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La Recherche et ses applications, ce n’est pas toujours de la tarte !
30 avril, 2016, 11 h 14 min
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La Recherche et ses applications, ce n’est pas toujours de la tarte !

À la fin du vingtième siècle, il était de bon ton de récupérer des contrats avec le milieu industriel afin de participer au financement des travaux de recherche fondamentale que le Ministère avait de moins en moins envie de financer et cela ne s’est pas arrangé depuis, malheureusement ! Ainsi les travaux que nous menions avec mes collègues de Marseille sur l’algue brune méditerranéenne  Cystoseira Barbata forma repens, cherchaient à maîtriser puis à améliorer sa culture afin de l’utiliser pour produire des alginates aux caractéristiques rhéologiques adaptées en vue de les utiliser dans la préparation de fruits confits allégés en sucre (une spécialité provençale). Alors que nous avions abouti, les industriels ont quitté le projet avant les premiers essais de valorisation. Souvent difficile, le passage de la recherche à l’industrie.

 Un autre exemple, dans le milieu de l’ostréiculture, une société, la Soproma s’était créée sur la base de brevets déposés par le laboratoire de biologie marine de Nantes auquel nous nous étions rattachés. Le but de cette société était de cultiver la fameuse diatomée bleue (Haslea ostrearia) productrice d’un pigment bleu, la marennine, afin de verdir les huîtres de façon moins empirique et beaucoup plus rapide que ce qui se pratiquait alors en baie de Bourgneuf et à Marennes Oléron. Aussi nous avions développé un projet afin d’améliorer á la fois le développement des algues et la production de ce pigment bleu si convoité. Il avait ainsi été mis en évidence que parmi les nombreux paramètres testés, les algues  cultivées sous lumière bleue présentaient à la fois un taux de croissance  et une teneur en marennine plus élevés. Malheureusement avant la fin des premiers essais en mi-grand dans les locaux de la Soproma, la société déposa le bilan et notre procédé ne fut pas exploité. Pas de chance !

Je continuais pourtant  avec persévérance à  collaborer avec le monde industriel et la société civile ce qui permettait d’obtenir des petits financements pour le laboratoire. Une des premières fois ce fut une réquisition par la police française  pour tenter d’analyser des potions magiques commercialisées par un mage africain, mais sous le coup de la réquisition d’un juge, notre intervention en tant que fonctionnaires au service de l’état fut bénévole !

Plus intéressant nous avons répondu plusieurs fois à la demande d’industriels qui pensaient avoir des contaminations dues à des algues dans des systèmes de refroidissement par eau. Rapidement, après une visite des installations, j’avais compris que ces contaminants de nature biologique n’appartenaient pas au monde des algues (pour cause d’absence de lumière) mais à celui des champignons filamenteux en général du genre Fusarium et l’utilisation d’un antifongique dans certaines conditions permettait de résoudre ces problèmes. Mais cela n’était pas toujours aussi simple ainsi nous fûmes contactés par un industriel qui métallisait des pièces plastiques. La présence de contaminants (des algues ?) dans les bains de rinçage de la chaîne de métallisation, qui se déposaient  sur les pièces, engendrait des petits  défauts. Les pièces lorsqu’elles étaient destinées à l’équipement de voitures allemandes de luxe se voyaient rejetées. La encore nous avions à faire à des champignons filamenteux oligotrophes, mais notre proposition d’ajouter un antifongique à l’eau de rinçage fut rejetée dans la mesure où les eaux de rinçage étaient directement rejetées dans un ruisseau voisin. La solution d’un nettoyage mécanique des cuves fut retenu aussi toute notre étude pour déterminer les antifongiques les plus efficaces ne fut pas exploitée, mais cette fois elle fut quand même rémunérée.

Une autre fois, c’est un avocat qui nous proposa une étude afin de défendre un de ses clients, un paysan accusé par un voisin parisien propriétaire d’une maison de campagne de déverser une poudre jaune qu’il croyait être des pesticides dans son jardin. L’observation en microscopie électronique à balayage révéla ce dont nous nous doutions, nous avions à faire à du pollen de conifères abondamment dispersé par le vent pendant quelques jours au printemps. L’avocat pu facilement faire annuler la plainte du Parisien qui ne devait pas connaître grand chose à la nature sur la base de nos observations.

Parfois ce n’étais pas aussi positif, ainsi un industriel fabriquant des récipients en plastique à couvercle cliquable destiné à être manipulé à l’aide de bras de robots sous environnement radioactif souhaitait que nous fassions des tests de résistance à la stérilisation afin de les valider. Disposant d’un autoclave nous avions répondu à sa demande en proposant de facturer 100 francs (15 €) par test en pensant que nous en aurions plusieurs dizaines à effectuer et là nous nous sommes fait avoir. Après  un premier test validé par nos soins, nous n’avons jamais revu l’industriel qui nous fit quand même parvenir un chèque.

