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L’Indiana Jones des Sebkhas
30 octobre, 2015, 17 h 01 min
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Ayant démarré un travail de recherche en vue d’une thèse d’état, diplôme qui fut ensuite supprimé avant que je ne l’obtienne, j’avais reçu comme mission de mon professeur de l’époque (P. Binet, 1926–2008) de m’intéresser à une halophyte pionnière des lacs salés (sebkhas en Afrique du Nord) dénommée : Halopeplis amplexicaulis (Bougriba en arabe dialectal dénomination sûrement due à son port rabougri). Je me mis donc à la recherche de cette petite plante très discrète sachant que les lacs salés étaient pour les Algériens des lieux réputés dangereux car habité par des djinns mais surtout parce que mon directeur de thèse racontait qu’à l’époque de la colonisation, il y avait perdu une Land-Rover lors d’une mission dans des sables mouvants.

 Dans un premier temps, j’ai rencontré quelques difficultés à repérer cette petite plante annuelle car au niveau des stations répertoriées dans la région d’Oran par les biologistes du temps de la colonisation, elle était absente. Après plusieurs échecs, c’est une collègue astucieuse qui me suggéra d’aller prospecter en avant des dernières ceintures de végétation et c’est dans des zones dénudées que nous avons découvert ensemble sur le bord de petites cuvettes quelques pieds de cette petite plante qui méritait bien son caractère d’espèce pionnière. 

Je fis rapidement de ce lieu mon terrain d’étude en suivant mois après mois la biologie de cette plante. Ma présence régulière dans ces zones dénudées, seul au milieu d’un lac salé donc de nulle part, ne passa pas inaperçue et lors d’une de ces sorties, je fus arrêté par la gendarmerie qui me somma d’expliquer les raisons de ma présence en ces lieux. De plus la possession d’un appareil photo dans un endroit ou à priori il n’y avait du moins pour un gendarme rien à photographier me rendait suspect. Ils m’expliquèrent que j’étais dans une zone interdite car sous la tutelle de la SONAREM (société nationale de recherche et d’exploitation minière) en effet une partie de la sebkha d’Arzew était utilisée pour l’extraction du sel. Escorté par les gendarmes jusqu’aux bâtiments de la saline et après de longues palabres, j’obtins d’un responsable une autorisation de prospection contre la fourniture de jeans (vêtement très recherché à l’époque en Algérie). Il me fournit en compensation une copie des relevés météorologiques qu’il faisait depuis quelques années qui me permirent d’enrichir mes articles scientifiques. Je pus ainsi pendant une dizaine d’années prospecter dans la sebkha et préparer mon Doctorat d’Etat.

 Lors de ces prospections sur le terrain, j’étais seul la plupart du temps ce qui n’était pas prudent. En effet, un collègue qui faisait aussi du terrain s’était  fait agresser et faillit perdre son annulaire car ses agresseurs menaçaient de lui couper le doigt pour récupérer son alliance en or. Heureusement il réussit à l’enlever et sauva son doigt mais perdit sa bague. Me plaçant fictivement dans la même situation préventivement,  je fis agrandir mon alliance, mais heureusement je ne me suis jamais trouvé dans cette situation.

Autre problème de bague, j’avais acheté et mis à un de mes doigts de la main droite une bague de touareg que j’avais achetée lors d’un séjour à Tamanrasset. Hors il se trouve que mon collègue corse syndicaliste comme moi avait acheté la même bague et il la portait au même doigt et comme moi il ne pouvait plus l’enlever. Tout cela n’aurait pas d’importance si nous n’avions pas été reçu par le consul de France à Oran lors d’une intervention syndicale. En effet, le consul ayant repéré les deux bagues se fit un cinéma sur nos éventuelles relations pendant toute la durée de notre intervention faisant fi de nos revendications syndicales. Parfois l’efficacité de l’intervention syndicale ne tient pas à grand chose …

Sur le même thème lors d’une autre intervention syndicale, je rencontrais le Docteur Lazreg, cette fois recteur de l’USTO ; au cours de l’entretien il m’asséna cette remarque : « les enseignants Français actuellement en poste à Oran, vous êtes nuls » et pour justifier ses dires, il m’entraîna dans un bureau annexe dans lequel trônait une grande armoire vitrée remplie d’échantillons géologiques, des fossiles essentiellement ; « regardez de près les étiquettes » me dit-il et je lus surpris que la plus part des espèces lui avaient été dédiées, le nom d’auteur était Lazregii. Cela datait de l’époque où il était encore recteur de l’Université d’Oran, je dus reconnaître que cette activité de découverte de nouvelles espèces était propre aux géologues des années 1970 qui avaient, par reconnaissance, fait passer son nom à la postérité, mais pour ce qui est du monde végétal tout avait été inventorié précédemment. Je ne sais plus par contre si j’ai obtenu la prolongation des contrats des collègues pour qui j’intervenais.



