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Loisirs à risques
28 août, 2015, 17 h 48 min
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Habitant pour quelque temps au bord de la Méditerranée, l’une de mes activités sportives préférées était, avec le tennis, la chasse sous-marine. Mais dans la mesure où avec plusieurs collègues nous la pratiquions souvent, les dangers liés à cette activité étaient fortement augmentés à tel point que suite à de nombreux accidents, après quelques années,  l’Ambassade de France est intervenue pour demander au gouvernement algérien de nous interdire la délivrance du permis de chasse (sous-marine). Piètre chasseur, je m’attaquais surtout aux rougets qui étaient excellents cuisinés au feu de bois à l’aide d’un kahoun sur la plage. Toutefois, mes collègues apportaient toujours des côtelettes de mouton manquant de confiance dans mes capacités à multiplier les poissons (le pain, toujours excellent, venant du boulanger). J’ai survécu de justesse à cette activité sportive : la première fois pris dans un courant très violent, je n’ai dû ma survie qu’à l’abandon de mon matériel (les plombs) pour arriver à rejoindre la côte.

La seconde fois voulant suivre un jeune VSNA dans des plongées profondes, j’ai fait un malaise dû à un déséquilibre de l’oreille interne et je n’ai dû mon salut qu’à un chapelet de rochers (nous étions dans une madrague) grâce auxquels j’ai pu me tirer, en m’y accrochant, jusqu’à la plage la plus proche mais très éloignée de mes copains restés à bronzer. Essayant de me relever pour les rejoindre, je retombais à chaque fois ayant perdu le sens de l’équilibre; mes amis, au loin sur la plage, pensaient que je faisais le clown comme d’habitude, et ne sont pas venus me secourir; j’ai dû ramper sur plus de 500 m avant de les atteindre et de leur expliquer la situation. Heureusement, j’étais venu en camping-car et ils m’ont allongé sur le lit et m’ont ramené chez moi, couché et bordé et je suis resté deux jours avant de retrouver mon équilibre.

La troisième fois, je chassais de bon matin dans une mer très agitée près d’une falaise abrupte avec mon collègue Henri. Quelque chose nous semblait bizarre à chaque fois que nous remontions à la surface et que nous sortions la tête de l’eau  un bruit sec se produisait, au début sans comprendre jusqu’à nous apercevoir que sur la falaise une bande de gamins avec des grosses pierres essayaient de nous viser lorsque notre tête émergeait de l’eau en criant « vive l’Algirie » (slogan d’une époque pourtant théoriquement révolue). Pour mettre fin à ce jeu violent et à notre détriment, nous sommes allés chasser plus au large …

Une dernière fois nous étions partis à plusieurs chasser à proximité d’un îlot situé à environ 800 m de la côte dans un canoë gonflable. Les fonds autour de l’îlot étaient spectaculaires et remplis de gros mérous qui nous narguaient, car à cette profondeur ils se sentaient protégés; de moi c’est sûr, car j’étais incapable de plonger aussi profond mais c’était sans compter sur un de mes collègues, le beau polo, plus entraîné qui en a attrapé un gros. Pressé de rentrer sur la terre ferme, car j’avais le mal de mer, j’étais déjà monté dans le canoë lorsqu’il lança le mérou dont l’une des épines à percé le boudin. Nous sommes donc rentrés dans une mer houleuse, le canoë se dégonflant progressivement; à l’arrivée sur la plage, il flottait encore entre deux eaux, mais nous avions sauvé le principal : le mérou, donc le repas du soir.

Bref, j’ai survécu à cette activité ludique, mais j’ai une pensée émue pour mes collègues qui ont perdu la vie pour  le plaisir de manger et de nous faire manger du mérou. Le danger de cette pêche ou plutôt de cette chasse était que pour ne pas effrayer les poissons, qui nous narguaient à souvent plus de 15 m de profondeur, il fallait rajouter un plomb de plus à sa ceinture afin de pouvoir descendre sur sa proie sans faire aucun mouvement, puis de l’harponner et ensuite d’attacher le filin relié à la bouée à la crosse de son fusil; en effet le poisson blessé allait se réfugier dans un trou de rocher et il fallait replonger plusieurs fois pour le récupérer. Malheureusement pour plonger plusieurs fois en apnée à de telles profondeurs, il fallait faire de la respiration forcée et certains ont fait un malaise perdant connaissance, le surplombage les entraînant automatiquement vers le fond sans possibilité de secours. En effet au bout du filin, il n’y avait plus le plongeur mais le fusil avec le poisson.

