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Histoires de collègues
25 décembre, 2015, 18 h 55 min
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Histoires de collègues

Au cours de ces douze années, j’ai côtoyé des collègues de différentes nationalités : des Belges, des Polonais, des Kirghizs, des Egyptiens, des Syriens, même des algériens mais surtout des algériennes souvent plus motivées que leur collègues mâles. Il y avait ainsi deux citoyens de l’ex URSS, des kirghiz assez sympathiques, professeurs de physiologie animale et humaine, mais surtout humaine car dans leur université d’origine ils testaient sur des soldats « volontaires  » la résistance aux chocs thermiques, je n’en dirais pas plus concernant l’éthique de leurs protocole expérimental. Un mois avant mon départ donc en juin, ils insistèrent pour m’inviter à un déjeuner avec un collègue français d’origine indienne. En plein après-midi, car nous étions arrivés en retard, ils nous ont servis un repas traditionnel composé de riz au gras avec des carottes arrosé de nombreux petits verres de mauvais cognac que l’on devait avaler cul sec suivant leur tradition par plus de 30 °C, ce fut une épreuve. J’ai compris plus tard (voir la suite dans le dernier paragraphe) les raisons de cet intérêt soudain.

En ce qui concerne les  Polonais, j’ai surtout souvenir des Polonaises que l’Algérie avait recrutées et que la Pologne exportait en masse au moment de Solidarnosc. Blondes aux yeux bleus, (etc.), elles ne passaient pas inaperçu, les étudiants mais aussi parfois les enseignants en étaient amoureux, mais scientifiquement le principal souvenir est celui d’un professeur qui m’a initié à la biologie des chauves-souris dont c’était la spécialité et avec qui nous sommes allés chasser ces petits mammifères dans les galerie de mines de diatomite (pour les ignares, roche sédimentaire utilisée comme abrasif formées de milliards de diatomées qui se sont déposées au fond des mers au cour de l’ère secondaire) désaffectées où elles se réfugiaient le jour pour dormir; les plafonds en étaient remplis et il n’y avait plus qu’à les cueillir pour le plus grand plaisir de notre collègue.

Les belges, un couple, deux pour le prix d’un car ils étaient mal payés dans la mesure ou leur pays n’avaient pas signé d’accord de coopération avec l’Algérie, étaient prof de math et en particulier de statistiques pour les étudiants biologistes. Ils étaient  particulièrement exigeants, mais leur module a disparu du cursus de la licence de bio après leur départ ce qui a bien arrangé la femme de l’inspecteur d’académie qui reprenant ses études n’arrivait pas à l’obtenir, de la à y voir une relation de cause à effet … (mais c’est une autre histoire, après avoir formé la maman, j’ai enseigné au fils qui est maintenant professeur d’université).