Il faut une fin à tout
24 octobre, 2015, 10 h 43 min
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Lors de la dernière occupation d’Ambassade, j’étais par défaut le responsable de l’APES dans la mesure ou j’avais été élu membre de la CA du SNESUP en tant que représentant des coopérants d’Algérie. Cette occupation était plus violente que les précédentes car Jean Claude Barreau s’était barré et avait été remplacé par un nouveau conseiller culturel intransigeant refusant  même toute idée de négociation ce qui en fait l’arrangeait bien. Pour tout contact, il nous envoya ses CRS muni de quelques grenades lacrymogènes. Pendant ce temps au niveau national en France, le syndicat obtenait quelques avancées en préparant la loi Lepors. Une manifestation de coopérants  fut organisée à Paris à laquelle je me rendis avec deux collègues; nous étions une petite centaine vite arrêtés par des rangées de CRS qui nous barraient l’accès au ministère. Nous avions passé l’âge de faire le coup de poing aussi nous nous sommes rapidement dispersés mais nous étions très déçu par l’attitude de ce gouvernement de gauche que nous avions soutenu et souhaité voire élu, mais qui utilisait les mêmes méthodes que le précédent . Pour rentabiliser notre déplacement nous eûmes l’idée d’essayer d’aller rencontrer directement le président Miterrand en allant manger dans l’un de ses restaurants favoris à proximité de la rue de Biévre, le Dodin Bouffant, rue Maître Albert, nous y avons bien mangé (repas gastronomique qui n’était pas donné, mais conçu comme un acte militant) malheureusement  il n’est pas venu ce soir là. Découragés nous réprîmes l’avion pour Oran.

J’ai donc bénéficié de la procédure de la noria dont le principe était le suivant : pour qu’un coopérant rentre dans une université française, un enseignant-chercheur en poste dans l’université où le poste noria avait été créé  devait partir en coopération. Dans un premier temps, j’ai été placé comme mes autres collègues en position de détachement dans un service du Ministère de la coopération intitulé « l’aide au développement ». Ce qui par la suite ne nous a pas vraiment plu, lorsque nous avons découvert que dans le même service émargeait un certain Bob Denard, un garçon qui avait ses méthodes propres pour aider au développement des pays africains (kalatchnikov !) aussi nous somme intervenus syndicalement afin qu’il émarge dans un autre service, ce qui fut fait.

J’étais donc cette fois définitivement intégré dans le service de biologie et physiologie végétales de l’Université du Maine, en fait pas tout à fait car j’étais encore stagiaire. Un an après, j’attendais ma titularisation, mais ne voyant rien venir alors que mes collègues rattachés à d’autres universités l’avaient été, je décidais de m’en inquiéter en me rendant au Mans afin de régler ce problème. Je pris rendez-vous avec le président de la Commission de spécialistes, un prof de biologie animale qui me reçu entre deux portes pour me dire que mon dossier de titularisation il l’avait placé là, en me montrant la poubelle car il n’était pas d’accord avec mon recrutement. Il ne voulait pas que la partie végétale se développe (pour lui c’était de l’humour, mais ça ne me faisait pas vraiment rigoler). Je parti aussitôt expliquer cette situation assez kafkaïenne au chef du personnel. Ce dernier m’indiqua qu’il s’étonnait de ne pas avoir eu de retour de mon dossier, je lui expliquais la situation et nous décidâmes de chercher une solution, je préparais donc les convocations à la commission qui devait me titulariser alors que j’étais le candidat, le chef du personnel se chargeant de la réunir et de l’animer. Je repris l’avion confiant et je reçu mon arrêté quelques semaines plus tard. Ma longue mission de coopération commençait à toucher à sa fin. Mais la dernière année fut assez difficile.