J’ai quand même attrapé un petit mérou (une portion) un jour près  de la surface mais pour une seule personne, c’était parfait puisque j’étais tout seul en Algérie (non je blague, je préférais et de beaucoup la compagnie d’une table nombreuse de refaiseurs de monde. A ce sujet mon goût pour la cuisine se traduisait par l’organisation d’un repas, presque tous les jeudi soir dans mon appartement, que je préparais avec amour pour une dizaine de convives sélectionnés chez qui, en retour, j’étais souvent invité à dîner au cours de la semaine : échange de bons procédés. Forcément ma réputation de meilleure table de la communauté coopérante oranaise (je m’attribue cette distinction !), je la disputais avec d’autres dames mais surtout avec la Corse, j’en ai bien profité vers la fin de mon séjour finissant par manger midi et soir chez elle. Ce qui m’a valu quelques kilos en plus alors que son but était de faire grossir son Corse (but malheureusement jamais atteint mais dont je faisais par contre les frais). Ce qui m’ a sauvé provisoirement c’est d’avoir attrapé un vers solitaire lors d’un voyage à Tamanrasset. Cet intrus m’a permis de conserver ma ligne jusqu’à mon retour définitif en métropole. Ensuite c’est une autre histoire.

 

 À ce sujet encore, comme mes collègues, j’accueillais souvent à dîner lors de leur séjour les profs français missionnaires qui venaient de temps en temps nous rendre visite, invités par l’Université d’Oran. J’avais une stratégie personnelle qui consistait à les laisser quelques jours « gueuletonner » au Grand Café Riche : coquillettes au beurre tous les soirs ou presque (je sais de quoi je parle car j’y ai séjourné, comme missionnaire invité, à la suite de mon séjour en coopération). Ensuite, je les conviais à un repas où je mettais les petits plats dans les grands si l’on peut dire car je n’avais pas beaucoup de plats ni d’assiettes…. En général après quelques jours de diète, ils trouvaient mon repas excellent  et il leur laissait un souvenir impérissable; ce qui n’a pas dû être inutile quand certains ont examiné mon dossier scientifique au CNU …. L’un d’entre eux avec lequel j’avais tissé à l’époque quelques liens (je l’emmenais jouer au tennis dans mon club après ses cours et je le laissais souvent gagner) et qui fit ensuite une belle carrière de recteur sous les socialistes me fit remarquer un jour plein d’humour qu’il se souviendrait plus facilement de ma cuisine que de ma recherche … L’important, c’est d’exister.

De temps en temps avec un collègue proche, on jouait aussi à les torturer un petit peu; je me souviens d’un doyen qui à la fin du repas, accroupis entre nous deux, brûlait son chéquier dans les toilettes car nous lui avions expliqué qu’il était hors la loi pour ne pas les avoir déclarés à l’entrée aux douaniers et que cela relevait du trafic de devises puni au minimum de 20 ans de prison. Il fallait bien se faire un petit plaisir de temps en temps aux dépens de ces collègues qui ne nous aidaient pas vraiment à intégrer l’université française.

Je me souviens d’un autre, grand professeur suivant ses dires, qui dans les années 80 venait très souvent à l’université afin d’y installer un laboratoire de recherche sur la thalassémie, une maladie génétique du sang très répandue sur le pourtour de la Méditerranée. Il avait obtenu du recteur la réfection d’un bâtiment désaffecté dans lequel il avait fait installer une sorte de bunker pour ses manipulations génétiques. Il était assez désagréable, mais je discutais malgré tout avec lui et comme nous approchions de l’élection présidentielle de 81, il m’avait expliqué qu’il était á la fois au PS et qu’il avait aussi une carte d’un parti de droite ainsi il assurait ses arrières quel que soit le résultat des élections. Une fois Miterrand  élu, il a abandonné la recherche pour la politique nommé Recteur puis conseiller ministériel et il n’est jamais revenu á Oran. J’ai pu ainsi récupérer les labos qu’il avait fait installer, transformant son bunker en vaste salle de culture pour mes plantes. Un petit dernier pour la route, un prof de Lille que l’on avait surnommé la bourrique en référence à son nom et dont la spécialité était comme moi la physiologie végétale á séjourné plus d’un mois m’a mis au chômage technique en me remplaçant en cours auprès des étudiants. Je lui servais de chauffeur (bien rémunéré du coup); un matin où j’avais récupéré mon journal favori (Libération) posé sur le tableau de bord, il le prit et le rejeta brutalement sans dire mot. J’en conclus qu’il était plutôt lecteur du Figaro et durant le reste de son séjour nos relations furent beaucoup moins conviviales. Celui la, je ne l’ai pas invité à manger.

 

 

Puisque je parle de tennis mon autre activité sportive que j’ai pratiquée à l’excès, j’en paye maintenant les conséquences car je me suis sans le savoir usé les cartilages au niveau des cols de mes fémurs et je me suis retrouvé avec une arthrose des hanches vers 50 ans et depuis quelque temps, je suis équipé de prothèses. Comme quoi Winston Churchill avait raison : pour rester en bonne santé « No sport ».