Les Syriens, deux d’entre eux m’ont surtout marqué l’un avec qui je travaillais et qui m’a réveillé une nuit à 3 h du matin angoissé car il devait quitter définitivement l’Algérie en rompant son contrat unilatéralement le lendemain pour rejoindre un poste au Maroc en passant par Paris, ce qui était une monstrueuse traitrise dans la mesure ou ces deux pays étaient en guerre larvée. Il avait la double nationalité franco-syrienne et il me proposait de l’accompagner dans l’avion afin que je planque sur moi son passeport français (je ne vous dit pas où !) lui permettant de sortir d’Algérie comme Syrien, puis de changer de nationalité dans l’avion lorsque je lui aurais, après passage dans les toilettes, rendu son passeport. J’ai passé plus d’une heure à le convaincre de planquer sur lui (dans son slip bien sûr) son passeport français en vue d’une éventuelle fouille à corps au départ d’Oran. Ayant personnellement quelques fois planqué ce document avec ma carte gold au même endroit mais plutôt pour éviter le vol, je lui confirmais d’expérience que c’était un endroit sûr et rarement visité même par les douaniers les plus soupçonneux. L’autre syrien était encore plus fort il avait 3 frères et donc 5 nationalités; en effet leur père qui avait tout compris au monde moderne et au problèmes des arabes, avait obligé chacun de ses fils à épouser une femme européenne de nationalité différente, chacun avait donc en plus du syrien 4 passeports européens  car ils se ressemblaient tous comme des frères, grandes gueules avec barbe et plein de cheveux, ce qui leur permettait tous les trafiques. Le mien avait épousé une française très sympathique qui supportait difficilement ses exactions; en effet il parlait beaucoup avec ses mains qu’il avait longues et fines et qui lors de conversations animées avec des dames se posaient fortuitement mais avec élégance sur l’un de leurs seins, ce qui n’était pas toujours du goût de tout le monde et en particulier des frères ou des maris. En dehors de cette petite particularité, j’ai dû le défendre syndicalement car cet imbécile bien que coopérant français s’était mis à enseigner en langue arabe et du coup les instances de l’université avait bloqué la partie en dinars de son salaire et souhaitaient le remettre à disposition. J’ai réussi à obtenir que ses arriérés de salaire lui soient versés mais je n’ai pu empêcher sa remise à disposition du gouvernement français donc son licenciement. C’était un collègue à problèmes et quelques années plus tard il a candidaté sur un poste à l’université du Maine mais n’a pas été retenu, j’ai eu chaud.

En ce qui concerne les algériens, la plupart de nos collègues étaient très sympathiques et il me semble que nous leurs avons laissé un excellent souvenir; ce que me rappelle et me confirme ceux que je rencontre encore de temps en temps comme récemment à Alger où ils m’ont invité comme conférencier dans un congrès; sans oublier mon ex-étudiant, puis collègue et ami avec qui j’écris avec succès (le premier vient d’être réédité) des ouvrages scientifiques depuis une dizaines d’années.

La fin de mon séjour à Oran fut un peu compliqué, je devais libérer l’appartement que m’avait attribué l’université et il y avait beaucoup de candidats à ma succession et c’est la copine du chef de département, qui était pourtant mon principal ennemi,  qui me fut imposée après m’avoir racheté mon équipement de cuisine qui était difficilement déplaçable. Je suis ensuite resté un jour ou deux chez des amis bio-géologue  avant de rejoindre, avec eux et mes amis corses, Alger afin d’embarquer pour Marseille. Au départ à l’aube ma voiture, très chargée puisque j’exportais 12 années de ma vie, fit un tête à queue mais sans dommage.  Durant le voyage entre Oran et Alger notre convoi était suivi par un véhicule occupé par 4 hommes et c’était un peu inquiétant. Au bout de 200 km nous nous sommes arrêtés près d’El Asnam pour prendre un café et nos poursuivants aussi. Je reconnus aussitôt mes fameux collègues kirghiz et m’étonnant de leur présence, ils m’expliquèrent qu’ils avaient besoin de moi pour leur fournir des invitations dans mon futur laboratoire afin de pouvoir s’échapper quelques temps de leur beau pays l’URSS de l’époque. En effet leur pays avait décidé de rapatrier ses ressortissants en mettant en place des charters, vol direct Alger /Moscou, sans passer par la case pays capitalistes. En effet, ces collègues communistes s’étaient enrichis involontairement en dormant car ils avaient déposés la part convertible de leur rémunération sur des comptes en dinars convertibles et comme le dinar qui pendant longtemps était à parité avec le franc avait été récemment surcoté car aligné sur le dollar, sa valeur avait été multipliée par un facteur important et par la même les économies des collègues russes. Les premiers ayant découvert leur bonne fortune lorsqu’ils ont retiré leur avoir à la fin de leur contrat sont rentrés en faisant une étape en europe en profitant pour dépenser une grosse partie de leur pécule. Aussi très vite l’URSS a bloqué cette débauche en rapatriant ses ressortissants directement sans passer par la case loisirs et en les forçant à changer leur avoir en roubles ce qui réduisait fortement leur pouvoir d’achat. M’ayant expliqués ainsi leurs malheurs, ils souhaitaient que je leur fournisse des invitations ce qui n’était malheureusement pas possible sur le bord d’une route algérienne. Après de vagues promesses (qui valent …) nous sommes repartis. Un collègue franco-Indien qui était resté quelques années de plus que moi en Algérie invita l’un de ces collègues  mais il le regretta vivement car ces collègues kirghiz  avaient vécu longtemps dans une yourte avec des habitudes d’hygiène très succincte et il dût faire désinfecter la chambre qu’il leur avait prêté après leur départ. Par chance je ne les avais pas encore reçu mais, humaniste, j’ai quand même cosigné avec mon collègue franco-indien un projet de collaboration très ambitieux (sauver la désertification autour de la mer d’Aral en y ensemençant des champignons filamenteux) qui par chance a été caduc avant de fonctionner à cause de la disparition de l’URSS. Comme quoi la géopolitique à des fois des effets bénéfiques localement. Nous n’avons plus jamais eu de nouvelles de ces collègues qui avaient surement d’autres occupations, un pays et pour eux une Université à construire.



