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Un peu de cuisine
30 janvier, 2016, 12 h 39 min
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Le méchoui est une  tradition au Maghreb aussi je ne pouvais pas faire une impasse sur une activité culinaire exceptionnelle, rien que d’y penser, j’en ai l’eau à la bouche… Le premier auquel je fus invité était celui du département de botanique. L’organisation était très traditionnelle, les moutons dépecés, le ventre rempli d’oignons étaient empalés au bout  de grandes piques en bois de plusieurs mètres et les garons de labo qui avaient en charge leur cuisson les tendaient vers le feu en ne les appuyant que sur une grosse pierre. Pour les tenir ainsi dans le vide pendant plusieurs heures, il fallait faire un effort conséquent, j’avais bien proposé de poser l’autre extrémité de la pique sur une autre pierre, le principe du tourne broche tout simplement mais ils avaient refusé, ce n’était pas la tradition. De temps en temps, il fallait badigeonner de beurre fondu la viande en train de cuire et en faisant pivoter la broche sur la pierre, il était plus facile de la badigeonner sans se brûler. Sur ce je n’avais plus rien à dire et 5 h après les moutons étaient enfin cuits, il ne restait plus qu’à les déguster avec les mains bien sûr. Se nourrir lors d’un méchoui fait ressortir nos instincts préhistoriques de carnivores et s’apparente un peu à la lutte pour la vie voir la survie; difficile de s’approcher de la sainte table (broche, pardon) et de récupérer un bon morceau car si dans le mouton tout est bon, comme dans le cochon, il y a des morceaux meilleurs les uns que les autres; le gigot est meilleur que l’épaule, elle même meilleure que les côtelettes et surtout que le collier, et je ne dis rien des rognons blancs (morceau de choix pour les initiés)…

 

Plusieurs autres fois, un ancien pied noir, professeur de géologie à l’université qui était resté après l’indépendance organisait avec ses collègues tous les ans, en fin d’année universitaire, donc en juin, un méchoui où certains d’entre nous étaient Invités et c’est en compagnie de ses amis que nous passions une journée très agréable et très arrosée bien qu’il fit le plus souvent très beau temps… Le méchoui était excellent, préparé par des fins gourmets et cette fois avec un véritable tournebroche un peu ancien mais très efficace. Le problème était qu’en dehors du vin que nous avions amenés, nos hôtes avaient préparés à l’aide d’extraits Noiraud quelques alcools frelatés qu’il fallait consommer sans modération, par politesse bien sûr. Les lendemains étaient difficiles mais heureusement, à cette période de l’année, nous n’avions plus de cours à assurer.

 

De façon plus intimes, avec mon « cousin », lorsque nous organisions des repas le week-end avec nos amis, nous avions trouvé une solution pour, sans quitter la ville, nous procurer un pseudo méchoui, en fait un mouton farci préparé par le boucher du quartier et que l’on faisait cuire entier dans le four d’un boulanger. C’était très goûteux, mais nous étions quand même un peu malade le lendemain. Après plusieurs essais nous nous sommes interrogés sur la raison de ces désordres intestinaux pour comprendre enfin que le problème venait de la farce préparée par le boucher en utilisant les tripes plus ou moins bien lavées puis broyées avec beaucoup d’herbes et d’oignons pour faire disparaître le gout et l’odeur; le passage au four était sensé stériliser l’ensemble mais ce n’était pas toujours parfait lorsque le four du boulanger n’était plus assez chaud.

 

Nous avons abandonné cette recette, mais á la fin de mon séjour pour fêter mon recrutement á l’université du Maine, j’ai fini par organiser dans la forêt de Msila un dernier méchoui avec un autre collègue (de triste figure et qui en plus à très mal évolué, mais c’est une autre histoire). Cette fois entre les deux moutons en train de cuire il y avait un sanglier, bien sûr (l’atavisme), et pour une fois ce méchoui n’a pas vraiment été halal.