En effet, l’une de mes activités (sportives bien sûr) en dehors de l’Université était donc de fréquenter le club de tennis de l’ASPTT que nous avions surnommé l’annexe dans la mesure où nous y passions, après nos cours, souvent une partie de la journée … J’essayais vainement de devenir un champion de tennis sur le tard participant à tous les tournois qui se déroulaient à Oran, mais sans jamais n’en gagner aucun dans la mesure où j’avais du mal à passer les éliminatoires. Pour cela je m’étais offert un entraîneur, un « coach » comme on dit maintenant, (ancien champion d’Algérie de l’époque coloniale) dont la particularité était de remplacer le lance-balle en arrivant à tenir une vingtaine de balles avec son bras gauche et de les envoyer à son partenaire dans tous les coins du terrain avec la raquette qu’il tenait dans sa main droite. En dehors de cette petite acrobatie, il entraînait aussi une très jeune fille assez douée pour le tennis et dont les parents voulaient faire une championne; de temps en temps, à la demande de mon entraîneur, je lui servais de « sparring-partner » afin qu’elle s’habitue à recevoir des balles plus puissantes que celles qui sont servies par des partenaires de son âge. C’est ainsi que j’ai entraîné comme d’autres sans le savoir une future championne de tennis : Pascale Paradis.

 

 



L’aventure, c’est l’aventure même dans le Sahara et ailleurs
22 août, 2015, 10 h 59 min
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Un couple de copains (des profs d’anglais, personne n’est parfait !) venaient d’être nommé à Casablanca. Ne voulant pas aller les voir tout seul, je réussis à convaincre un couple de coopérant ami, un prof de physique et une prof de bio en poste comme moi à Oran, de non seulement m’y accompagner mais encore mieux de m’y conduire. Nous nous sommes donc rendus à Casablanca sans difficulté (la fois précédente avec d’autres copains le véhicule un combi VW par défaut de freinage s’était couché sur la route et nous avions failli finir dans un ravin).

Nous avons été parfaitement accueillis  et parmi les nombreuses visites nous nous sommes rendu à Rabat retrouver un copain surnommé Castor (malheureusement et accidentellement trop tôt disparu), mon principal souvenir fut la visite du jardin érotique (appellation de mes amis)… En fait jardin exotique de Bouknadel dans lequel un colon, Monsieur François, passionné de botanique  avait reconstitué différents biomes terrestres. Mais l’intérêt principal n’était pas là, sauf pour un botaniste passionné, mais je n’en connais pas !!! Ce qui était intéressant, c’était le parcours de Tarzan, une véritable aventure dans une vraie jungle reconstituée, mais sans la faune heureusement. Le parcours était chronométré par mes collègues, ils avaient inventé Koh-Lanta sans le savoir. Comme ils étaient entraînés et qu’ils connaissaient le parcours par coeur, je n’ai pas gagné d’autant plus que je perdais du temps à observer la végétation (n’ai-je pas été major d’un certificat de phytogéographie et en fin de carrière n’ai-je pas enseigné cette matière ?).

 

 Le voyage du retour s’est déroulé sans problème sauf qu’à Oujda j’ai refusé de payer un gardien de parking et il a donné un grand coup de bâton sur le capot avant de la Renault 4L, ce qui l’a plié en deux ; comme quoi ce n’est pas solide les voitures françaises.

En retour, j’ai invité mes amis, provisoirement marocains, et je leur ai proposé un voyage dans les oasis algériennes avec mon Combi VW. Nous sommes partis confiants pour ce long périple, mais au bout de quelques centaines de Km le voyant rouge signalant un défaut de charge de la dynamo s’est allumé; ce n’était pas bon signe, mais nous avons continué à rouler sur la batterie jusqu’à El-oued. Naturellement il n’y avait pas de concessionnaire VW mais des mécaniciens théoriquement capables de tout réparer. Le problème c’est qu’il faisait déjà nuit et que le mécanicien ne pouvant pas faire rentrer le véhicule dans son tout petit garage, c’est à l’extérieur éclairé par les phares d’une autre voiture qu’il a commencé à démonter la dynamo; ce qui n’était pas simple car ces vieux moteurs allemands étaient refroidis par un radiateur à huile, lui-même refroidi par une turbine placée sur l’axe de la dynamo. Quand j’ai vu que les boulons et les rondelles qu’il enlevait tombaient dans le sable, je lui ai demandé de stopper son intervention et de tout remettre en place. Un autre mécano bricoleur nous trafiqua le lendemain la tête de Delco sans succès et pris par le temps nous sommes repartis à l’aube vers Oran pour les 938 km qui nous en séparait et surprise : impossible de dépasser le 60 Km à l’heure…

 

Le voyage fut très long et nous étions obligé de nous relayer au volant, à cette vitesse sur les lignes droites des hauts plateaux, pour éviter de perdre du temps, nous changions de chauffeur sans arrêter le véhicule, mais vers minuit il fut quand même difficile de franchir le dernier col avant Tiaret. De ce voyage aventureux, mes amis ne m’en ont pas voulu, mais nous avons passé, il faut bien le reconnaître, plus de temps dans le VW que dans les palmeraies.      