De la géologie à Oran
18 décembre, 2015, 10 h 15 min
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J’ai toujours eu une attirance pour cette matière et pour les géologues. En effet, à la fin de ma première année d’étude universitaire donc du CB/BG, j’avais été convoqué par le professeur de Géologie (dont le domaine de recherche était pourtant le Maghreb, prédestination…) qui voulait, compte tenu de mes bons résultats dans cette matière, m’inciter à m’inscrire en BG (biologie/géologie). Bien qu’ayant choisi la biologie, étudiant je participais pourtant avec plaisir aux sorties de terrain organisées par le cercle naturaliste dont j’étais un membre actif (je vous l’ai précédemment raconté).

Aussi, en Algérie, je participais souvent à leurs sorties sur le terrain comme  la fameuse sortie dite de la « montagne des lions » (plutôt une colline proche d’Oran de quelques centaines de mètres de haut) qui était un mélange de bizutages pour les jeunes enseignants nouvellement arrivés  et de contrôle des connaissances pour les étudiants. Le principe en était le suivant : plusieurs groupes d’étudiants accompagné d’un assistant  en faisaient l’ascension à travers le maquis plein d’épineux en remplissant un document de terrain tandis que les enseignants plus chevronnés et surtout très malins, que j’accompagnais, montaient en Land-Rover au sommet par une piste en colimaçon ce qui était moins fatigant. Une fois au sommet, ils surveillaient à l’aide de jumelles la progression des différentes équipes. Une fois arrivés au sommet, les étudiants étaient soumis un examen oral, sorte d’interrogatoire qui consistait à la reconnaissance d’un certain nombre d’échantillons de roches disposés dans une caisse ne bois (vieille méthode des géologues dont l’astuce consistait à y rajouter un bloc de béton). En particulier, ils butaient le plus souvent sur un schiste dit lie-de-vin dont la couleur caractéristique ne leur disait rien (problème de religion) alors qu’elle semblait évidente aux enseignants français qui avaient tendance à s’énerver devant une telle ignorance. Quelques années plus tard une nouvelle génération d’enseignants en géologie a été recruté et les méthodes pédagogiques ont changé. Par contre, ils sont souvent allés prospecter dans le Hoggar, mais ils ne m’ont jamais emmené et j’ai été obligé d’y aller par mes propres moyens.

Avec des géologues, j’ai aussi participé à une expédition dans une région des hauts plateaux algériens où s’étaient accumulés des squelettes fossiles d’éléphants préhistoriques que venait étudier une mission du CNRS dirigée par un prof et composée d’une demi-douzaine d’élèves. Mon rôle était surtout de leur faire la cuisine tandis qu’ils fouillaient et prélevaient des échantillons qu’ils fixaient dans du plâtre afin de pouvoir les transporter. Ils étaient venu avec une vieille camionnette Renault  Estafette appartenant au CNRS sur le plancher de laquelle ils déposaient leurs échantillons en les fixant avec du plâtre.