 



Frontière Algéro-Marocaine
23 janvier, 2016, 16 h 31 min
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Nous nous rendions très souvent au Maroc à Oujda pour le weekend. C’était notre espace de liberté mais le passage de la frontière était toujours une épreuve longue et difficile. Avant la mise en place de  la carte bleue internationale  permettant d’obtenir des devises au Maroc, nous n’avions pas d’autres solutions que de passer la frontière avec des devises ou des dinars algérien puis de les changer au black à Oujda. Pour le passage en douane nous utilisions une planque très  classique et imparable, la culotte des dames, car à l’époque les douanes algériennes  ne disposaient pas encore de douanières susceptibles de fouiller les femmes. C’était malgré tout risqué car le trafic de devises (crime économique) était très sévèrement puni en Algérie.

 

Un de nos collègues physicien avaient été arrêté pour ce délit qu’il avait pratiqué de façon maladroite par courrier. Il fut libéré après quelques semaines de prison au cours desquelles il fut tellement maltraité (je vous fait grâce des détails) qu’il se suicida le lendemain de sa sortie. Nous prenions donc beaucoup de risques lors de ces weekends au Maroc d’autant plus que en tant que VSNA, nous n’avions pas le droit de quitter le territoire algérien sans l’autorisation du colonel qui nous supervisait. Ce pauvre colonel à qui nous n’avons jamais rien demandé bien sûr, et surtout pas l’autorisation de quitter l’Algérie, devait bien se douter que ses consignes n’étaient pas respectées. Il nous réunissait de temps en temps au consulat et sa principale inquiétude et remontrance portait sur la longueur de nos cheveux (je ne les ai jamais porté les cheveux aussi longs que pendant cette période).

 

Sans le savoir, lors d’un autre voyage au Maroc, dans le combi VW de couleur orange de coopérants baba cool, nous découvrîmes à  posteriori que nous avions risqué notre liberté; en effet nous avions passé la frontière dans les deux sens sans savoir que les propriétaires du véhicule avaient oublié un paquet de cannabis dans la boîte à gant du véhicule. Si les douaniers avaient découvert cela lors de la fouille au retour en Algérie, nous aurions fini en prison pour 20 ans. Par la suite, Nos relations avec ces écolos inconscients se sont distendues. J’ai toujours eu un à priori pas très positif vis à vis des écolos et pourtant j’ai enseigné longtemps l’écologie mais vu du côté du végétal et non de l’animal et encore moins de l’homme !

 

Nous avons ainsi franchi cette frontière des dizaines et des dizaines de fois et ce fut toujours une épreuve. Les deux pays étant en guerre larvée à cause du désaccord sur les sahraouis et l’ex Sahara Espagnol seuls quelques européens pouvaient la franchir, mais au prix d’accepter beaucoup de contraintes; il fallait souvent attendre très  longtemps, tout en restant de bonne humeur du moins extérieurement pour obtenir les tampons de sorties d’un côté et d’entrée de l’autre et la même chose au retour dans l’autre sens, après quelques années, il ne restait plus de place pour les tampons sur mon passeport, c’est dire que je l’avais beaucoup utilisé. Je fus obligé d’en faire refaire un nouveau avant la date de péremption.

 

 Parfois les douaniers marocains nous réservaient des surprises comme l’obligation d’avaler une grosse pilule de désinfectant intestinal car nous étions suspectés d’apporter le choléra au Maroc, si bien que nous étions bon pour passer une partie de notre weekend dans les toilettes. Une fois mais pas deux, au voyage suivant nous avons produits des certificats de vaccination plus beaux que des vrais car fabriqué par nos soins (n’étions nous pas Docteurs) à l’aide du papier à en-tête et des tampons du laboratoire de physiologie de l’université et ainsi nous avons définitivement évité la pilule laxative.