 

Au début de mon séjour en Algérie un autre couple d’amis, dont la femme était l’une des témoins de mon mariage et dont l’époux devint beaucoup plus tard mon directeur à la Faculté des Sciences du Mans, est venu nous rendre visite à Oran. Ils étaient non seulement très militants de gauche mais aussi à  l’époque adeptes du naturisme (1). Nous habitions dans une cité surtout occupée par des policiers algériens et j’avais du mal à raisonner mes deux  invités, dans un pays où souvent on ne distinguait que la pupille de l’œil droit des femmes. Leur attitude provocante, nus dans mon appartement, était mal venue  d’autant plus que la porte d’entrée s’ouvrait directement sur un escalier à claire voie, donc à la vue de tous les habitants de la cité. Comme je craignais pour ma réputation, je les ai emmenés bronzer nus dans un jardin de coopérants écolo adepte de ce comportement. Ils y attrapèrent une angine, nous étions au début du printemps, et le soleil est traître à cette saison.

Nous partîmes malgré tout dans le Sud ou le proviseur du Lycée de Bêchard devait nous loger. Nous fûmes chaleureusement accueillis, logés dans l’infirmerie et le proviseur nous invita à partager son repas (un coucous naturellement, préparé par sa femme). Tout de suite mon ami a bloqué car il n’y avait que 5 assiettes, ce qui signifiait que la femme du proviseur n’allait pas manger avec nous. Aussitôt il lança une discussion sur le rôle de la femme dans l’islam voulant absolument qu’elle partage notre repas. Au bout d’une demi-heure, la discussion n’aboutissant pas, il se leva et se rendit à la cuisine ce qui déclencha les hurlements des femmes voyant un homme s’introduire dans leur domaine très réservé mais elle refusa de venir et nous pûmes enfin faire honneur à son couscous. Il me fallut ensuite calmer les deux protagonistes en détournant la conversation vers l’organisation de l’excursion du lendemain à Taghit une oasis merveilleuse en bordure du Grand Erg Occidental que je connaissais déjà, pourvue d’un hôtel récent où nous pûmes nous installer plus confortablement. Mais en compensation des problèmes de la soirée précédente, je dus emmener dans ma Renault 4L, assise en tailleur sur le siège avant, la mère du proviseur, heureuse comme une princesse  de se faire trimballer dans une voiture de roumi.

Le lendemain, le temps était maussade, la luminosité réduite car une tempête de sable menaçait. Mon ami, toujours très sûr de lui, décida, malgré mon avis contraire, de ne pas se laisser impressionner par le vent et nous primes la piste menant à des gravures rupestres célèbres. Mais très vite la tempête s’amplifia et l’air était chargé de particules de sable, nous obligeant à respirer à travers nos chèches, et pour ne pas endommager mon moteur, j’entortillais un vieux bas imprégné d’huile autour de la prise d’air de la voiture (vieux truc de baroudeur). Malgré cela la piste disparaissant de plus en plus sous le sable, je décidais de faire demi-tour avant de se perdre complètement. Nous nous sommes ensablés plusieurs fois, mais nous sommes quand même arrivés à l’heure de la chorba à l’hôtel. Retour sur Oran le lendemain mais comme nous avions traîné à l’hôtel, nous arrivâmes à Tlemcen à la nuit, il nous fallut trouver un logement, très difficile le soir à part la location de matelas mousses imprégnés de la sueur des clients dans un hammam, il n’y avait pas de solutions. Toutefois, un ancien, nous indiquât l’existence dans les hauteurs de la ville d’une ancienne maison close toujours tenue par une très vieille tenancière qui hébergeait parfois des touristes. Elle nous fournit une chambre à deux grands lits avec des draps roses ou mauves mais très usés et douteux et des grands miroirs sur les murs. Nous y avons passé la nuit sans attraper de maladies honteuses mais par précaution en dormant tout habillé. Le lendemain, je mettais mes amis à l’avion et je repris mes activités professionnelles plus calmes.