Enfin parfois c’est nous qui ne demandions pas d’argent dans la mesure où nous n’étions pas satisfait des résultats ou lorsque nous n’en avions pas obtenu; ce qui était idiot car dans le principe de ces contrats il n’y avait pas obligations de résultats. Nous en avons fait les frais dans les années 90 en fournissant deux fois plus de 30 000 francs (4500 €) de l’époque à  un brillant labo CNRS de la région parisienne pour qu’ils nous déterminent la structure de la marennine (pigment bleu extrait de la diatomée responsable du verdissement des huîtres) et nous attendons toujours les résultats !

Comment j’ai cultivé du cannabis (un rêve de jeunesse) au labo !

À la demande de la FNPC (Fédération Nationale des Producteurs de Chanvre) dont le siège social est au Mans et qui produit pour toute la France des semences certifiées et autorisées pour produire du chanvre à fibre (faut pas rêver !), on nous demanda de rechercher une technique simple pour mettre en évidence au niveau des semences la présence de futurs pieds mâles. En effet la présence de pieds mâles perturbait les récoltes dans la mesure où ils ne se développaient pas au même rythme que les pieds issus de semences sélectionnées qui elles sont monoïques (un mot savant qui signifie : portant à la fois des fleurs mâles et femelles). J’ai donc ainsi obtenu l’autorisation de cultiver du cannabis (à des fins scientifiques bien sûr!) dans le phytotron du laboratoire. Si ces plantes dans les conditions climatiques de la Sarthe formaient essentiellement des fibres, dans les conditions du phytotron fort éclairement et chaleur, il y avait une possibilité de réorientation du métabolisme carboné vers la synthèse de résines. C’est de la physiologie végétale, je n’en dirai pas plus et je n’ai même pas testé ma production.

Le plus gros contrat fut signé avec l’Oréal qui souhaitait maîtriser la culture du henné afin d’en homogénéiser la production au Maghreb  à partir de plants sélectionnés. Á cette occasion, j’ai découvert que près de la ville de Tours pour être précis, donc pas très loin du Mans, il y avait un grand centre de recherche secret commun à l’Oreal et Nestlé. Dans ce centre, en culture in vitro, ils produisaient par clonage, entre autres, des plants de café et de cacaoyer qu’ils implantaient ensuite en Afrique maîtrisant ainsi la qualité de la production et rendant dépendant les agriculteurs de ces régions. Nous avions visité d’énormes serres dans lesquelles était reproduit un climat tropical humide et où étaient cultivés des dizaines de jeunes arbres en cours d’évaluation. C’était cette pratique qu’ils voulaient mettre en place pour le henné.  Si cette société nous a versé une somme conséquente, en contrepartie nous avons dû  recruter un étudiant  qui tout en préparant un diplôme d’université faisait le technicien pour l’Oréal. Ainsi ne l’ayant pas recruté, ils n’eurent pas à le licencier. Ce sont des malins ! Ainsi j’ai appris à l’occasion que le composant de base de la gamme marine de cette société était produit à Tours, bien loin de la mer (il ne faut pas le dire !). Dans de grands fermenteurs en aluminium de plusieurs dizaines de m3 était cultivé un protiste marin, mais je n’ai pas réussi à savoir lequel (secret industriel). J’ai essayé de leur proposer des microalgues, mais je n’ai pas réussi à les convaincre. La difficulté à l’époque par rapport à leurs fermenteurs, c’était l’apport de la lumière; depuis on sait cultiver industriellement certaines espèces de microalgues sans lumière sur des milieux nutritifs sucrés. J’ai peut-être raté, ce jour-là, le contrat du siècle, pourtant je l’aurais mérité « parce que je le vaux bien ».

 



Ballades à la mer
23 avril, 2016, 11 h 34 min
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Pour travailler sur la biologie et la physiologie des algues marines, aller au bord de la mer est incontournable, encore que avant mon arrivée au Mans mes prédécesseurs se les faisaient livrer par la station biologique de Roscoff. Après avoir vécu 12 ans au bord de la Méditerranée, la mer me manquait et ces déplacements étaient l’occasion de me ressourcer en respirant de l’air iodé. J’y allais donc assez fréquemment pour récupérer des échantillons mais surtout de l’eau de mer en grande quantité. Pour cela il me fallait des véhicules et des bidons; les bidons je les avais malheureusement munis de robinets pour faciliter leur utilisation, mais qui fuyaient pour la plus part. Dans les premières années  j’utilisais mes propres véhicules d’abord une Renault 18 break puis un combi VW. A la revente de mon break, je me suis aperçu que le châssis était tout rouillé; par contre le VW aménagé en camping-car avait un plancher en bois,  je mettais une bâche et il a moins souffert, mais ce sacrifice ne pouvait plus durer. J’ai demandé à utiliser les véhicules de l’université sans trop leur expliquer ce que j’allais transporter. Enfin, le service de biologie animale possédait un véhicule financé par le CNRS aménagé en labo de recherche mais les relations étant très mauvaises avec ce service, je n’ai pu l’utiliser que quelques fois à condition de participer à la récolte des sphéromes, petites bestioles marines qui leur servaient de modèles dans leur travaux de génétique.