 

 Ces week-end à Oujda étaient  pourtant pour nous des pauses indispensable, nous libérant pendant quelques jours de l’austérité et des pénuries quotidiennes de l’Algérie socialiste  (au niveau alimentaire, pas de sauce tomate, de bananes, d’avocats, de fromage cuit, de boissons alcoolisées hormis le vin et la bière et encore pas toujours facile à trouver, de lessive et j’en passe beaucoup); les rayons alimentaires des galeries algériennes étaient  remplis de boîtes de sardines et de confitures de figues, et au marché pour obtenir un kg de patates (légume rare), il fallait acheter aussi des carottes et des navets. Au début, lors de nos séjour au Maroc du fait de nos faibles moyens financiers, nous faisions du camping souvent dans des endroits improbables (voir l’épisode du cimetière) et nous mangions des brochettes et du pain dans la rue, plus tard devenus coopérants civils nous sommes allés  dormir dans des hôtels bon marchés pour finir dans les palaces jusqu’au jour où ils appliquèrent le tarif international en multipliant leurs prix par dix; s’en était fini de la belle vie du coopérant au Maghreb, il était temps de rentrer en métropole (comme on disait dans le temps).

Encore plus masochistes, de temps en temps nous franchissions une deuxième frontière pour rentrer à Mélilla, enclave espagnole sur le territoire marocain, afin de nous immerger dans l’abondance de la société de consommation et d’y dépenser des devises, mais après un week-end de débauches commerciales nous n’avions plus qu’à refaire le parcours inverse avec un double passage de frontière, beaucoup de temps perdu mais nous étions encore assez jeunes pour croire que nous avions toute la vie devant nous, donc presque une éternité dans des pays où le temps n’a pas la même valeur que dans notre civilisation occidentale : « Tu prendras bien le temps de mourir » me disait-on lorsque je présentais des signes d’impatience lors des nombreuses queues pardon chaînes (le terme précédent n’étant pas politiquement correct au Maghreb) qui étaient incontournables dans les administrations algériennes. Pour me contredire lors d’un récent voyage à Alger alors que j’étais dans la « chaîne  » attendant le contrôle de la police des frontière, le policier m’a interpellé : « hé, le vieux, passe sous la barrière ! » (pas très respectueux) mais je suis passé quand même et j’ai ainsi évité une longue attente. Comme quoi à partir d’un certain âge le précédent proverbe ne fonctionne plus, même en Algérie.



Cinéma et spectacle à Oran
16 janvier, 2016, 11 h 15 min
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Lors des premières années de mon séjour, il y avait encore une activité culturelle importante en Algérie et plus particulièrement à Oran (ville connue pour être plus ouverte à la culture que les autres grandes villes d’Algérie). Ainsi il y avait encore plusieurs très grandes salles de cinéma, reste de l’époque coloniale, dans lesquelles étaient diffusés des films peu après leur sortie en France. Le seul problème était qu’il fallait y aller à plusieurs afin d’encadrer nos épouses pour les protéger des mains baladeuses des autres spectateurs. En effet parfois les fauteuils étant pour la plupart défoncés, nos épouses s’asseyaient sur ces sièges inconfortables pour s’apercevoir ensuite qu’il y avait en prime la main du locataire du siège voisin… ce qui n’était pas très correct, mais celui-ci, taquin, s’excusait très poliment du dérangement. Souvent l’ambiance dans la salle était particulière dans la mesure où les spectateurs réagissaient  souvent bruyamment à ce qui se passait sur l’écran vivant le film pour la majeur partie de la salle au premier degré. Parfois ce n’était pas sans nous poser de problème, ainsi lorsque les films évoquaient le racisme anti-arabe la tension montait fortement dans la salle, surtout lorsque le metteur en scène n’avait pas prévu une fin libératrice. Ainsi lors de la projection de « Dupont la joie » (excellent film par ailleurs) nous étions une dizaine dans les premiers rangs de l’orchestre; heureusement nous étions venus avec des collègues belges, car lorsque la lumière s’est rallumée à la fin de la séance la tension était tellement forte que personne dans la salle bondée ne s’est levé. Ce soir là, pour sortir de la salle les premiers, puisque personne ne bougeait, nous avons lâchement  renié notre nationalité (sans en être pourtant déchu !) et nous sommes devenus belges.