(1)  chez les naturistes

Après 68 et la libération des mœurs, le naturisme était très à la mode et certains jeunes coopérants d’Oran avaient, au mois de juin, organisé sur la plage d’une madrague isolée située vers l’Ouest après le centre touristique des Andalouses et  surtout accessible par la mer, un camp de naturistes au niveau duquel il fallait maintenir une présence (française !) permanente par roulement. Je n’étais pas vraiment un adepte, mais j’avais accepté (pour rendre service, bien sûr) d’y participer car c’était un lieu propice à la chasse sous-marine qui était à l’époque un de mes loisirs favoris. Je me suis donc rendu sur les lieux mais à pied en suivant la côte par la montagne car en bateau je souffrais du mal de mer. Après plusieurs heures de marche dans le djebel, lors de la descente vers la plage, j’ai constaté dans la colline, qui de la plage semblait déserte, la présence de quelques autochtones, des « choufs » qui se rinçaient l’œil. Je le signalais à mes compatriotes qui restèrent indifférents au problème. Par contre moi, j’avais un vrai problème car ne souhaitant pas me mettre nu, je suis resté jusqu’au soir vêtu de ma combinaison de plongées en plein soleil allant de temps chasser le mérou pour me rafraîchir (sans en attraper); et naturellement c’était moi le plus gêné. Je n’ai pas eu à  renouveler cette expérience car le Président Colonel Chadli Bendjedid qui venait d’être élu fit construire sa résidence secondaire dans la madrague qui devint zone militaire définitivement inaccessible.



Un cousin à la mode algérienne
18 août, 2015, 12 h 44 min
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En Algérie, j’ai eu un cousin d’adoption, ou du moins, c’était le surnom que je lui avais donné. En fait c’était le cousin d’un de mes copains de fac et il avait été nommé comme architecte municipale à Mostaganem, une petite ville côtière située à environ 80 km d’Oran vers l’Est. Ville célèbre entre autres par le discours de 1958 du Général De Gaulle mais aussi parce qu’il y avait une papeterie qui utilisait l’alfa (graminée abondante sur les hauts plateaux au sujet de laquelle j’ai aussi une anecdote… voir plus tard) comme matière première pour fabriquer un papier de grande qualité. Mais il y avait un problème car pour faire du papier, il faut beaucoup d’eau et lorsque l’usine fonctionnait, il n’y avait plus assez d’eau douce pour alimenter la ville, aussi les habitants regardaient cette usine d’un mauvais oeil.

Pour en revenir au sujet, mon copain de Fac me demanda d’accueillir son cousin à l’arrivée du bateau au port d’Oran. Je me suis donc présenté un soir avec mon véhicule à l’entrée du port expliquant à la police que j’allais chercher un collègue à l’arrivée du bateau, ce que faisaient tous les Algériens …. Mais le policier me refusa le passage; astucieusement je renouvelais ma demande cette fois en précisant que c’était mon cousin que j’allais chercher … pas de problème, me dit alors le policier en me laissant passer, la famille c’est sacré…. ainsi le cousin devint le surnom de mon nouveau collègue coopérant.

Mon faux cousin avait été embauché, au départ, pour construire quelques-uns des « mille villages socialistes » du Colonel-Président Houari Boumédienne afin de sortir – disait-il dans ses discours – les paysans algériens de leur gourbi. Mon cousin en construisit quelques uns, parfois polychromes (c’était son petit plus) mais souvent il n’avait pas le temps de les terminer avant l’inauguration par le président  Boumédienne qui en voulait un par jour si bien que parfois il devait faire abattre les parties non terminées et l’inauguration se déroulait devant une sorte de décor de cinéma, derrière la rue principale parcourue par le cortège, il n’y avait souvent que des gravas et la foule des paysans qui  « volontairement « acclamaient leur président et  retournaient dans leur gourbi le soir venu en attendant la fin de la construction.

Au décès du président le projet des villages socialistes fut abandonné (il faut dire que fonctionnariser les paysans algériens n’était pas une excellente idée et les résultats au niveau production agricole  étaient loin des ambitions du Ministère) et mon cousin fut recyclé dans un premier temps dans la construction de petits immeubles puis dans la construction de mosquée en collaboration avec des architectes égyptiens, ce qui pour un marxiste était un drôle de renoncement. Nous passions beaucoup de week-ends ensemble car nous étions tous les deux des célibataires forcés, parfois à Oran et parfois á Mostaganem où mon cousin disposait d’un très grand appartement de fonction  en tant qu’architecte en chef de la ville avec plusieurs salles de bain fonctionnelles à condition que l’usine de pâte à papier ne fonctionne pas. Nous organisions des soirées musicales dans la mesure où il jouait très bien de la guitare et moi un tout petit peu. En particulier il était très fort en picking,  cher à feu Marcel Dadi, et il avait essayé de m’apprendre, mais j’étais mauvais élève. Il s’était lié d’amitié avec un étudiant progressiste avec qui nous dînions quelques fois et qui nous présenta son groupe d’amies. Afin de les sortir de leur cité étudiante, nous les emmenions souvent en week-end afin de profiter du confort de l’appartement  de  Mostaganem. L’une d’entre elles était révoltée par la condition féminine en Algérie, (Malika Mokkedem) étudiante en médecine, elle devint auteure à succès en racontant sa vie de jeune algérienne de Bêchard qui voulait se sortir de sa condition (lire « l’interdite »). Elle écrivit de nombreux romans dont certains autobiographiques; je les ai tous lus espérant un jour voir apparaître mon cousin ou moi-même au détour d’une de ses pages …..  mais Wallou !!!