De temps en temps, j’emmenai mon père en expédition au bord de la mer, mon break plein de bidons sous une bâche pour récupérer de l’eau de mer et quelques algues. Il nous fallait la mâtinée pour arriver au bord de la Manche et en fonction des disponibilités de la station biologique de Luc-sur-Mer, je remplissais mes bidons puis nous allions déjeuner chez Victor, (le meilleur restaurant du coin, cher mais c’était mon père qui payait pas l’Université rassurez vous !). Après le repas, tandis que j’allais récolter mes algues mon père allait jouer au casino, mais là n’est pas l’anecdote, lors d’un voyage, c’est sur le chemin du retour que cela s’est gâté.

A Sées, devant la gare, nous sommes tombés sur un barrage des douanes qui recherchaient des trafiquants de calvados et avec nos lunettes de soleil nous faisions un peu mafieux. Après vérifications des papiers du véhicule, l’œil du douanier frisait lorsqu’il me posa la question qui le taraudait pensant tenir le coup du siècle : « que transportez-vous dans vos bidons ? » De bonne fois et conscient de la situation en évitant l’ironie (ce qui n’est pas toujours évident chez moi), je lui répondit « de l’eau de mer « . Le douanier fâché me répondit : « vous vous moquez de moi, ouvrez le coffre »; il souleva la bâche défit l’un des bouchons et plongea son doigt pour goûter et fit une grimace en disant à son collègue « c’est bien de l’eau de mer » et aussitôt il rétorqua « vous avez une autorisation ? ». J’ignorais qu’il en fallait une et rapidement je lui expliquais son utilisation en recherche en lui présentant ma carte professionnel barrée des couleurs du drapeau de la république (bien pratique cette carte, elle a malheureusement disparu). Il me fit jurer de demander une autorisation pour la prochaine fois, mais comme je n’ai jamais su à qui la demander je n’ai jamais tenu cette promesse (comme on dit les promesses n’engagent que ….);  heureusement, lors des dizaines de voyages que j’ai effectué ensuite je n’ai plus jamais été arrêté par la douane.

Une partie de cette eau de mer était utilisée au Mans, mais le reste à Clermont-Ferrand. Pour transporter de telles quantités d’eau de mer jusqu’en Auvergne, mon collègue de Clermont passait une fois par mois le dimanche soir après avoir rendu visite à sa mère qui habitait Tours; nous chargions alors dans sa remorque une demi-douzaine de bidons qu’il emmenait durant la nuit jusqu’au labo de la rue Ledru et de temps en temps, je l’accompagnais; le voyage était éprouvant car mon collègue conduisait très vite avec plusieurs centaines de kg dans sa remorque, ce qui n’était pas prudent dans la mesure ou les routes étaient très mauvaises à l’époque. Ainsi lors d’un de ces voyages nous avions fait un tête à queue dans une épingle à  cheveux mais sans rien casser heureusement. Tous ces efforts ont abouti et l’étudiante a  réussi à cultiver ses algues et a pu soutenir sa thèse à l’université Blaise Pascal.

Apres une dizaine d’années passées en compagnie de quelques macroalgues, je me suis par la suite intéressé à des plus petites, les microalgues avec un premier avantage, il fallait beaucoup moins d’eau de mer pour les cultiver. Pour ne pas partir de zéro je m’étais associé avec le laboratoire de biologie marine de l’Université de Nantes. Cette fois il fallait donc se rendre à Nantes pour récupérer des bidons d’eau de mer gracieusement prélevée dans la baie de bourgneuf par les techniciens du labo. Cela a bien marché jusqu’au naufrage du pétrolier Erika car ensuite, l’eau de mer que l’on rapportait au Mans sentait le mazout. Aussi nous avons abandonné les promenades à la mer (plus d’aventures, dommage!) et nous nous sommes mis à fabriquer de l’eau de mer artificielle pour cultiver nos microalgues.

 

 



Actif aujourd’hui ou radioactif demain
16 avril, 2016, 11 h 48 min
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Suite à mon intégration au Mans, l’un des problèmes a été de me retrouver responsable du labo radioisotope de l’équipe alors que j’étais jusque là un antinucléaire convaincu. Pour prendre en charge cette fonction de personne compétente en radioactivité et en obtenir l’habilitation, j’ai du suivre un stage d’un mois au centre du CEA de Saclay.