 

 Nous avions aussi la possibilité d’aller à la cinémathèque où les films projetés étaient suivis de débats souvent houleux sur des problèmes de société, souvent liés aux femmes, et ils étaient nombreux en Algérie. Juste pour l’anecdote, j’habitais à proximité de la cinémathèque et un jour ils ont programmé un film devenu culte en France  » les valseuses » mais à Oran ce film fit l’effet d’une bombe car non censuré il attirât, téléphone arabe aidant, des milliers de spectateurs qui voulant assister à la projection ont bloqués le quartier pendant plusieurs heures et je n’ai pu regagner mon appartement que tard dans la nuit.

 

Il y avait aussi le théâtre d’Oran, dans lequel se produisait des troupes internationales, la première fois je n’ai pu y aller faute d’argent, ma maigre solde de VSNA me permettait juste de survivre en mangeant des navets, alors que se produisait le cirque de Pékin. Plus tard, je me souviens plus particulièrement d’un spectacle de danses espagnoles au cours duquel les danseuses de flamenco avaient tellement chauffées la salle composée à 95 % d’hommes tous debout à la fin du spectacle, tapant des pieds et des mains si bien que nous avons craint un moment qu’ils n’envahissent la scène et nous nous serions trouvés pris dans une émeute ce qui était très déconseillé par notre colonel. Aussi nous avons réduits notre présence dans ces spectacles en live. Par contre je suis allé voir Pierre Perret qui se produisait à Alger appréciant depuis ma prime jeunesse ses chansons, j’en garde un excellent souvenir du à une intense participation du public, cette fois c’était positif. Je suis enfin allé écouter les premières chansons de Khaled, du Raï oranais, dans un night-club club très douteux sur la corniche emmené par un collègue économiste qui était copain avec ce chanteur encore inconnu, mais l’ambiance glauque du lieu ne m’avait pas plu et je n’étais resté que très peu de temps craignant d’attraper des maladies honteuses !

 

Il y avait aussi le centre culturel français dans lequel se produisait des artistes surtout des chanteurs ou des chanteuses à texte (je cite un refrain : « fait une pipe à pépé avant qu’il ne la casse … ») et  en devenir, dans une petite salle souvent rapidement remplie; nous étions tous très  demandeurs car la musique arabo-andalouse finissait par nous lasser… L’avènement des magnétoscopes permis au centre culturel d’organiser des séances de cinéma à partir de films enregistrés sur cassettes sur les chaînes de télévision en France puis exportée à Oran. Les vidéo-projecteurs n’étaient pas encore inventé et un dispositif astucieux à base de miroir permettait de projeter l’image sortant d’une petite télé sur un grand écran (principe de l’épiscope). J’ai repris l’idée ensuite en important de façon un peu illégale dans le double fond de mon sac de voyage des films grand public enregistrés sur des cassettes VHS par mon épouse en France; ce qui nous permettait d’organiser des soirées cinéma chez un copain qui possédait (magnétoscope et télévision) le matériel adéquat. Lorsque nous avions épuisé le stock de film, il ne nous restait plus qu’à essayer de capter une émission de la télé espagnole plus guillerette que celle de la télévision nationale (un, dos, tres, pregunta ? par exemple) grâce au couscoussier placé derrière l’antenne râteau sur la terrasse de la tour; cela marchait à condition qu’un couvert nuageux au milieu de la Méditerranée serve de réflecteur aux ondes télévisuelles. Nos loisirs télévisuels étaient donc très dépendants de la météo.