 

Le plus difficile était de  ramener les étudiantes le vendredi soir (le dimanche des catholiques venait d’être  remplacé par le vendredi des musulmans) dans leur cité universitaire; après les avoir déposées devant les grilles, il fallait démarrer en trombe sous les jets de pierre des gardiens. Heureusement la carrosserie de mon vieux combi VW ne craignait plus rien. Malheureusement nous dûmes arrêter ces week-ends car une enquête avait été lancée par les instances de l’université pour savoir à qui  appartenait le véhicule et je tenais à mon emploi.

Et puis un week-end pas de cousin, le suivant non plus, le troisième week-end, je décidais de me rendre à Mostaganem. Arrivé devant la porte de son appartement, je sonnais plusieurs fois sans réponses, j’allais repartir lorsque j’entendis un bruit bizarre provenant de l’appartement, comme des coups sourds donnés sur le sol et enfin la porte s’ouvrit. Mon cousin était là, à moitié allongé sur le sol accroché à un gros bâton qui lui servait à se déplacer en rampant. Il était vraiment mal en point à moitié paralysé. Je décidais de le ramener  aussitôt à Oran en le couchant sur le lit de mon camping car et le lendemain après avoir contacté MAIF assistance, je l’emmenais à l’avion en fauteuil roulant; il fut pris en charge et ses problèmes de calcification disparurent après son retour en France. Ainsi pour sa famille, je suis devenu son sauveur… Juste pour l’anecdote, il poursuivit sa carrière d’architecte dans plusieurs municipalités : à Grenoble tout d’abord ou le maire socialiste perdu la mairie, puis au Havre ou le maire communiste du laisser sa place à la droite, à Rennes ensuite ou la mairie est pourtant toujours  socialiste et pour finir à Montpellier où Georges Fraiche est décédé … De la à établir une relation de causes à effets ….

 

 

 

 

 



L’enfer c’est les collègues
8 août, 2015, 20 h 09 min
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En fait ce n’est pas toujours vrai mais quand même … Au cours de ma période algérienne j’ai toujours eu de bonnes relations avec mes collègues, même avec les Egyptiens, les Syriens, les Russes ou les Polonais et surtout les polonaises… Avec les Egyptiens de la section arabophone, la collaboration était assez difficile, d’abord il fallait converser en anglais ce qui n’a jamais été ma tasse de thé et pourtant l’un d’entre eux était un personnage intéressant. D’une part c’était un grand professeur de physiologie végétale  du  moins le disait-il et surtout il participait à la création de  la terminologie scientifique en arabe classique pour la biologie et il m’avait expliqué sa méthode. Comme il avait été formé en anglais (les Egyptiens sont malins, dans leurs universités l’enseignement est majoritairement en langue anglaise et ils vont ensuite enseigner en arabe classique dans les pays voisins avides d’arabisation), il partait du terme anglais puis passait par une langue latine le plus souvent le français et phonétiquement à partir du mot français créait le mot arabe. Il était fier par exemple d’avoir pour membrane inventé (soi-disant) le mot arabe « mûr » (phonétiquement) en passant par l’anglais « wall » et le traduisant en français pour créer le mot arabe. Je lui avais fait remarquer que la notion de membrane était très éloignée de celle de mur en français qui est plutôt infranchissable. Je ne l’ai pas convaincu, par contre lors d’une de ces discussions, nous avions comparé nos salaires, moi assistant et lui professeur, il a été traumatisé et quelques mois plus tard, il est parti en Arabie Saoudite, je pense pour un meilleur salaire.