Je me suis donc retrouvé dans un salle de classe à subir des cours de physique nucléaire, des TD et des TP, apprenant à manipuler les différents émetteurs radioactifs mais dans des conditions de sécurité maximale avec en final un petit bizutage sur le réacteur nucléaire Osiris de Saclay qu’il fallait emballer afin ensuite d’arrêter la réaction en déclenchant la chute de plaques de plomb afin de ne pas détruire Paris (pour les parisiens qui seraient effrayés, il vient d’être arrêté). Nous étions en mai 1987 et je n’étais rentré de coopération que depuis  quelques mois. Grâce à ce séjour hors de France, j’ai appris à Saclay que j’avais évité d’être contaminé par le nuage radioactif issu de l’accident de Tchernobyl.

En effet les collègues du CEA nous ont raconté l’histoire du nuage radioactif, on ne devait la répéter à personne mais il y a prescription. Je vous raconte : il faut tout d’abord savoir que la seule façon de se protéger de la radioactivité, c’est de partir en courant le plus loin possible. Ainsi tout cela était organisé au centre de Saclay dans lequel stationnait toute la journée des dizaines d’autobus qui ont amené le personnel le matin. Dans le principe, du moins à l’époque, chaque personne présente dans le centre devait avoir une place dans un bus. Donc début mai 1986 le fameux nuage radioactif qui s’était officiellement arrêté a la frontière franco-allemande d’après le professeur Pellerin (comme quoi il ne faut pas toujours croire ce que disent les professeurs !) passe au dessus du site et déclenche l’alerte; pensant à une contamination interne le centre est rapidement évacué grâce aux fameux bus. Quand la direction s’est rendue compte de son erreur, le personnel est revenu rapidement mais discrètement  sur son lieu de travail.

 Cet événement a eu un effet secondaire, lors des contrôles de santé annuels du personnel un pic correspondant au césium 137 est apparu sur les gammagraphie et donc de toute la population voisine, le niveau de ce pic de radioactivité chez l’homme reste toutefois beaucoup plus faible que celui des années 60 lorsque les essais des bombes atomiques avaient lieu dans l’atmosphère comme le montre les mesures réalisées en Belgique depuis plus de 50 ans (à cette adresse pour les curieux : http://www.laradioactivite.com/site/pages/cesium137.htm). Cela va durer longtemps car la période où demi-vie de ce radioisotope est de 30 années et demi et les physiciens nous expliquent qu’il faut 10 périodes pour que sa radioactivité ait disparu, faites le calcul … Bel héritage pour nos petits enfants et leur descendances. En fait dans le corps humain. Toutefois la période biologique dans le corps humain est seulement de 100 jours, vous voila rassuré.

Résidant à cette époque dans l’ouest Algérien, je pense ne pas avoir été contaminé mais vous, j’en ai peur, comme ma femme et mes enfants (mais, c’est un secret d’état je ne vous ai rien dit).  Maintenant c’est fait,  j’ai été radioactif car  suite à des douleurs osseuses dans les hanches malgré mes deux prothèses en titane, la médecine m’a prescrit une scintigraphie osseuse et on m’a rendu radioactif pour quelques heures. Et pourtant durant les quinze années ou j’ai manipulé du carbone 14 dans la salle dédiée de mon laboratoire, j’ai vérifié  après chaque manip que je ne m’étais pas contaminé en pissant dans une fiole à scintillation et en effectuant un comptage qui heureusement s’est toujours révélé négatif.

 

Lors de ce stage je logeais à l’hôtel Gay Lussac tenu par des cousins et dont la particularité était d’accueillir des étudiants et surtout des étudiantes suédoises ou norvégiennes qui venaient faire la fête à  Paris, si bien que les soirées et les nuits dans cet hôtel était très animées, ce qui n’était pas pour me déplaire, d’autant plus que, à chaque étage, il n’y avait qu’une douche commune devant laquelle il fallait faire la queue en petite tenue; je ne me suis jamais autant lavé !

Autre anecdote au cours de ce stage lors du premier tour de table, chaque stagiaire devait indiquer la quantité moyenne de radioactivité qu’il manipulait par an, la plupart des participants, comme moi, utilisions quelques millicuries mais dans le fond de la salle deux stagiaires au crâne rasé utilisaient des quantités très importantes de radioactivité. Á la pause nous leur avons demandé des explications, c’était des militaires mais nous nous en doutions du fait de leur coupe de cheveux. L’explication était simple, ils simulaient, dans un camp militaire du centre de la France, les techniques de décontamination faisant suite à une guerre nucléaire et pour cela ils contaminaient toute une région avec un radioisotope à courte période en faisant attention à ce que la contamination ne sorte pas du camp militaire nous ont-ils assurés. Par contre nous n’avons pas pu savoir ni quel était le lieu ni quel était le radioisotope utilisé : secret défense.