 

Durant cette période encore proche de l’indépendance, la production cinématographique Algérienne était importante, la plupart des films portant sur la fin de l’époque coloniale et sur la guerre d’Algérie, ils avaient besoin d’individus de type européen comme figurants voire pour des petits rôles. De temps en temps, Ils essayaient de nous recruter dans le hall de la résidence Perret où étaient logés beaucoup de coopérants. Bêtement et je le regrette maintenant, pour une fois on voulait bien de moi alors que j’avais été refusé sur le tournage du film « 24 h du Mans » avec Steve Mcqueen et j’en suis encore vexé d’autant plus que j’ai appris récemment que notre Premier Ministre de la Sarthe, François Fillon, avait été accepté sur ce tournage… il devait être plus méritant ou plus photo-hygiénique (photogénique, pardon); bêtement disais-je, je n’ai jamais accepté d’aller tourner craignant entre autre d’avoir à jouer de mauvais rôles. A ce sujet, un copain, surtout le mari de ma copine de fac, acteur de profession était souvent employé dans les films algériens pour de petits rôles dans lesquels il finissait souvent égorgé et souvent émasculé dans la mesure ou blond à cheveux court, il avait tout à fait le profil du légionnaire ce qu’il cultivait d’ailleurs, et dans les films algériens, pour lui, il y avait un rôle tout trouvé.

Une année ce pauvre garçon avait décroché un rôle plus important, présent dans plus des deux tiers d’un film (La damnée de El Adi Guellal)1 au cours duquel il maltraitait quelque peu une jeune fille algérienne, mais là encore il finissait de la même façon; je n’ai pas vu ce film mais si l’on s’en tient au synopsis il ne doist pas être complaisant. Par malchance due à un changement de programmation, ce film, au lieu de tourner dans les salles de cinéma, fut diffusé pendant l’été à la télévision et lors de son retour à Alger à la rentrée de septembre, il ne pût rester en Algérie, car suite à son rôle, il était enfin reconnu dans la rue mais de façon très négative puisque les enfants lui lançaient des pierres, ce qui mis fin à sa carrière d’acteur du moins en Algérie.

Il avait son pendant dans le cinéma français, Abder El Kebir, le mari de notre directrice d’institut qui était acteur et plus ou moins copain avec Delon ce qui lui valut un surnom que ne divulguerais pas ici car non politiquement correct. Il avait des petits rôles mais souvent le même (arabe de service) avec la même fin que mon collègue dans le cinéma algérien, mais sans l’ablation des testicules. Il avait un bon agent car il a  quand même tourné dans une vingtaine de films et une quinzaine de téléfilms. Comme mon collègue il a fini par avoir un premier rôle en 2007 dans un Téléfilm : « une histoire à ma fille » et depuis il semble avoir disparu des écrans de cinéma.

 

1) Synopsis du film :  » Les neuf mois de la vie d’une jeune fille de quinze ans qui a subi l’outrage d’un violeur lors d’un ratissage du douar, par une patrouille de parachutistes de l’armée française ».



l’évaluation
9 janvier, 2016, 16 h 14 min
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J’étais prof,  comme mes collègues et à la fin des cours, nous devions organiser des examens de fin de semestre destinés aux étudiants. Ce n’était pas aussi simple car sur les tables et les murs des amphithéâtres sous forme de graffitis, on retrouvait une grosse partie des enseignements délivrés durant le semestre aussi bien en maths (les théorèmes) qu’en physique-chimie  (les principales formules) en biologie (les schémas) et beaucoup d’autres informations, preuve qu’ils étaient attentifs. Aussi avant d’organiser les examens de façon rigoureuse, alors que nos enseignements auraient pu passer à la postérité, nous demandions à ce que que les services techniques de l’Université repeignent les murs et les tables afin de faire disparaître toutes possibilités de triches. Autre difficulté, il fallait pointer les étudiants avant la distribution des sujets sinon certains s’enfuyaient si le sujet ne leur plaisait pas afin d’obtenir une session de rattrapage avec un certificat médical de complaisance. Pour parer à cela nous placions des collègues devant chaque porte pour bloquer les fuyards mais lorsque c’était possible, certains s’enfuyaient encore par les fenêtres au risque de se blesser. Ce qu’il fallait aussi éviter c’était les copies supplémentaires, technique très pratiquée et qui consistait pour un étudiant brillant à rédiger sa copie et une seconde pour un copain absent. Aussi fallait-il organiser un pointage très précis des présents afin de pouvoir repérer les copies frauduleuses lors des corrections. De même, Lorsqu’un étudiant était pris en flagrant délit de triche avec une antisèche, il fallait récupérer le document comme preuve et ce n’était pas toujours facile car pris sur le fait, le plus souvent, ils avalaient le document.