 

L’assistant algérien qui assurait l’enseignement de la physiologie végétale en arabe était particulièrement lourd, nul et désagréable; comme il ne préparait rien, il récupérait dans la poubelle les échantillons que nous avions précédemment utilisés lors de nos enseignements pratiques  avec mon collègue africain. Ce dernier avait un grand sens de la répartie, cet assistant se plaignant que les thermomètres ne marchaient pas avec lui et pour cause, ils ne les sortaient pas de leurs étuis; aussi mon collègue lui avait fait remarquer que lorsqu’il devait se le mettre dans le « c.. » Il devait bien enlever l’étui. L’autre gag parmi beaucoup d’autres était que d’après lui (toujours un problème de température)   les étuves ne marchaient pas et pour cause, alors qu’il faisait 28 °C dans le laboratoire, il affichait 20 °C sur le thermostat et s’étonnait que cela ne marche pas. De plus il avait des problèmes anaux (infections) et comme il était soi-disant aussi microbiologiste, il s’utilisait comme cobaye, faisait des prélèvements (pas en public rassurez vous) et mettaient en culture les bactéries qu’il hébergeait dans son fondement, aussi avec lui c’était vraiment l’enfer. Une autre fois nous avions décidé de faire du rangement parmi les produits chimiques du laboratoire, forçant les Egyptiens à nous aider, mais on sentait chez eux une certaine mauvaise volonté, considérant que ce n’était pas un travail de professeur. Ils sont donc intervenus mais mollement et l’un d’entre eux a maladroitement lâché une bouteille de 2,5 L d’acide sulfurique qui a éclaté l’arrosant ainsi qu’une collègue algérienne proche. Je suis rapidement intervenu en apportant une bouteille de bicarbonate pour les rincer ; si l’Algérienne a tout de suite enlevé ses vêtements souillés, l’Égyptien a refusé de se déshabiller et m’a supplié de l’emmener dans son appartement alors qu’il suintait l’acide sulfurique. Pour répondre à sa supplique, je l’ai installé à l’arrière de mon véhicule sur des planches et je l’ai ramené chez lui au bout d’un quart d’heure. Quand il est sorti du véhicule, il fumait et geignait et ses chaussures avaient fondu. Nous ne l’avons revu que 15 jours plus tard propre comme un sous neuf.

 

 Mon collègue et ami ex-Dahoméens devenu de force Béninois était très communicant et sur de lui et savait se sortir et nous sortir de toutes les situations.  Ainsi nous avions récupéré comme étudiante la femme de l’inspecteur de l’académie d’Oran qui reprenait ses études après avoir élevé ses enfants (j’ai aussi formé son fils qui est maintenant prof á l’université d’Oran) un jour où nous lui rendions sa copie de TP avec une mauvaise note tout à fait justifiée. Elle se mit en colère devant toute la salle en précisant que le soir sa copie serait sur le bureau de son mari et que nous allions en entendre parler, ce à quoi mon collègue répondit : « Et demain on sera dans l’avion expulsé » ce qui a débloqué la situation et le lendemain nous étions toujours en poste et la femme de l’inspecteur d’académie a conservé sa mauvaise note et pu continuer ses études et nous, notre activité d’enseignant; sauf qu’autre problème, à la fin de sa formation, il lui manquait le module de statistique de la première année et on se demandait comment elle allait faire pour obtenir sa licence. Une solution administrative fut toute trouvée, ce module disparu du cursus lors d’une réforme et « Madame l’inspectrice » obtint sa licence comme quoi il y a toujours une solution á un problème; les Maghrébins ne disent-ils pas sans arrêt : « y a pas de problème … »  !

 

Avec mon collègue ex-Dahoméen, nous fonctionnons en tandem, enseignant tous les deux la physiologie végétale ce qui était bien pratique car nous pouvions nous remplacer sans problème. Surtout lui car parfois, ayant fait la fête toute la nuit avec maintes libations, il m’était parfois difficile d’assurer mon cours dans la mesure où l’amphithéâtre avait tendance à osciller ; j’ai toujours eu et j’ai encore des problèmes d’oreille interne, mais, dans ces circonstances, il était plus facile d’en comprendre l’origine, ce qui était assez injuste car mon collègue avec qui j’avais entre autres passé la soirée était en pleine possession  de ses moyens. Il faut dire qu’il avait été élevé au Johnny Walker (boisson nationale dans l’ex-Dahomey) et que je moi j’avais été élevé aux rillettes (dans les deux cas ce n’est pas bon pour le foie).

 

Ce garçon était plein de ressources, en effet suite à un coup d’état, refusant de rentrer dans son nouveau pays le Bénin car il était très proche du président déchu qui était son père adoptif, il est devenu apatride et sans papiers, surtout sans passeport. Il avait épousé une Française, fille de républicain espagnol, aussi pour rentrer en France ensemble lors des vacances d’été par voie maritime, cela risquait d’être problématique et il avait besoin de moi; sortir d’Algérie sans passeport puis rentrer en France à Marseille, j’étais plus inquiet que lui. Arrivé au contrôle de police, il me fit passer devant et commença à baratiner le policier algérien et il me fit signe de l’appeler et franchit le poste de garde répondant à mon appel l’air préoccupé et le policier resta médusé sans réagir. En général en bateau, je souffrais du mal de mer, mais cette fois mon collègue un peu sorcier m’avait promis que je ne serais pas malade aussi le voyage s’est bien déroulé. Il lui restait à passer le contrôle de police du port de Marseille  et là avec un gros baratin, il a présenté son permis de conduire français obtenu á Marseille justement lorsqu’il était étudiant et il a ainsi passé les deux frontières sans passeport ce qui est théoriquement impossible.