 Autre petit gag, il y avait un magazine publié par le centre et j’ai eu la surprise de me trouver en photo sur la couverture mais en partie de dos, pas comme Macron dans Paris-Match; pour moi l’explication était simple, lors de l’enquête des RG précédent l’autorisation d’accéder dans le centre de Saclay, ils avaient du repérer mon activité militante d’antinucléaire lorsque j’étais étudiant et tentaient de me décridibiliser ou bien c’est le hasard. En effet à 19 ans, j’avais adhéré au MCAA (Mouvement contre l’armement atomique) dont l’un des slogans était « actif aujourd’hui ou radioactif demain » qui est devenu ensuite le MDPL (Mouvement pour le Désarmement, la paix et la liberté ) puis j’ai adhéré á « Anarchie et non violence ». Entre autre acte militant je vendais le journal du mouvement « alerte atomique » sans grand succès sauf qu’une année une jeune recrue blonde style mannequin à multiplié les ventes par 10, mais elle nous a quitté rapidement … A quoi tient le succès du militantisme!

Nous nous entraînions aussi à la lutte non violente qui consistait, entre autre, dans les manifestations pour bloquer les charges des forces de l’ordre à faire une grosse boule avec nos corps en présentant aux matraques des CRS nos parties les plus charnues. La théorie était simple mais la pratique plus difficile, la seule fois où nous avons essayé de la mettre en application en voyant les CRS nous foncer dessus avec l’air méchant,  je suis parti comme beaucoup d’autres en courant ce qui était plus raisonnable, courageux mais pas téméraire. J’ai enfin milité dans un mouvement qui soutenait l’objection de conscience face au service militaire. Nous étions sous De Gaule qui n’était pas fanatique de cette option et pour cause. Lors de la loi de 1963 définissant le statut d’objecteur de conscience obtenu suite à la grève de la faim de Louis Lecoin le général avait déclaré  » un statut d’objecteur de conscience d’accord, mais le moins d’objecteur possible »;  ainsi il était précisé dans la loi elle même qu’il était interdit d’en parler aberration juridique suivant l’adage nul n’est censé ignorer la loi; l’obtention de ce statut était loin d’être automatique et les affectations pour ce service civil était au bon vouloir de l’administration et durait le double du service militaire. Afin d’éviter la caserne sinon l’armée, j’ai choisi, pis allé, une autre forme de service civil celui de la coopération qui m’a mené en Algérie pour une longue période.

 

 



La recherche en biologie marine, une galère, j’ai ramé !
9 avril, 2016, 11 h 02 min
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Enseignant-chercheur, je me devais de développer mes activités de recherche au Mans. Dés mon arrivée, j’ai pris en charge la gestion administrative de cette activité non sans mal car j’ai vite découvert que les financements étaient liés à mon prédécesseur. En fait, il est parti avec les meubles, quelques appareils et les moyens financiers, je m’explique, dans le grand bureau qu’il m’a laissé il a embarqué la bibliothèque, pour poursuivre ses manips dans son nouveau labo il a récupéré un certain nombre d’appareils qui avaient été financés par ses contrats et en ce qui concerne l’argent il n’est pas parti avec la caisse heureusement, dans tous les cas elle était vide, mais il nous a laissé des déficits dans les justificatifs de financements du gros appareillage (un compteur de radioactivité par scintillation liquide) qui venait d’être installé dans une salle dédiée.

J’ai vite compris que ma vie professionnelle  précédente ou je ne m’occupais que de mon d’enseignement et de ma recherche, que je finançais d’ailleurs moi-même, était révolue. J’allais devoir m’occuper des problèmes administratifs du service de biologie végétale et non des moindres. Très vite le comptable de l’université m’a réclamé les factures justifiant la part du financement  propre du laboratoire concernant le gros équipement afin de boucler le budget de l’année.  Heureusement j’avais fait la connaissance d’un physicien sympathique et brillant (il y en a, parfois ! des brillants souvent, mais vous connaissez un universitaire qui ne l’est pas ? ou du moins qui le dit partout ! par contre sympathique, c’est autre chose) spécialisé dans la synthèse de cristaux et qui disposait de factures d’équipement n’ayant pas fait l’objet de justificatifs et elles ont pu être utilisées pour régler mon problème. J’étais sauvé. Ce collègue, qui était très bio, nous a ensuite souvent soutenu en nous faisant verser discrètement (sans le dire à ses collègues physiciens) une partie de sa taxe d’apprentissage.