Pour montrer ma bonne volonté et á la demande de mes collègues algériens, je m’étais inscris à un colloque scientifique sur la biologie en général afin d’y présenter mes activités de recherche qui portaient à l’époque sur l’écophysiologie d’une plante des sebkhas (nom des lacs salés continentaux en Afrique du Nord) , Halopeplis amplexicaulis. Ce colloque, le premier de ce type en Algérie, se déroulait dans un centre mutualiste  à Canastel et en langue française donc sans problème jusqu’au début de la deuxième  journée  où arriva un nouveau président de séance arabophone rentrant des États Unis et qui imposa la langue arabe dés le début de la séance; cette décision était incorrecte et pour nous inacceptable, mon collègue franco-indien et moi même ne comprenant pas l’arabe nous ne pouvions plus rien suivre  et nous avons quitté la salle bruyamment pour manifester notre désapprobation. Nous venions de nous faire un ennemi qui réussit à nous faire payer notre attitude beaucoup plus tard en bloquant notre salaire car nous nous étions absenté au moment de Pâques alors que ces jours de congés étaient prévus dans nos conventions. N’acceptant pas cette sanction totalement injuste nous primes rendez-vous avec le Recteur qui reconnu notre bonne foi et nous promis de revenir sur cette sanction financière en nous reversant notre salaire mais sans résultat. Les arabophones avaient pris le pouvoir, il était temps pour nous de partir.



Comment j’ai du coucher avec une bonne soeur
17 octobre, 2015, 14 h 36 min
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Pas du tout satisfait par la politique du nouveau gouvernement pourtant socialiste, nous avons décidé au niveau de toute l’Algérie et avec l’accord de toutes les organisations représentatives de toutes les catégories professionnelles liées à l’éducation nationale, d’organiser une action d’ampleur : « l’occupation de l’ambassade de France ». Toutefois cette action pouvant entraîner des problèmes diplomatiques et risquait d’obliger les forces de l’ordre locales a intervenir et la police algérienne n’est pas tendre, nous nous sommes limités à l’occupation de la Mission Culturelle. D’autant plus que le conseiller culturel de l’époque, Jean Claude Barreau un ancien curé défroqué et reconvertit au socialisme, était convaincu par nos revendications et pas défavorable (faut pas le dire) à l’occupation de ses locaux. Si bien que le jour de notre arrivée en commando, de tous les coins de l’Algérie après avoir roulé toute la nuit, nous n’eûmes pas besoin d’utiliser les pinces coupantes, car il nous ouvrit les chaînes qui fermaient le portail de son grand domaine sur les hauteurs d’Alger (Hydra). En échange, il nous avait demandé de protéger son bureau, c’est ainsi que je fus désigné pour y coucher tous les soirs avec une bonne soeur enseignante à Alger. Le fait de coucher tous les soirs avec une bonne soeur me rendit célèbre et fut le sujet de beaucoup de blagues de la part de mes  collègues.

Nous nous sommes installé pour un siège qui a duré plus d’un mois avant d’obtenir quelques avancées dans les négociations avec l’ambassadeur. Nous ne pouvions nous mettre en grève; aussi nous devions continuer à assurer nos cours tout en maintenant l’occupation; si cela ne posait pas de problème á nos collègues d’Alger, par contre Oran était à plus de 400 km et à l’époque il n’y avait pas d’autoroute mais seulement une mauvaise nationale qui datait de la présence française. Nous fîmes tous beaucoup d’aller et retour, mais sans incidents majeurs. Peu d’événements majeur non plus pendant cette longue occupation, le gouvernement  et son représentant sur place l’ambassadeur Georgy jouaient la montre en espérant que nous allions abandonner. Comme nous n’étions pas reçu pour négocier, une certaine lassitude s’était installée. Toutefois un individu se pointe un après midi en se présentant comme ministre ministre plénipotentiaire, très poliment nous l’avons fait entrer dans un bureau et nous avons fermé la porte à clef en se disant qu’un otage cela allait relancer les négociations. Ce fut très efficace, très rapidement l’ambassadeur a proposé de recevoir une délégation qu’il fallut constituer rapidement et dans laquelle je représentais la section d’Oran. Les CRS nous tendirent une échelle pour accéder aux jardins de l’ambassadeur (allait-il nous offrir des Ferrero ?).