À la fin de la mission, ils ont remis un plancher puis tout leur matériel et les sièges des passagers. En fait il y avait un loup car cela leur permettait de passer, à la barbe des douaniers ou plutôt à la moustache, les échantillons dont l’exportation était interdite car considérée par le gouvernement algérien comme un pillage du patrimoine national. Ce n’était pas très correcte, mais restait bien dans la tradition… Comme celui qui grattait dans le Hoggar, grâce à ces échantillons et sûrement à d’autres, le professeur de paléontologie a fait une belle carrière. Je l’ai rencontré par la suite et par hasard à Montpellier, mais il a fait semblant de ne pas me reconnaître, un vrai mandarin … comme dans le temps, mais ce n’était pas un vrai géologue.

Une petite anecdote quand même : circulaire du rectorat

En tant qu’étranger, nous n’intervenions que très peu au niveau administratif et gestion du département de biologie (devoir de réserve oblige) hormis une participation aux comités pédagogiques. Nous y trouvions malgré tout un petit plaisir, le directeur ayant l’habitude de nous informer du contenu des circulaires « rectales ». Bien que présent pour défendre la francophonie, avec mes collègues nous ne sommes jamais intervenus pour corriger cette petite faute de français car elle nous faisait trop plaisir. C’est honteux, je le reconnais, mais au cours de ces longues réunions, les distractions étaient rares.



Enfin sur scène
12 décembre, 2015, 15 h 46 min
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En Algérie, J’ai enseigné ainsi pendant 12 ans une matière importante la physiologie végétale, (pour les novices l’étude du fonctionnement des végétaux, une science essentielle dans la mesure ou le végétal joue un rôle essentiel dans notre chaîne alimentaire, sans le végétal et son autotrophie du à la photosynthèse pas de synthèse de molécules carbonées donc pas de vie animale sur terre). J’intervenais au niveau du module Bio 109, et ceci deux fois par an, car l’année universitaire était séparée en deux semestres et l’enseignement était répété ce qui permettait aux étudiants en cas d’échec d’éviter de perdre une année et surtout de construire leur cursus (système idéal mais très coûteux en enseignants).  En France, nous avons mis en place le système batard des AJACs qui permet à l’étudiant collé de passer dans l’année supérieure, à condition de rattraper les unités d’enseignement auxquelles il a échoué l’année précédente, ce qui est le plus souvent difficile voire impossible pour incompatibilité des emplois du temps.

J’ai assuré donc, suivant les années et la présence ou non de collègues, une partie ou l’ensemble des cours, des TD et des TP de ce module. Assez rapidement secondé par un collègue africain nous avons largement développé cet enseignement (surtout la partie pratique) puis un module de biochimie et d’enzymologie et même un module sur les techniques de laboratoire que j’avais proposé à l’envoyé du Ministère lors d’une réunion sur la mise en place d’une réforme de l’enseignement supérieur en Algérie à laquelle nous avions été convié comme consultants. Ma proposition ayant été retenue par le mes collègues algériens ne m’avaient pas raté :  » c’est ton idée, c’est toi qui t’y colle ».

Plus tard, lorsque fut mis en place une formation de Magister à laquelle j’ai activement participé,  je fus sollicité pour dispenser au niveau bac +5 un cours sur la physiologie des plantes des terrains salés qui était ma thématique de recherche à l’époque. Dans la même formation je devais aussi animer des séminaires sur différents sujets de biochimie végétale pour une dizaine d’étudiants. Je participais de même à des sorties sur le terrain accompagnant les étudiants. Á ce sujet une petite anecdote : Lors d’une de ces sorties, voulant faire le malin, devant les étudiants et les étudiantes je cueillais, mais suffisamment en hauteur hors d’atteinte du pipi des chèvres,  une asperge sauvage et je la mangeais. Le vieux botaniste, le professeur Masson, qui encadrait la sortie intervint en disant « Il vient de manger la seule espèce toxique »; je passais le reste de l’excursion un peu stressé d’autant plus que dans ce pays mes tripes étaient souvent mises à rude épreuve. Vers la fin de la journée, me voyant inquiet, il me dit en riant et en se moquant : « il n’y a pas d’espèces d’asperges toxiques ».

