle réprimande du Recteur.

A l’intérieur du cercle naturaliste, nous étions 3 copains propriétaire de 2 CV Citroën, la voiture de l’étudiant de l’époque et avec ces véhicules nous avions tendance à faire quelques bêtises; juste deux ou trois exemples, nous faisions souvent des courses dans différents lieux comme par exemple à travers les pelouses enneigées du campus de Caen de front en montant les dénivelés de face ce qui laissait de belles traces parallèles très esthétiques mais pas du tout du goût du recteur qui une nouvelle fois porta plainte contre le CNEC, car c’est à ce titre que nous avions l’autorisation  de rentrer sur le site en voiture pour préparer le bal annuel.

D’autres fois, faisant la course sur une quatre voies mais en en occupant trois (prudent je prenais la voie de droite) et en regardant la route au travers du grillage des aérateurs des 2 CV si bien que de l’extérieur, il ne semblait pas y avoir de chauffeur dans les voitures ce qui ne manquait pas d’effrayer beaucoup les passants, c’était le but.

Au printemps ces trois voitures nous permettaient d’emmener,, après les réunions, l’ensemble du bureau du CNEC au bord de la mer où nous organisions  jusqu’à point d’heures  des soirées guitare et vin rouge sur le sable de Riva-Bella. Ainsi un soir après avoir pas mal déconné nous nous sommes aperçu que l’une des clefs des 2 CV était tombée dans le sable aussi pour la rechercher nous avions ammené les deux autres véhicules afin d’éclairer la plage puis nous nous étions mis en ligne pour fouiller systématiquement le sable, jusqu’à tomber sur des chaussures à clous portées par deux représentants des forces de l’ordre en uniforme. Les gendarmes nous demandèrent de nous relever et de nous expliquer; comme nous étions en 1969 il valait mieux faire profil bas. Après nous être très civilement expliqué, nous pûmes poursuivre nos recherches et retrouver les clefs de bagnoles (référence à un mauvais film). Avec ces voitures nous avions aussi l’habitude d’organiser des fêtes du printemps qui consistait à les remplir d’herbe coupée que l’on récupérait sur les pelouses du campus puis à défiler dans la ville avec guitares et flutiaux en chantant avec Aristide Brillant  : « v’la l’printemps tire lire lire, v’la printemps pour les satyres, v’la le printemps pour les amants … Après il y une histoire de prunes, mais ce n’est pas politiquement correct.

Parfois après les réunions de bureau l’un d’entre nous lançait un défi comme par exemple « on va prendre un pots à Porspoder » au fin fond de la Bretagne Nord (proposition d’Arzel malheureusement décédé) et là, je n’y suis pas allé ou bien « on va a Paris faire la manche au Sacré Cœur » et là, j’y suis allé et ce ne fut pas triste. On a le temps, je vous raconte : 11 h du soir on part à 3 avec la 2 CV de Nanard.  Arrivé sur Paris, premier problème, on tombe sur un barrage de CRS fréquent à l’époque, contrôle d’identité et Yves à l’arrière de la voiture me passe sa carte d’identité avec un pétard (celui qui fait du bruit pas l’autre) à l’intérieur (l’usage impromptu du pétard était une de ses blagues favorites) et il me demande de l’allumer, pas totalement inconscient compte tenu des mitraillettes que portaient en bandoulière les CRS,  je laisse tomber l’objet et tend seulement le document. Comme nous n’étions pas des gauchistes recherchés, ils nous ont laisser repartir et nous sommes aller faire la manche avec nos guitares à Montmartre malheureusement sans grand succès.

Vers 3 h du matin nous réprimes l’autoroute vers Caen et Rouen, mais il fallait la quitter à un moment et la problème, car somnolant á l’arrière, je m’aperçois que le chauffeur et son copilote se sont assoupis; je crie pour les réveiller en signalant que l’on partait vers Rouen et sans hésiter Nanard à peine réveillé braque,  monte sur le terre-plein  central pour repartir dans l’autre sens mais la voiture s’enlise dans la boue et nous devons sortir pour la pousser. Nous nous retrouvons couvert de boue mais nous réussissons à repartir dans le bon sens. Cette fois complètement réveillé nous continuons notre route sur la nationale et là, une roue avant passe dans une ornière, le pneu éclate et la jante est tordue, nous changeons la roue et Nanard décide d’aller porter plainte contre la DDE; aussi nous nous rendons aussitôt et très tôt (il n’était pas encore 6 h du matin) au commissariat le plus proche avec la pièce à conviction pleine de boue sous le bras sans réfléchir que nous aussi étions couvert de boue. Sans hésiter nous sonnons plusieurs fois à la porte du poste de police jusqu’à ce que le planton nous ouvre; dans notre état vestimentaire et vu l’heure matinale, le flic de service mal réveillé refusa notre plainte et nous mis dehors nous menaçant de représailles si nous insistions. Il ne nous resta plus qu’à rentrer à Caen, à nous laver et à nous coucher.