L’entrevue avait mal démarré car l’ambassadeur commença par nous faire la leçon comme à des gamins sur la gravité de notre acte et ses conséquences probable, nous n’en menions pas large; heureusement l’un des syndicalistes d’Alger plus expérimenté pris la parole et retourna rapidement la situation à notre avantage. Nous dûmes quand même relâcher le soir même notre otage sans avoir vraiment obtenu grand chose. Il nous fallut répéter les années suivantes ces occupations pour n’obtenir qu’un reclassement des collègues universitaires comme adjoints d’enseignement soit mis en place lorsqu’ils étaient remis à disposition du gouvernement français et  pour la plupart  dans un premier temps dans des lycées ou des collèges, ce qui pour des collègues qui officiaient dans l’enseignement supérieur depuis une dizaine d’années était une maigre reconnaissance limite insultante par le  ministère certains ont même été reclassés comme guide au Muséum d’Histoire Naturelle pour les visiteurs du 3ème âge.  On était loin des ambitions de la loi Edgar Faure sur les missions de l’université française. Malgré tout les arrêtés bloqués furent débloqués et les collègues concernés intégrés dans l’université et puis quelques centaines de postes de maître assistant dit á noria furent créés pour intégrer les coopérants qui restaient, à condition qu’ils soient docteur ,et encore pas tous seulement les chanceux, comme moi.

 



Vie syndicale
10 octobre, 2015, 11 h 56 min
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J‘étais militant, syndiqué au SNESUP qui en Algérie se dénommait l’APES (Association des Professeurs de l’enseignement supérieur) car à l’époque un seul syndicat était autorisé l’UGTA proche du FLN et seul un statut d’association était toléré par le gouvernement algérien. Ancien de l’UNEF dont j’étais déjà membre en 1968 et j’en suis fier, je ne pouvais que continuer à militer ainsi je fus  élu membre du bureau de la section locale APES-ORAN. Par la suite je devins même, sans intriguer mais plutôt  par défaut, secrétaire de la section d’Oran puis responsable national au niveau de l’Algérie et siégeant à  la Commission Administrative de ce  syndicat en France. Nous avions un statut de contractuel avec l’espoir d’intégrer ensuite l’université en France; en effet nous assurions l’une des missions de l’université définie par la loi d’Edgar Faure, la coopération. Dans un premier temps une procédure d’intégration existait qui consistait à être rattaché pour ordre dans une université métropolitaine qui devait ensuite nous accueillir au après quelques années d’activité à l’étranger. Malheureusement la procédure fut supprimée et mon statut de VSNA ne m’avait pas permis d’en bénéficier alors que ceux (de mon âge) qui avaient réussi à échapper à leurs obligations militaires (ou celles qui n’y étaient pas soumise : les femmes) en avaient profité. C’étaient les années Giscard et … malheureusement celles de son premier ministre Raymond Barre. Ce « meilleur économiste de France » avait décidé que pour réduire les dépenses publiques, le mieux était de ne pas en faire ! Il ne s’agissait pas encore de supprimer un fonctionnaire sur deux mais plus efficacement  de  ne plus recruter ceux qui assuraient pourtant une des missions de l’Université Française :   le développement de la coopération avec les Universités francophones du Maghreb et d’ailleurs. (Article 2 de la loi Edgar Faure du 12 novembre 1968). 

 

Du coup pas de retour possible en France, il ne restait plus qu’à espérer pour mes collègues et moi-même que nos contrats soient renouvelés tous les ans car nos espoirs d’intégration avec la nouvelle ministre des universités : Alice Saunié-Seité étaient encore plus réduits.  Elle ne nous reconnaissait pas comme universitaire considérant que nous étions géré par le ministère des « Affaires Etranges » (selon le canard enchaîné).  De plus elle avait supprimé la porte grâce à laquelle elle avait pu elle même accéder á l’université, l’emploi d’assistant. Il ne nous restait plus qu’à espérer qu’un nouveau gouvernement change de politique. Celui de Giscard faisant des conneries en direction de l’Algérie et des algériens en France, nous sommes passés d’un statut de privilégiés issus des accords d’Evian (nous n’étions pas soumis à la carte de résident et nous avions un bureau particulier au niveau de l’administration universitaire : le bureau des enseignants  français) à celui d’étrangers.