Enfin à partir de la mise en place des diplômes d’études supérieures puis des magister qui comportaient des stages, j’ai  participé à de nombreuses soutenances comme membre du jury, en général sans problèmes hormis une fois ou j’ai posé plusieurs fois la même question (dont la réponse me semblait évidente) à une étudiante et que j’ai fait pleurer devant l’amphithéâtre ce qui me valut une période de froid au niveau relationnel  par la promotion d’étudiant.

Par contre la période de corrections des copies tant redoutée par les enseignants était, surprise, en Algérie une période agréable du moins au deuxième semestre. En effet pour ce faire nous partions à plusieurs louer des bungalows aux Andalouses (centre touristique de la Sonatour proche d’Oran) et pendant une quinzaine de jours sur des terrasses face à la mer nous nous soutenions mutuellement  dans cette épreuve fastidieuse de correction tout en faisant des pauses ludiques sur la plage (baignade, planche à voile, ski nautique, balade en voilier pas trop mon truc car j’avais le mal de mer). Au sujet de ces balades en bateau, nous sommes partis un après-midi à une douzaine sur le petit voilier d’un collègue qui était venu nous chercher sur la plage pour une excursion vers l’ile plane au large des andalouses, la mer était d’huile et le soleil brillait; mais la Méditerranée est une mer vicieuse, à peine arrivé en vue de l’île une tempête s’est levée et nous n’avons pas pu accoster et nous avons dû rentrer rapidement vers la côte, mais la tempête ne permettait plus au bateau d’approcher de la plage et l’annexe ne permit que de ramener les femmes et les enfants. Alors que j’avais le mal de mer, l’unique solution était de gagner la plage à la nage dans la mer démontée, je sautais donc à l’eau comme mes collègues et me mis à nager sans trop de difficultés vers la côte, mon mal de mer ayant disparu et les vagues nous poussaient vers le rivage. J’ai donc une nouvelle fois survécu à cette aventure, mais le voilier, malgré son ancre commençait à dériver vers les rochers bordant la crique; aussi le propriétaire du bateau, excellent marin, décida de rejoindre son bateau afin de le ramener au port. Il pris l’annexe et commença à ramer vers le bateau mais une vague plus grosse que les autres le renvoya brutalement  sur la plage, cul par dessus tête comme disait ma grand mère. Mais ce n’était pas homme à se décourager. Il m’emprunta mon matériel de plongée et il réussit à  rejoindre son bateau en passant sous les vagues. Nous le vîmes un peu inquiet partir seul dans la nuit noire et dans la tempête pour rejoindre le  port d’Oran. Il réussit à rentrer à bon port et le lendemain il revint nous voir aux andalouses mais cette fois par la route. Depuis je ne suis plus jamais monté sur un voilier.

