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Fin de mes études à Caen
29 juin, 2015, 9 h 13 min
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1968, les sessions d’examen étant reportées en septembre et octobre il ne me restait plus qu’à bosser. Après deux semaines de camping en Bretagne pour décompresser « au frais » après l’Espagne, retour à Caen pour les révisions et j’ai tellement bien bossé que j’ai été reçu mais à la deuxième session, titulaire d’un DUES CB. Dans un premier temps cela m’a semblé un plus mais quelques années plus tard, alors que je préparais une thèse, rencontrant ceux qui avaient été collé je découvris qu’ils étaient maintenant pharmaciens car, en novembre 1968, ils avaient obtenu une équivalence  pour rentrer en deuxième année de pharmacie et mené à bien leurs études. Alors que je survivais avec une maigre bourse et un petit boulot de moniteur, ils avaient un salaire conséquent de pharmacien d’officine; leur échec en 68 avait été récompensé alors que ceux qui avaient réussi comme moi étaient voués au chômage, comme quoi l’excellence n’est pas toujours récompensée. Mais d’un autre côté, être condamné tout sa vie à vendre des carottes (référence à un dessin de Reiser) pardon des boîtes de médicaments, en dehors des avantages financiers, l’intérêt à long terme de ce métier était plus que douteux. Aussi je n’ai rien regretté, encore que mes parents avaient les moyens de m’acheter une pharmacie et je serais maintenant propriétaire d’une villa à Dinard, comme maintenant, mais de 10 pièces avec piscine et vue sur la mer.

Donc, poursuite de mes études à Caen en licence mais là, j’ai fait deux ans au lieu d’un, en ratant l’un des certificats (car amoureux), celui de botanique, mais réussissant celui de physiologie végétale, matière que j’ai ensuite enseignée durant toute ma carrière, comme quoi le destin. L’année suivante j’ai mis un pied dans le monde du travail, j’ai obtenu un poste de  pion-prof ou plutôt de prof payé comme un pion. Faisant des cours de sciences naturelles a des élèves de 6ème et je ne me suis pas vraiment éclaté (je n’aime pas les enfants …), heureusement, compensation, j’avais rencontré une personne du sexe comme on disait à l’époque. Mais là, c’est du domaine du privé. Très motivé par mon passage en collègue j’ai donc rattrapé mes études (avant je les poursuivais) en obtenant les deux derniers certificats de maîtrise avec mention AB et excusez moi du peu, major dans celui de phytogéographie; l’enseignant responsable m’ayant convoqué après la publication des résultats, je pensais que c’était pour me féliciter mais au contraire, après un échange de salutations il aborde tout de suite les résultats des examens en me disant pour caractériser ma première place : « Au royaume des aveugles les borgnes sont rois ».

Tout était dit,  cette sentence mis fin à notre entrevue et j’abandonnais définitivement cette spécialité et pourtant elle me plaisait; le moment ayant été une semaine de stage de terrain dans le Lubéron ou j’ai inventorié et cartographié des zones à pins d’Alep plus ou moins en voie de dégradation; cela se caractérisait par une moindre abondance des arbres et une plus forte présence du chêne kermès (celui qui se couvre de cochenilles que l’on exploitait dans le temps pour fabriquer le rouge cochenille remplacé par des cactus mexicains) s’installant dans les pinèdes dégradées (mais vous n’en avez rien à faire).

Lors de ce stage nous étions associé à des étudiants géographes et l’on m’avait mis en binôme avec une princesse africaine qui refusait de me parler; du coup je l’ai rapidement perdue sur le terrain et comme elle refusait de répondre à mes appels, je ne l’ai pas retrouvée, ni revue et j’ai poursuivi mon stage seul mais avec succès: j’ai du travailler pour deux mais j’ai rendu un excellent rapport qui m’a valu une excellente note (ce qui n’était pas dans mes habitudes). Ma tendance naturelle durant mes premières années d’études universitaires étant de faire juste ce qu’il fallait pour arriver à la moyenne, note qui me satisfaisait pleinement.