Le problème financier réglé, il me restait à mettre en route et à utiliser cet appareillage, et là, j’ai découvert une nouvelle contrainte. Il me fallait une habilitation à utiliser des radio-isotopes et c’est pour cela que j’ai du suivre un mois de stage au centre du Commissariat à l’Energie Atomique de Saclay. En attendant d’obtenir cette habilitation, je devais aller faire les comptages dans un laboratoire parisien donc transporter mes échantillons d’algues congelés dans lesquelles nous avions incorporé du carbone marqué. Pour maintenir la congélation, les échantillons étaient maintenus dans l’azote liquide ce qui m’obligeait à rouler avec les fenêtres ouvertes en plein hiver pour éviter l’asphyxie. En faisant cela je faisais une double infraction car le transport d’échantillons radioactifs sans autorisation est interdit, comme celui de l’azote liquide dans un récipient non adapté et dans un milieu confiné, mais que ne ferait-on pas pour faire avancer la Science. 

Je reviendrai  plus tard  sur le stage de physique nucléaire, car pour un militant antinucléaire cela me fit très drôle de me retrouver à presque quarante ans dans la peau d’un étudiant pour suivre des enseignements qui n’étaient pas vraiment ma tasse de thé; Une fois habilité, il me fallait encore faire fonctionner le compteur á scintillation car malchance cet appareil, pourtant de fabrication française, n’était pas proposé lors des ateliers de formation du CEA. Mon prédécesseur était en poste dans le bâtiment dit de botanique de la rue Ledru où ils possédaient le même compteur, je suis donc allé suivre une formation à Clermont-Ferrand sans savoir que j’y retournerai souvent.

En effet, l’habilitation ministérielle de  l’équipe de recherche en biologie végétale du Mans arrivait à son terme et devait être renouvelée. Nouvel arrivant je récupérais la préparation de la demande de renouvellement. Malheureusement cela a échoué le rapport des experts précisant que rentrant d’un long séjour á l’étranger, je devais faire mes preuves avant que mon équipe ne soit reconnue par le ministère. Faire ses preuves en recherche sans moyens financiers cela n’allait pas être simple. Les seules ressources du labo en-dehors des faibles subsides versés par l’université le BQR (bonus qualité recherche) provenaient de contrats de coopération avec l’Algérie qui préexistaient avec l’université de Tizi Ouzou  avant mon arrivée et que j’avais étendu à celle d’Oran avant mon retour en France. En dehors de l’encadrement d’un étudiant en DESS  sur la photosynthèse des cystoseires (algues brunes de Méditerranée), j’avais intégré dans cet accord l’accueil d’un étudiant algérien en DEA et d’une étudiante en doctorat. La présence de ces deux étudiants au Mans m’a permis de lancer une activité de recherche sur les algues brunes au niveau du labo du Mans.

Je fus rapidement confronté à un autre problème : l’impossibilité de les inscrire à l’université du Maine car je n’étais pas encore habilité à diriger des recherches et encore moins professeur (en fait j’étais maître-assistant de 2ème classe  et je me battais pour le rester afin d’attendre mon passage en première classe non contingentée, refusant la soi-disant promotion dans le corps des maîtres de conférences de 2ème classe d’appellation plus prestigieuse, mais qui masquait un contingentement, bref une petite stratégie de carrière mais qui n’en a pas dans la fonction publique).

Pour revenir à mon importation d’étudiants algériens,  mon prédécesseur m’a proposé de les inscrire sous sa direction à Clermont-Ferrand et en contrepartie de m’intégrer dans son équipe de recherche, ce que j’ai fait et qui m’obligera à de nombreux déplacements en Auvergne; ce n’était pas simple à l’époque car, d’une part, il n’y avait pas encore d’autoroute et en train, il fallait changer 2 ou 3 fois pour y accéder. La ville était comme on disait enclavée, par la route, cela s’est arrangé, mais, en train, c’est encore difficile hormis prendre un vieux train presque direct Clermont Paris qui utilise de vieilles voies et de vieux wagons (je l’ai pris récemment et c’est une longue épreuve) ou passer par Lyon TGV ce qui ne raccourcit pas le voyage.

Il restait le problème du financement de mes déplacements et mon collègue avait trouvé la solution en me donnant des heures d’enseignement dans l’IUT ou il intervenait ce qui, pour lui, me dédommageait de mes frais de déplacements. Il me fallait donc travailler pour financer mon travail de recherche; en effet, je n’étais pas rémunéré pour mes cours à l’IUT dans la mesure où je n’avais pas une charge complète d’enseignement  dans mon université. Par contre accueilli gracieusement par des amis à Clermont je récupérais les frais de séjour qui me permettait de financer les déplacements suivants. Le montage était malgré tout un peu chancelant ; si l’étudiant en DEA effectua tous ses travaux au Mans, l’étudiante en thèse a rapidement voulu s’installer à Clermont-Ferrand ne venant au Mans que pour de courtes périodes de stage.