 

Alors qu’il était marié à une Française il aurait pu obtenir la Nationalité française mais par conviction politique, il ne voulait pas. Aussi pour récupérer un passeport béninois, il a dû retourner clandestinement au Bénin en passant par le Nigeria. Mais quelques années plus tard rentré en France alors que Charles Pascua était ministre de l’intérieur qui menait une politique anti-émigrés, il a enfin pris la nationalité française. Il a soutenu une thèse d’état á Orsay, mais était sans emploi heureusement par l’intermédiaire de sa femme il a fait connaissance du préfet de Versailles. Ils sont devenus très amis et ce dernier qui pensait être nommé ministre de l’éducation nationale lors du deuxième septennat de Mitterrand lui avait promis un poste; malheureusement le préfet il fut nommé chef des services secrets. Aussi il ne pu tenir les promesses qu’il avait faites à mon collègue, il lui proposa un poste á  l’ORSTOM (repaire de barbouzes á l’époque) qu’il refusa  et ne pu lui proposer qu’un poste de coopérant au Tchad ou au Niger mais l’université dans laquelle il avait été affecté n’a jamais ouvert. Il a ensuite été envoyé en Nouvelle-Calédonie à l’université de Nouméa avec un statut d’adjoint d’enseignement qui a ensuite évolué en maître de conférence puis professeur (j’étais dans la commission qui l’a auditionné et nommé) ; il le méritait d’autant plus qu’il avait été chargé d’une mission occulte (donnée par son ami chef des barbouzes), rencontrer les tribus Kanaks et Mme Tjibaou dont le mari venait d’être assassiné afin de renouer le contact avec l’administration française. Il a ainsi fait toute sa carrière à l’Université de Nouméa tandis que son épouse était prof de bio dans un lycée. Ils m’ont accueilli royalement lorsque je suis venu en Nouvelle-Calédonie invité à siéger dans un jury de thèse (il y a parfois quelques avantages à être professeur !). Je n’en dis pas plus, la suite de mes aventures chez les canaques et les caldoches dans la troisième saison (En poste à l’Université du Maine) à venir dans quelques mois.

 

Surnom des collègues

Lors des réunions avec les collègues algériens, ceux-ci utilisaient souvent leur langue maternelle, surtout lorsqu’ils ne souhaitaient pas que l’on comprenne leurs propos. Pour lutter contre cette tendance, nous avions nous aussi créé un langage codé, exemple : on se retrouve à l’annexe signifiait à tout à l’heure au tennis. De la même façon, nous leur avions donné des surnoms (surtout un collègue dont c’était le hobby) exemple : « Tonton mallette », « Aïe que t’es bête »,  » Marche ou crève »… Comme j’enseignais en binôme avec un grand noir, les étudiants nous avaient surnommés Pompidou et Senghor, d’autres collègues, un petit brun et un grand blond : Starski et Hutch. Un collègue algérien devenu chef de département nous parlait dans les réunions de circulaires rectales (et nous ne l’avons jamais corrigé). Nous donnions aussi des surnoms à nos collègues proches ainsi certains m’appelaient « Moktar », une autre était surnommée « boulotte » (car elle ne l’était pas du tout, bien au contraire) ou pour d’autres « Grandasse », »Cotinasse », « Mariquasse » « Fausto »,  » Le Corse », « Cataloche », « Le Beau Polo » qui plaisait beaucoup aux dames), « Le Savant » (car il était astrophysicien et botaniste amateur corrigeant la flore de Quezel et Santa lors de nos sorties dans le djebel) , « La Démarieuse » (rôle qu’elle jouait avec succès auprès des jeunes couples de coopérants), ou encore « Le Vieux » pour un collègue prof de chimie qui était revenu après avoir fait la guerre d’Algérie. Un dernier surnom pas très politiquement correct pour la directrice de l’institut dont le prénom était Zhora, mais que nous avions surnommée Nathalie en référence à son mari acteur de cinéma  qui jouait l’Arabe de service dans tous les films de Delon avec lequel il était copain, du moins le disait-il. Je vous fais grâce des jeux de mots non politiquement corrects qui amenaient à Nathalie.

 

 


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