L’élection de François Mitterrand en 1981 nous redonna de l’espoir d’autant plus qu’avec mes collègues du bureau de l’APES d’Oran nous avions écrit au candidat socialiste entre les deux tours de l’élection en lui demandant de s’engager sur la réintégration des coopérants du supérieur dans l’université française. Il nous avait répondu favorablement dans une lettre signée de sa main (une promesse mais comme toute les promesses …) et nous avions bien fait car c’était l’unique engagement du nouveau président sur ce sujet dont disposait notre syndicat le SNESUP pour négocier avec le nouveau gouvernement. Très vite un ministre délégué auprès du ministère des relations extérieures chargé de la coopération et du développement, Jean pierre Cot, devait régler tous les problèmes de l’Afrique et en particulier le nôtre. Un budget avait été provisionné afin d’apurer çe contentieux d’autant plus qu’un certain nombre d’entre nous étaient des arrêtés bloqués, c’est à dire qu’il ne manquait plus que la signature du Ministre pour qu’ils soient titularisés et intégrés dans l’université.

En ce qui me concerne je n’avais pu faire le dossier qu’une fois libéré de mes obligations militaires début 1976  et il n’a pas été enregistré et comme beaucoup d’autres s’est perdu dans les méandres de l’administration. Malheureusement nous avons vite déchanté en effet Jean Pierre Cot en profond désaccord avec la politique africaine de Miterrand a démissionné l’année suivante avant d’avoir mis en place un début de règlement de notre situation administrative. Puis les moyens financiers provisionnés pour cela ont rapidement été engloutis dans le surcoût du gaz algérien. Il ne nous restait plus qu’à manifester notre déception vis à vis d’un gouvernement dans lequel nous avions pourtant mis tous nos espoirs (ce ne sera pas la dernière fois, malheureusement) ce que nous avons fait; la suite de l’histoire la semaine prochaine.



Aventure en voiture
4 octobre, 2015, 16 h 52 min
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En Algérie, j’ai circulé pendant plusieurs années dans un vieux combi VW, véhicule du hippie et du surfeur que je n’étais pas vraiment, mais bien pratique pour camper dans le Sahara et sur les plages désertes de l’oranais. Je l’avais acheté à un jeune couple d’américains qui venaient de faire un tour d’Europe et le revendaient à Paris devant l’agence American Express place de l’opéra afin de financer leur billet d’avion de retour. Ce couple tout maigre était un peu particulier; ils appartenaient à une sorte de secte qui refusait de consommer de la viande et des légumes. Ils se nourrissaient (théoriquement) uniquement de produits synthétiques fournis par leur religion que la jeune fille était en train de ranger consciencieusement dans ses valises tandis que j’emmenais le garçon dans le bistrot ou plutôt le bar voisin (on est quand même place de l’opéra). Avant de régler la partie administrative une petite idée me trottait dans la tête (vérifier les limites de ses croyances dont il m’avait rabâché les oreilles) et je commandais 2 sandwichs au pâté de campagne. Vu la vitesse avec laquelle, malgré ses convictions religieuses,  il a engouffré ce sandwich, j’ai eu peur pour le mien, mais cela m’a rassuré sur la nature humaine et j’en ai déduit  qu’il survivrait aux contraintes alimentaires de sa secte. Ces valeurs charcutières (atavisme) je les ai défendues une autre fois. Lorsque j’étais encore étudiant, deux collègues appartenant à un mouvement pacifiste dans lequel je militais étaient partis vivre en communauté à la campagne (c’était à la mode à l’époque) se nourrissant des produits de la terre essentiellement des galettes de blé. Lors d’une visite impromptue, j’avais mis dans mon sac un gros saucisson qu’ils ont dévorés goulûment. Pour en revenir au combi, je l’ai acheté bien que son aménagement laissait un peu à désirer hormis un petit toit qui se dépliait permettant de se mettre debout pour enfiler son pantalon et un grand lit qui occupait tout le fond.

Juste une anecdote montrant que le monde est petit, le concurrent contre qui je surenchérissais pour l’achat du véhicule était mon ex-prof de français,un peu barré, de terminale.  Ce véhicule  était immatriculé en Hollande et il nous a tout d’abord emmené en Belgique pour une visite chez des collègues coopérants belges puis un petit séjour en Angleterre en période de canicule si bien que nous avons eu une vision très particulière de l’Angleterre car les pelouses étaient toutes jaunies. Après une installation au camping dans les allées duquel  j’avais oublié de rouler à gauche ce qui me valut une remontrance sévère du gestionnaire du camping mais dans une langue étrangère au moins pour moi. J’étais plus concentré lorsque je roulais sur route et je n’ai pas provoqué d’accident. Nous avions quand même opté pour une visite de Londres en métro. Nous avions ensuite programmé un grand périple de plusieurs centaines de km habitués aux grandes distances du Maghreb et nous dûmes très vite déchanter à cause des « round-about » tous les 3 km. A la fin de la journée nous avions parcouru moins de 100 km.