L’année suivante j’ai poursuivi en DEA que j’ai obtenu avec mention passable mais il faut savoir que la médecine, suite à la visite médicale obligatoire, m’avait quasiment condamné pour un problème pulmonaire et que j’ai été hospitalisé 8 jours après mes examens. Pour obtenir la bourse permettant de financer ce diplôme (mes parents n’y participant plus) et éviter que leurs revenus ne soient pris en compte, je me mariais rapidement à la mairie de Caen en présence de deux témoins : l’une prof d’espagnol  pour mon épouse future et l’autre pour moi un copain qui faisait un service civil dans un centre  d’accueil pour clochard. Aussi entre deux mariages traditionnels en costard trois pièces et robe blanche de mariée, nous avons attendu un certain temps jusqu’à ce que j’intervienne auprès du planton qui attendait les futurs mariés.

Le sujet proposé par le professeur responsable du laboratoire où j’allais effectuer mon stage était assez éloigné des activités habituelles de l’équipe de recherche qui étudiait la physiologie des halophytes des côtes de la manche. Je me suis donc intéressé (c’était le terme du prof  et je n’avais pas vraiment le choix) aux peupliers et à la populiculture dans le bocage virois. Cette étude était proposée par la chambre d’agriculture du Calvados qui prenait en charge les déplacements nécessaires à l’enquête sur le terrain. Un technicien agricole m’emmenait ainsi plusieurs fois par semaine visiter les plantations des agriculteurs dont la mise en place avait été subventionnée. J’avais remarqué un fait intéressant : dans la plupart des cas la plantation correspondait à la naissance d’une fille et vingt ans après la vente des arbres permettait d’en financer le mariage ou la dote (mais ne faisant pas d’éthologie, je ne l’ai pas signalé dans mon mémoire et n’y voyaient pas une remarque machiste, ce n’est pas mon genre).

Le plus contraignant dans cette activité d’enquêteur, c’était d’établir une relation de confiance avec les propriétaires et cette relation, après la visite de la plantation et les quelques mesures que je devais réaliser, s’établissait devant un café bien arrosé de Calvados. A la troisième visite en fin de matinée, mon chauffeur accusait gravement, ce qui ne l’empêchait pas de déjeuner au rouge si bien que l’après midi, il s’endormait souvent au volant et devait faire une petite sieste avant de pouvoir me piloter durant le reste de la journée. En complément de cette enquête, je mettais au point en laboratoire un protocole d’analyses des échantillons de sols que je prélevais dans les peupleraies les plus caractéristiques. Je ne fis pas moi-même ces analyses qui furent effectuées par un autre stagiaire après la remise de mon mémoire mais ce dernier fut ensuite publié comme anonyme par la chambre d’agriculture sans que j’en sois informé, premier contact, à mes dépens, avec la réalité du monde de la publication (il faut souvent se battre pour être parmi les auteurs des publications). Je n’ai pas poursuivi dans cette voie pourtant j’avais mis en évidence une corrélation significative entre le développement des arbres la distance de plantation et la profondeur de sol exploitable par les racines (mais là encore vous n’en avez rien …).

L’année suivante, je poursuivais en thèse cette fois en relation avec un autre organisme agricole une coopérative qui produisait du maïs pour l’alimentation animale : CoopCan. Cette fois le sujet proposé par mon directeur de thèse portait sur un comportement anormal des jeunes plants de maïs dont les feuilles se teintaient anormalement de violet tirant vers le bleu. N’arrivant pas à reproduire ce phénomène dans les conditions contrôlées du laboratoire, j’ai réorientés mes travaux vers les effets de la sécheresse sur la nutrition minérale des jeunes plants de maïs en simulant artificiellement un déficit en eau à l’aide d’agents osmotique comme le polyéthylène glycol, mais j’avais perdu un an aussi mon sursis était épuisé et ne voulant pas partir à l’armée je n’avais que deux solutions : l’objection de conscience ou le départ à l’étranger en coopération. 



A nous les petites allemandes
22 juin, 2015, 9 h 38 min
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Juste pour expliciter le titre (pastiche d’un film culte générationnel) en été, à l’époque,  pour rencontrer des jeunes filles allemandes voir néerlandaises l’Espagne était le meilleur « spot » (pour parler jeune) et les espagnoles me direz-vous, et bien non, car elles n’avaient pas le droit de sortir de chez elles hormis sous surveillance masculine; nous étions encore sous Franco et la movida n’avait pas encore eu lieu.