Enfin sur une scène de théâtre 

Compte tenu de mes compétences, vers la fin de mon séjour, L’administration m’a collé d’office un enseignement  de physiologie végétale destiné aux étudiants de première année de pharmacie. Je n’avais pas vraiment le choix, du fait de l’algérianisation, mes charges dans le service de biologie s’était allégées. Cet enseignement s’adressait à plus de 600 étudiants de première année, aussi seule la salle du théâtre de l’université  pouvait accueillir autant d’étudiants et je devais donner mon cours sur la scène comme un rocker à l’aide d’un micro sur pied. J’ai donc officié pour une douzaine d’heures sans trop de difficultés. Ce qui m’inquiétait par contre c’était l’examen et surtout la correction des copies, rien que pour les transporter il fallait une brouette. Á l’époque nous étions au début de l’informatique individuelle et j’avais appris à programmer en basic au centre culturel. Je m’étais procuré un ordinateur de marque Sinclair qui étaient les plus abordables et les plus faciles à importer en les soustrayant au regard des douaniers. Pour cet examen, j’ai donc conçu un dispositif de QCM permettant la notation automatique par l’ordinateur des copies sans avoir besoin de les lire. Le principe était le suivant un QCM de 10 questions portant sur l’ensemble du cours était proposé à l’étudiant, chaque question était composée de 5 affirmations et l’étudiant devait relever puis compter celles qui étaient juste et noter le chiffre correspondant dans la marge. Ensuite l’étudiant devait recopier les 10 chiffres obtenus à côté de son nom dans les cases prévues à cet effet. Le résultat était un nombre que je n’avais plus qu’à saisir sur mon clavier et le logiciel déterminait la note. Toutefois j’avais placé dans le programme une règle un peu drastique, à savoir que pour obtenir les premiers points, il fallait avoir bien répondu à 5 questions sur 10. Je n’avais pas eu le temps de faire un test et la correction automatique  étant un peu brutale, il y eu très peu de reçu. L’avantage c’est que l’on ne m’a pas demandé d’intervenir dans cet enseignement l’année suivante. Il faut quand même que je l’avoue, concevoir le logiciel et les supports pour cet examen m’a pris beaucoup plus de temps qu’un examen classique, par contre comme prévu la correction fut très rapide, encore que j’ai quand même dû saisir plus de 600 nombres.

 

 



Prof en Algérie
4 décembre, 2015, 15 h 48 min
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A 26 ans, j’ai reçu un courrier du Ministère des Affaires Etrangères m’informant que j’étais affecté en Algérie afin d’y effectuer 18 mois de service militaire comme VSNA (volontaire du service national actif); ce séjour devant se prolonger de 6 mois comme coopérant civil durant lesquels je recevrais un vrai salaire. En effet en tant que militaire, je n’avais droit, comme mes collègues, qu’à une solde, calculée au minimum, pour nous permettre de survivre modestement dans le pays d’accueil.

Mais j’étais, comme la plupart de mes collègues, accompagné de mon épouse (à l’époque on se mariait jeune et du coup, comble de l’appelé, nous étions obligé de coucher tous les soirs avec notre adjudant…) dont le séjour n’était pas pris en compte; les plus chanceuses de nos femmes avaient obtenu avant de partir un contrat de coopération; les autres comme mon épouse devaient trouver un emploi d’enseignant sur place, soit dans les établissements publiques, soit dans les établissements privés peu nombreux. Leurs rémunérations étaient très variables, fonctions du statut et du type d’établissement, mais indépendant du travail fourni qui était souvent conséquent, surtout comparé à nos obligations de service à l’université qui à l’image du statut des Universitaires en France étaient un horaire hebdomadaire de 3 h de cours magistraux ou de 6 h de TD ou de 12 h de TP.