Pour en revenir au combi VW, je n’avais pas fait une si bonne affaire car au retour d’Angleterre et avant de l’exporter en Algérie, je dus faire refaire le moteur aidé pour cela gracieusement par mon oncle dont c’était le métier, en effet vu l’état général il devait avoir plus de 300 000 km. Mais avant il fallait l’immatriculer en France et comme c’était un véhicule étranger, je dus le faire passer aux mines pour obtenir une autorisation de circuler m’obligeant à modifier tout ce qui n’était pas aux normes françaises.

 

Vers la fin de sa vie, il s’auto-vidangeait, en effet sur ces vieux véhicules allemands il n’y avait pas d’eau, le moteur était à refroidissement par huile, c’est à dire que l’huile circulait dans un radiateur qui était fortement ventilé par une turbine et tout le système fuyait tellement que je devais rajouter de l’huile sans arrêt. Parfois elle prenait feu ! (les déserts sont pleins de carcasses de combi VW qui ont brûlé), mais j’y ai échappé. Je me suis donc décidé à changer de véhicule. Bénéficiant de l’achat en détaxe comme résident à l’étranger, j’optais pour une Renault 18 break à moteur diesel; en effet ce carburant coûtait à l’époque en Algérie quelques centimes d’euros le litre ce qui était très abordable; break car je voulais pouvoir y dormir confortablement et éventuellement transporter mes nombreux enfants. J’achetais donc ce véhicule en détaxe et j’ai pris en septembre avec lui le bateau à Sète pour Oran, mais lors du passage en douane à l’arrivée, je me suis trouvé confronté à un problème. Le douanier découvre que j’ai déjà un véhicule immatriculé en Algérie. Je confirme et lui explique que je vais le vendre rapidement la loi me donnant un mois pour le faire. Il m’indique alors que la loi a changé durant  l’été et décide de confisquer ma voiture neuve pour importation illégale. Il ne me restait plus qu’à essayer de négocier afin de récupérer mon véhicule en argumentant sur ma bonne fois; tout cela en essayant de ne pas laisser apparaître ma colère et je réussis après un long palabre à convaincre le douanier qui me laissa quitter la douane avec mon véhicule neuf sous réserve de me débarrasser de mon combi VW le plus rapidement possible. Arrivé dans mon appartement, mes nerfs sont retombés mais contre coup du stress, je me retrouve avec un zona, (résurgence du virus de la varicelle) donc couvert de boutons que j’ai du badigeonner avec de l’éosine pendant plusieurs semaines, pas terrible pour mon sex-appeal sur les terrains de tennis. Mais je devais encore me débarrasser de mon ancien véhicule, deux solutions ou le réexporter par bateau ce qui était onéreux et sans intérêt ou le vendre à un coopérant. C’est un collègue syrien qui proposa de me l’acheter pour me rendre service. Je fis donc affaire rapidement pour un petit prix bien au-dessous du marché, mille francs. Dans l’après-midi un jeune coopérant frappe à ma porte en me demandant si le combi du parking est encore à moi car il était intéressé, je lui explique que je viens de le vendre à un Syrien et justement ce dernier  propose de lui revendre pour 10 000 francs. Ce jour là, je me suis dit que bien que fils de commerçant, j’avais un peu perdu la main. Lui ayant raconté l’arnaque, je ne sais pas s’il l’a acheté, mais j’ai revu mon véhicule plus tard en panne aux mains de polonais. Quant à la Renault 18, quelques mois plus tard, je me la suis vraiment fait confisquer par la police ou du moins la carte grise m’empêchant de circuler pendant quinze jours. En effet, un vendredi, jour férié, en passant sous un pont, j’avais reçu le contenu d’une auge de ciment sur le toit. Tout étant fermé impossible de la faire laver, l’unique solution était de me rendre sur le port près d’une source permanente, point d’eau libre d’accès, mais où il était interdit de laver les voitures et pas de chance, je fus surpris par la gendarmerie qui me sanctionna sans tenir compte cette fois de mes explications pourtant sincères.