Mais faire des manips sur les algues marines  en Auvergne n’était pas des plus simple encore que pour une étude comparative entre des fucus de la Manche et des  cystoseires de Méditerranée, Clermont était juste á égale distance des deux mers. Déjà au Mans il me fallait aller chercher régulièrement de l’eau de mer à la station de biologie marine de Luc-sur-Mer plus de 300 L dans des gros jerricans, ce qui a fait rouiller prématurément  le plancher de mon véhicule mais aussi celui du véhicule de l’université lorsqu’on me le prêtait. Pour les cystoseires, les dispositifs de culture que j’avais mis en place dans une chambre froide du sous-sol  consistaient en différents  récipients contenant de l’eau de mer filtrée et aérée par bullage d’air comprimé dans lesquelles les thalles étaient maintenus en immersion permanente ce qui correspondait tout à fait aux conditions naturelles de vie de ces espèces de la méditerranéenne. Comme le thème était une étude comparative avec une algue brune de l’Atlantique et de la Manche  le Fucus serratus soumise à l’alternance des marées, j’avais mis en place un autre dispositif à base d’electrovannes permettant de simuler les périodes d’émersion et les périodes d’immersion des marées. En fait je me suis rapidement aperçu que ce dispositif un peu lourd à gérer n’était pas indispensable les fucus supportant bien l’immersion. Il fallut ensuite transférer tout cela dans les laboratoires de la rue Ledru à Clermont-Ferrand, le plus lourd étant le transfert de l’eau de mer en quantité suffisante.

 



Le miracle du prof de Biochimie
2 avril, 2016, 11 h 42 min
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Conscient qu’il fallait aussi développer la filière biologie-biochimie, tous les ans je faisais, au niveau du conseil d’administration de la Faculté  des Sciences, une demande de création d’un poste de vrai prof de biochimie qui faisait cruellement défaut (la biochimie essentiellement structurale était alors assuré par des profs de chimie). Ma demande était, tous les ans, classée au niveau de l’université  en 14 ou 15ème position. Comme le ministère n’attribuait en moyenne que moins de 10 postes chaque année, c’était sans espoir.

Sauf que, en 1993,  Francois Fillon de Sablé sur Sarthe, bien que n’ayant pas vraiment fait de longues études  supérieures (les mauvaises langues disaient qu’il s’était seulement inscrit à l’université du Maine !) mais il y a jurisprudence puisque l’un de ses prédécesseurs était garagiste devint donc, après avoir été à la poste et aux télécommunications,  Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique; cette année là, comme par hasard, notre université a obtenu 15 postes, c’est ainsi qu’un prof de biochimie a pu être recruté.

Malheureusement la commission de spécialistes dans laquelle il n’y en avait pas … n’a pas fait le bon choix (ses seuls critères retenus étaient que ce futur collègue habitait dans la Sarthe et que sa femme y faisait du cheval…). Une fois recruté, ce nouveau collègue a exigé que l’université lui installe un bureau, un laboratoire de recherche, une salle de TP et qu’on lui finance une ultracentrifugeuse indispensable à ses travaux. La direction de la Faculté des Sciences à cédé au chantage sauf que lorsque tout a été installé, il n’est jamais venu dans son bureau, il a juste fait tourner une fois sa centrifugeuse comme le prouve la présence d’une unique signature de sa part (la mise en route) sur le cahier de gestion de l’appareil, il n’est jamais venu dans son labo de recherche et il n’a jamais encadré de séances de TP dans sa salle. Tout cela est navrant. Cerise sur le gâteau, il a même essayé de faire venir au Mans un de ses copains prof de biochimie, non seulement kleptomane mais en plus qui avait été exclu d’une université bretonne voisine pour malversions scientifiques, heureusement ce transfert a échoué. Je dois avouer que je ne l’ai pas aidé…

Si nous avions trouvé une solution pour la section biologie, le problèmes de la section chimie-biochimie n’étaient pas résolus. Les tentatives du nouveau prof de biochimie de mettre en place une licence et une maîtrise de biochimie avaient échoué. Sa méthode était très particulière car lors du montage des dossiers il n’avait  presque consulté personne et n’avait jamais réuni l’équipe pédagogique sur laquelle devait s’appuyer la formation qu’il proposait. Il était autiste Sartrien : « l’enfer c’est les autres … Collègues ». Il avait un rythme de travail particulier, arrivant à l’Université plus d’une heure avant son ouverture (à la campagne on se lève tôt), il rentrait dans son ranch vers 13 h, considérant avoir effectué ses heures de travail. Ainsi il ne rencontrait jamais ses collègues et n’assistait jamais aux réunions de l’après-midi. Une vrai qualité de vie de Prof d’Université … (ce que je n’étais pas encore et que je n’enviais pas vu les exemples que j’avais sous les yeux).