 

L’Algérie, jeune pays, était en avance sur son temps et les étudiants membre du parti politique majoritaire et unique du moins à l’époque, le FLN avaient mis en place en fin de semestre une commission d’évaluation des enseignants qui étaient alors en majorité des étrangers. Nous passions les uns après les autres devant une sorte de tribunal où siégeaient une demi douzaine d’étudiants. Je m’en suis toujours bien sorti et pourtant je notais assez sévèrement reproduisant un peu ce que j’avais subi lorsque j’étais étudiant mais de façon relative à partir de la meilleure copie et non pas à partir d’un niveau élevé d’exigences gravées dans le marbre comme lorsque j’étais moi même étudiant. Toutefois sans reproduire l’attitude mandarinale qui consistait à ne pas poursuivre la correction d’une copie lorsque je rencontrais une erreur inacceptable et dont j’ai souffert avant 1968, j’avais mis au point une technique imparable évitant toute contestation des notes. Lorsqu’un étudiant ou une étudiante souhaitait voir sa copie considérant qu’il ou elle avait été mal ou sous noté, je le recevais sans difficultés afin de regarder ensemble son oeuvre en refaisant dans un premier temps le calcul des points obtenus que j’avais soigneusement  reporté  dans la marge et, comme par hasard, je tombais toujours sur une note finale inférieure à celle que j’avais mise sur la copie. Á partir de là l’attitude revendicative de l’impétrant ou …trante disparaissait lorsque je lui proposais de remettre la note recalculée, toutefois, cela ne m’empêchait pas de poursuivre la lecture de la copie en commentant les erreurs ou les insuffisances que j’avais relevées  mais le plus souvent, il ou elle s’en désintéressait complètement ayant compris que je ne modifierai pas la note qui était quand même l’objectif principal de sa démarche. J’ai continué à  utiliser cette méthode « pédagogique » tout au long de ma carrière avec succès, même à l’université du Maine, je peux l’avouer maintenant, il y a prescription.

 

 



Arrivée de collègues
2 janvier, 2016, 16 h 52 min
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Après avoir enseigné la physiologie végétale tout seul durant la première année de fonction à l’Université d’Oran, on m’informa en septembre que j’allais avoir un nouveau collègue et on m’envoya le chercher à l’aéroport; et là pas de chance, il n’en est pas sorti, retenu par la police des frontières car ses papiers n’étaient pas en règle. Plusieurs heures après je suis retourné le chercher car il avait réussi à convaincre les policiers de sa bonne fois grâce à un petit stratagème; comme nous étions en période de Ramadan et comme il était à l’origine de religion musulmane, dans sa prison au sous-sol de l’aéroport, il se mît à prier tourné vers la Mecque en récitant les versets du Coran appris par cœur dans sa jeunesse très certainement dans une école coranique; l’attitude des policiers changea face à ce frère en religion africain, oubliant sa couleur de peau, il fut rapidement libéré et j’ai pu l’amener prendre son poste à l’université.

Son recrutement m’a bien rendu service (en l’allégeant… mon service) puisque nous avons partagé les enseignements magistraux et dirigés, mais assurant ensemble les enseignements pratiques que nous avons alors beaucoup développés. Le problème c’est que mon collègue africain tenait absolument à ce que l’on déjeune ensemble chez lui avant chaque séance de TP. Après une grosse matinée de travail car il fallait mettre en place les différentes manipulations lors de chaque séances, il n’y avait pas de techniciens pour nous aider, ni suffisamment de salles pour y laisser notre matériel et nous devions toutes les semaines tout réinstaller. Aussi après un tel effort le réconfort, c’était de boire un ou deux pastis puis une bouteille de cuvée du président sinon deux mais à trois avec son épouse, il fait soif dans les pays chaud; de ce fait, lors des 4 h de TP face aux étudiants nous étions très en forme, pensant qu’ils ne se rendaient compte de rien. Toutefois ayant récemment plus de 40 ans après rencontré un de ces anciens étudiant maintenant professeur à Oran, il m’a malheureusement avoué que lui même et ses collègues étudiants n’étaient pas dupes de notre état mais ils étaient très respectueux (époque bénie) de leur enseignants et n’auraient jamais osé faire de remarques.