S’en est presque fini des 2 CV toutefois l’une des caractéristiques de ces véhicules était de ne pas avoir de jauge à essence dans l’habitacle, aussi je tombais souvent en panne d’essence, ainsi lors d’une de ces pannes, en Bretagne près de Guérande, avec des copains dans la nuit alors que nous poussions la voiture en espérant trouver une station service un automobiliste, dans une décapotable,  proposa de nous dépanner en allant chercher un bidon d’essence. Pour le remercier nous lui offrîmes de boire un pot et il se présenta comme un fils Bouglionne et nous proposa des places de cirque que nous avons refusées. Le lendemain au lieu d’aller au cirque nous nous rendîmes à la Baule les Pins, traîner sur la promenade du bord de mer, nous étions à la fin du mois de juillet 1968 et tout d’un coup, étant un peu à la traîne en arrière, je vis mes copains partir avec des messieurs en imperméable alors qu’il ne pleuvait pas, pensant rater quelque chose d’important je me précipitais en disant que j’étais avec eux, mal m’en a pris car c’était des RG qui nous ont conduit dans une villa banalisée; pas de passage à tabac mais un contrôle d’identité un peu prolongé.

 



Mes soirées artistiques
3 mai, 2015, 17 h 18 min
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Une autre de mes activités nocturnes concernait le théâtre; en effet des copains que j’avais connu par ma collègue de bureau (en thèse) faisaient du théâtre dans la troupe du « Gros Caillou », théâtre pour enfants mais dont les pièces convenaient aussi aux adultes. La pièce s’appelait  » les aventures d’Albert le renard » et pendant les nombreux mois de répétition au TMC (Théâtre Municipal de Caen), j’accompagnais les acteurs et actrices impressionné surtout par une certaine lulu qui jouait le rôle de « Jimmy le Poulet ».

 

Le metteur en scène m’avait gracieusement accueilli dans la loge d’où il dirigeait la mise en scène et j’étais devenu une sorte de conseiller spécial mais un peu béotien. C’était très intéressant et très agréable d’autant plus qu’après les répétitions je participais au repas de la troupe, tard dans la nuit, et au cours duquel on refaisait le monde du spectacle. J’ai mis longtemps à comprendre que ma situation privilégiée venait du fait que le metteur en scène homosexuel avait un faible pour moi. J’ai profité, en tout bien tout honneur, de cette ambiguïté, (« il a un rôle pour toi » me disait un des acteurs) jusqu’à la première du spectacle dans la grande salle du TMC.

 

Mais pour terminer cette histoire sentimentale … qui n’avait pas encore débuté, un soir de répétition, je suis venu avec mon épouse ce qui mis fin à mes fonctions de conseil. A la fin de la soirée, mon soupirant nous suivi à distance en soupirant (c’est le cas de le dire) jusqu’à notre domicile, puis il disparut dans la nuit et je ne l’ai jamais revu. Mes relations avec le théâtre se sont malgré tout poursuivies en fréquentant une autre troupe le « Living Theater » de Genève qui produisait des pièces difficiles mélangeant de l’expression corporelle et la lecture de textes pro-palestiniens. Juste deux anecdotes, la troupe avait été retenue par la Mairie de Caen pour jouer une de leur pièce à  l’occasion d’une quelconque inauguration.

 

Nous étions invités et toute notre bande s’était placée dans les premiers rangs afin de profiter au mieux du spectacle; en effet une des actrices illustrait à l’aide de son corps, bien sur toutes les coutures, les textes très arides lus sur scène par l’un des comédiens et elle avait eu la bonne idée de l’emballer (son corps) dans une nuisette hippie en voile de coton très léger et très transparent, de plus l’éclairagiste avait astucieusement placé la poursuite en arrière d’où un magnifique soleil vénitien qui captait toute l’attention des spectateurs. Malgré cela la plus grande partie des huiles municipales présentes avait quitté leurs chaises pour aller s’empiffrer au buffet préparé au fond de la salle comme quoi ces gens n’aiment pas le théâtre ! Et du coup comme nous n’avions pas déserté nous n’eûmes presque rien à manger, hors pauvres étudiants nous étions surtout venu pour le buffet.

 

Dans un autre spectacle de la même troupe une autre anecdote dans un moment de grande tension, le leader de la troupe qui s’était donné le premier rôle vêtu d’un pantalon très moulant lors d’une grande tirade dramatique se terminant par mon sexe et en le montrant de la main, (bien avant Michael  Jackson), fit éclater son pantalon ce qui déclencha chez moi un fou rire incontrôlé, ce qui me valu d’être interpellé par l’acteur par un « Ta gueule Tremblin », il venait d’inventer le One Man show interactif mais à mes dépens. Pour en finir avec le théâtre j’ai aussi passé quelques soirées avec la femme de Serge Reggiani, Annie Noël, actrice qui était en résidence au théâtre de Caen, mais je restais discret et intimidé, donc pas d’anecdote. 


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