Alphaville mais sans Godard

Un de mes co-thésard de Caen, c’est à dire un étudiant qui avait faitt sa thèse en même temps que moi m’avait contacté car il devait faire son stage de fin d’étude d’ingénieur agronome dans l’Ouest Algérien. Envoyé par une grosse multinationale, la Sodeteg, qui avait répondu à un appel d’offres du gouvernement algérien concernant une étude en vue de la mise en valeur de l’alfa (Stipa tenassissima) une graminée poussant naturellement sur les hauts plateaux et dont les fibres étaient utilisés par les nomades pour fabriquer des paniers et autres objets de vannerie, mais aussi exploitées pour faire de la pâte à papier dans une usine située à Mostaganem qui lorsqu’elle fonctionnait privait d’eau toute la ville. Après un premier séjour de mon collègue, je suis devenu le correspondant gracieux de la Sodeteg  accueillant de nombreux missionnaires et/ou des stagiaires. Lors de son deuxième séjour, je suis parti avec mon copain à Bougtob près d’Alphaville où la société avait installé son camp de base sur les hauts plateaux en louant une maison de plein-pied servant de lieu d’accueil pour les différents intervenants. Nous logions dans une grande chambre sur des lits en fer dont les pieds trempaient dans des boîtes de conserves remplies d’eau afin d’éviter la visite des scorpions qui remontaient par les toilettes à la Turc durant la nuit. Pour la première expédition sur le terrain, nous primes la Land Rover, mon rôle était celui de copilote mais au lieu de suivre la route sur des cartes détaillées comme dans les rallyes, je devais suivre la piste sur des photos aériennes de l’armée française datant de la colonisation; chaque photo ne couvrant que quelques centaines de mètres et les points de repaires peu évidents à part quelques cairns quand ils n’avaient pas été détruits depuis la prise des photos. En fin de matinée, nous étions à proximité d’une colline surmontée d’un petit fortin. Voulant rejouer la guerre d’Algérie, nous décidâmes de prendre d’assaut le fortin avec la Land, la pente était très raide, le 4×4 s’est mis à chauffer et la batterie à pris feu avant d’arriver au sommet. Mon collègue l’a rapidement débranchée et j’ai étouffé le feu avec un chiffon. Nous étions mal pris d’autant plus qu’en regardant autour de nous des barbelés tendus au raz du sol sur toute la surface de la colline n’étaient pas rassurants. On nous avait en effet prévenus que tout n’avait pas été déminé, heureusement nous étions restés sur la piste. Nous avons ensuite réussi à relancer le moteur de la Land dans la descente et nous pûmes rentrer au camp de base sans encombre, mais les jours suivants nous avons utilisé des véhicules plus sûrs et plus légers, des Renault 4L. Le travail consistait à inventorier les touffes d’alfa et à relever la nature des sols qui les portait. Vu la surface à inventorier (500 000 km2), sensiblement celle de la France, il fallait faire vite, aussi nous faisions des relevés à plus de 60 km/h. La difficulté c’était l’intendance, en effet dans l’unique épicerie du village, pas de rillettes, pas de pâté, pas de jambon, il n’y avait que des boîtes de sardines et des crèmes de gruyère et très vite nous avions dévalisé la boutique d’autant plus que si les crèmes de gruyère ne posaient pas de problème hormis leur côté bourratif, il n’en était pas de même pour les boîtes de sardines, il fallait non seulement les ouvrir avec précaution car la plupart, mal stérilisées,  étaient sous pression et l’huile giclait à plus d’un mètre donc non consommables ; mais de temps en temps on trouvait une boîte bien stérilisée dans laquelle les sardines restaient en place et  dont on  pouvait consommer le contenu sur du pain. L’autre solution consistait à faire griller des morceaux de mouton, activité  que j’ai souvent pratiqué par la suite, la difficulté étant alors de trouver le combustible et nous utilisions les tiges ligneuses de l’armoise qui malheureusement  faisait difficilement des braises aussi c’était plus du mouton fumé que grillé sûrement plein de benzopyrène. Nous avons survécu dans ces conditions difficiles, toutefois quelques jeunes stagiaires ayant bu de l’eau contaminée, pourtant juste après le dromadaire qui d’après les autochtones servait de test de référence sur la qualité de l’eau, ont fini leur stage á l’hôpital pour déshydratation. Je n’ai jamais en douze ans rencontré ce problème car d’un côté je buvais rarement de l’eau dans laquelle, c’est bien connu, on trouve toutes les maladies, et de l’autre parce que j’avais toujours dans mon sac des pastilles désinfectantes.

 

 


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