Arrivée d’une chef

Au début d’une nouvelle année universitaire, les responsables du service de botanique de l’université d’Oran nous avaient informé de l’arrivée prochaine d’une nouvelle collègue biologiste maître-assistante venant de Suisse.  Nous l’avons donc accueillie comme il se doit, d’autant plus que c’était en fait une compatriote mais qui avait fait ses études à l’Université de Genève pour ensuite y occuper un poste pendant quelques années. Le  problème, c’est qu’un mois plus tard, on nous informa que les services de l’ambassade prenant en compte son PhD Suisse et en accord avec les autorités algériennes venaient de  la  nommer professeur. Nous nous sommes donc retrouvés du jour au lendemain avec une supérieur hiérarchique, une chef ce qui n’était pas dans nos traditions car nous étions plutôt pour l’autogestion; heureusement elle était de gauche et appartenait au même syndicat. Bref, nous nous sommes très bien entendu et depuis « malgré tout » nous sommes restés amis.

Toutefois une chef du sexe faible (notion qui ne correspondait pas vraiment à ma collègue qui était plutôt grande gueule que femme soumise) n’était pas la tasse de thé de certain de nos collègues algériens qui n’étaient pas tous féministes, loin s’en faut. L’un d’entre eux, en effet, particulièrement borné et malfaisant refusait de s’adresser directement à ma collègue et je devais le plus souvent servir d’intermédiaire, une sorte d’interprète ou plutôt de répétiteur dans une discussion à trois. En dehors de cela, elle est arrivée à point nommé puisqu’avec mon collègue africain nous venions de mettre en place une formation de fin d’étude à bac + 4 :  » diplôme d’études supérieures  » ou DES et nous allions devoir encadrer des étudiants en stage en laboratoire. Ce que nous avons fait pour une première promotion puis poursuivi les années suivantes nous obligeant à beaucoup plus de présence sur le site. J’ai quand même conservé, pour raisons de santé bien sûr, une activité tennistique en fin d’après-midi.

En-dehors du travail nous avons, avec cette collègue, quand même fait quelques missions ensemble, sur le terrain autrement appelées ballades dans le sud où ses compétences en botanique étaient très appréciables. Elle nous a ainsi emmené (de force) voir des stations, très au Sud, où poussaient le chou de Bouamama ou encore des ajoncs qui étaient son sujet d’études.

Mais un souvenir marquant concerne le jour où je l’ai emmenée à l’aéroport pour rentrer en France se présenter à une audition au CNU (Conseil National des Universités) pour candidater à un poste de MCF à l’université de Rennes qu’elle a d’ailleurs brillamment obtenu. Alors qu’elle était habituellement vêtue d’un blue-jean et d’un tee-shirt, ce jour là, elle était en tailleur (Chanel ?) et surtout ses avantages étaient groupés dans un soutien gorge mono-bonnet, ce qui, devant une instance de professeurs males d’âge canonique, laissait peu de chance aux autres candidats de l’autre sexe. Ceci dit pour avoir participé à beaucoup de recrutement, je ne doute pas que c’est sur la valeur de son dossier scientifique qu’elle avait été retenue mais un petit plus n’est pas toujours inutile… J’en parle d’autant plus librement que les procédures ayant changées, lors de mon recrutement, par chance, je n’ai pas été auditionné.

 Nous avons failli être de nouveau collègue à Rennes à mon retour d’Algérie, car reconnaissante elle avait âprement défendu mon dossier qui était excellent (bien sûr) mais en définitif, j’ai choisi le Mans où ma famille nombreuse était déjà installée. Mais nous sommes toujours restés amis encore maintenant et surtout nous sommes beaucoup plus tard, tous les deux professeurs, allés ensemble en Nouvelle Calédonie invité à un jury de thèse par notre collègue africain qui avait échoué dans cet ile après maintes péripéties. Je vous raconterai peut-être cela plus tard.

 

 


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