L’idée d’une licence classique de biochimie était grillée, il fallut trouver autre chose et avec certains collègues chimistes, les bons, car il y en a des mauvais (voir plus loin), nous avons monté un dossier original  de licence dite de chimie biologique. Toutefois lorsque j’ai présenté ce projet au niveau du conseil d’administration de la Faculté  des Sciences, il fut l’objet d’une opposition menée par un groupe de prof de chimie (les méchants) et d’informatique membres de la direction (l’un d’entre eux m’avait même apostrophé alors que je regagnais ma place : « Moi vivant ce dossier ne passera jamais », drôle de façon de risquer sa vie !). Ils finirent malgré tout  par convaincre le Conseil d’Administration de rejeter lors du vote sur cette proposition. Je n’acceptais pas cette décision qui bloquait définitivement le développement de la biologie/biochimie à l’université du Maine. J’étais très faché car je pensais pouvoir faire au minimum dans mon pays ce que j’avais fait en Algérie (développer une filière bio). Convaincu que mon projet allait dans le bon sens et soutenu par certains collègues, je ne me suis pas laissé abattre.

Il fallait encore que la décision de rejeter ce projet de licence soit entérinée par le CA de l’université dans lequel je siégeais aussi. J’ai pris contact avec l’ancien président géologue et nous avons décidé ensemble de faire casser le vote négatif sur mon projet par le CA de la Fac des Sciences par celui de l’université (cela ne s’était jamais fait, mais de temps en temps il faut innover !). Pour cela nous avons rédigé une pétition que nous avons fait signer par les étudiants et par une partie des enseignants que j’ai ensuite transmise au président de l’université avec qui, bien que chimiste, j’avais de bonnes relations. Pour conforter encore plus ma démarche, j’ai rencontré la plupart des membres du CA pour leur expliquer la situation. Lors de la réunion du CA le professeur de chimie (qui était contre) a mis au voix le rejet de mon projet, j’ai demandé la parole pour présenter ce projet et j’ai demandé un vote à main levée et le chimiste fut très surpris devant la foison de main levée en faveur de mon projet.  Ridiculisé devant tout le conseil, à la sortie il m’a coincé, en me disant : « tu vas le payer très cher », n’étant qu’un misérable Maître de Conférences (merde de chien, comme disait un collègue biologiste), je venais de saboter ma carrière.

Une fois le dossier déposé, notre projet a intéressé l’un des experts du ministère qui nous a convoqué à Paris afin de défendre cette demande. Une délégation composée d’un jeune chimiste (il y en avait quand même des bons) favorable au projet, d’un collègue biologiste d’avis un peu mitigé et de moi-même s’est rendue au ministère rencontrer le conseiller qui fut très intéressé et favorable au projet. Á la suite de cette entrevue, l’habilitation  nous a été accordée pour la rentrée suivante.

Ce fut un succès auprès des étudiants et sur cette lancée l’année suivante nous avons préparé un nouveau dossier cette fois de maîtrise et là encore une convocation de l’expert pendant les vacances de Pâques, seul présent et disponible, je me suis rendu à cette convocation. Mais à la gare je suis tombé sur le vice-président de l’Université qui alors que je l’informais de mon déplacement m’a fait un caca nerveux en ma précisant que je n’étant pas missionné par la présidence, j’allais me faire taper sur les doigts.

Heureusement, l’expert enthousiaste non seulement valida mon dossier de maîtrise mais me proposa même  de monter pour l’année suivante un DESS. Cette fois je ne l’ai pas suivi, avec la mise en place de deux années supplémentaires en deux ans nous avions mes collègues et moi-même suffisamment de travail. Au lieu de me faire engueuler le président m’a félicité ! Nous avions maintenant un bac plus quatre à offrir à nos étudiants, à quand le bac plus 5 puis pourquoi pas la thèse, le bac plus huit. Nous arrivions déjà en inscrivant les étudiants dans d’autres universités à servir de laboratoire d’accueil pour des étudiants en DEA ou en thèse mais c’était sans intérêt pour notre université comme le nouveau président me le faisait souvent remarquer. Heureusement la mise en place du LMD a permis d’améliorer encore notre offre de formation. Cette fois avec les deux années de master nous passions à bac plus cinq puis à bac plus huit avec le doctorat; pour la première fois, l’université du Maine allait pouvoir jouer totalement son rôle d’université de proximité du moins pour la biologie en permettant à l’étudiant d’y faire une scolarité complète.


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