Pour ces dernières, il y avait donc plusieurs catégories de rémunération, les plus élevées correspondaient à celles qui avaient obtenu dans le cadre de l’alliance française un poste dans le lycée français (à l’époque, le lycée Pasteur); en deuxième position, on trouvait celles qui avaient obtenu un poste dans le cadre de la coopération franco-algérienne à l’université, venaient ensuite celles qui avaient un poste similaire dans les lycées algériens; puis on trouvait les statuts de droits communs (elle n’étaient quand même pas prisonnières) pour celles qui étaient directement rémunérées  par l’état algérien avec lequel elles avaient signé un contrat. Enfin et ce fut le cas de mon épouse, le plus mauvais statut correspondait à un emploi de prof dans le collège privé de la rue Larbi Ben Midhi tenu par des sœurs blanches, pendant que les pères blancs s’occupaient de vignobles et par là jouaient un rôle important dans notre vie sociale en nous vendant du pinard.

Pour en revenir à l’emploi de ma femme, si sa charge d’enseignement était importante son salaire était très faible bien inférieur au SMIG français de l’époque mais proche de celui de l’algérie. Toutefois une partie de sa rémunération était transférable donc pouvait être transformée en devises et envoyée tous les mois sur un compte en France, ce qui nous a permis de survivre durant les vacances d’été. Justement pour l’été nous avions emménagé dans une petite maison de campagne louée à un paysan de Vernie dans la Sarthe. Cette petite maison manquait totalement de confort, 3 pièces, mais pas de salle de bain, un seul point d’eau sur l’évier et des WC chimiques dans la cour; nous avions refait les tapisseries pour la rendre plus vivable mais le loyer étant très faible, elle nous servait de garde meuble et de maison de vacances.

Nous y avons reçu beaucoup de copains durant l’été de la canicule de 1976 selon une procédure bien rodée : lorsque nous étions absent, les visiteurs étaient la plupart du temps accueillis par le fermier qui procédait à un rituel très paysan. Il consistait à recevoir puis à saouler nos invités en démarrant par un café arrosé puis un ou plusieurs coups de vin blanc doux et pour finir une forte dose (plein la tasse) de vieux calva pour dégraisser qu’il disait. A ce stade, en général ils étaient cuits (j’avais testé ce traitement au début de mon installation) et la chaleur de cet été caniculaire aggravait encore leur état; il emmenait ensuite tout le monde dans la grange jouxtant la maison, en  brouette si nécessaire, et nous laissait un message :  » y a des copains à vous qui sont venus et je les ai mis dans le foin ».

Nous n’avons passé que deux été dans cette maison puis des copains excoopérants en Algérie, donc de régiment,  qui s’y étaient plu l’été nous y succédèrent alors que nous nous installions à la Bruére sur Loir, dans la maison de garde d’un château, le Grand Perray, près de Château du Loir ou mon épouse avait retrouvé un poste de prof d’espagnol. En effet  elle avait été licenciée après la nationalisation des établissements privés confessionnel en Algérie par le président Boumédienne; ce qui est plus dramatique, il avait aussi viré les pères blancs de leur domaine viticole donc plus de pinard hors des circuits officiels (ONCV), comme des vergers de Misserghin où le père Clément en 1892 avait pourtant inventé par croisement la clémentine. 

Une dernière anecdote, je passais à l’époque une partie de l’été à rédiger ma thèse ce qui étonnait beaucoup le paysan qui racontait à tout le monde dans le village, moqueur : « Mon locataire, il travaille avec un stylo »… Pas facile quand on est un intellectuel d’être compris par les classes laborieuses.


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