 

Le copain qui venait de passer son concours pour rentrer à l’Agro nous avait rejoint avec sa DS et nous sommes parti pour l’Espagne; comme prévu le passage de la frontière fut un peu long car mon copain au foulard rouge fut retenu une petite heure (simple vérification). On a ensuite roulé jusqu’à Barcelone, on a jeté un coup d’œil sur la « Sagrada Familia » puis on est allé à la plage et surtout le soir faire un tour dans le « Barrio Chino ». Rapidement, entrainé par un rabatteur, nous sommes  rentrés dans un bar louche; deux dames se sont installées à notre table et ont commencé à boire du mauvais champagne espagnol à notre santé et à nos frais; sentant que nos vacances allaient être compromises financièrement nous avons rapidement quitté l’établissement sans même avoir fini notre verre (j’évite le terme consommé qui dans un tel lieu peut être ambigu).

 On a passé la nuit dans la voiture et le lendemain, on est parti sur la côte draguer les petites allemandes; au moins, c’était gratuit ou presque. Installé dans un camping au bord de la plage de « Pineda de Mar » dès le lendemain, de la plage, nous avons fait du stop à un pédalo piloté par deux jeunes allemandes et comme dans les films (et oui cela arrive même dans la vrai vie) elles sont venues nous chercher … Deux ou trois jours de bonheur, en plus j’avais séduit la plus blonde, donc la plus belle… Malheureusement leurs vacances étaient terminées, fin d’une idylle qui avait à peine débuté.

Un autre problème a rapidement surgi, le manque d’argent car le camping coûtait fort cher en Espagne. Le collègue à la DS décida de rentrer et nous de rester au soleil, mais sans argent. Le lendemain nous avons décidé « d’essayer » d’aller travailler pour financer la suite de notre séjour. A cette époque l’Espagne construisait des autoroutes et pour cela les entreprises avaient besoin de beaucoup de main d’œuvre pour transporter des graviers (dans des paniers sur les épaules à croire qu’ils n’avaient pas encore inventé la brouette) afin de remblayer les futurs routes. La journée de 10 h de travail était payée 200 pesetas, ce qui ne couvrait même pas le prix de la nuit de camping pour trois. En Mai nous nous étions rapproché (surtout virtuellement) du monde ouvrier, mais la réalité nous a rattrapé, et à ce tarif, il n’était pas possible d’aller plus avant dans le rapprochement avec la classe ouvrière. Notre idéal révolutionnaire en a pris un coup. Nous vivions par anticipation (alors que les événements de Mai n’étaient pas encore terminé) le rendez vous manqué entre étudiants et ouvriers qui a été une des causes de l’échec de « la révolution de Mai 68″. Du moins c’est ce que les intellectuels ont écrit par la suite. Aussi nous repartîmes sans nous faire embaucher, mais sans faire de manif.

Face à cette situation dramatique plus d’argent nous avons pris une décision courageuse et téméraire de fils de petits bourgeois. Nous nous sommes rendus à la poste et avec nos derniers sous, nous avons envoyé des télégrammes à nos familles respectives qui nous croyaient à l’université de Caen. Cet appel au secours était simple : « Envoyez nous un mandat sinon on ne pourra pas rentrer en France »; un message fort, mais en peu de mots pour économiser nos derniers sous. Comme on avait des bons parents, cela a marché et trois jours après nous avions des mandats en poste restante. Le mien et celui de mon copain d’Alençon, tous les deux issus du milieu petit commerçant étaient suffisant, celui de notre troisième compagnon, fils d’ouvrier maçon italien ne lui a pas permis de poursuivre ses vacances, toujours le même problème d’incompréhension avec le monde ouvrier.

Mais parce qu’il y un mais, il fallait survivre 3 jours sans argent. L’unique solution vivre de nos charmes, cette fois des Hollandaises fraîchement arrivées dans le camping (en remplacement des Allemandes) que l’on emmena tout de suite dans un bar dansant; bêtement bien que n’ayant pas plus d’argent que les autres mais surement plus soif, je suis allé commander les boissons et quand je suis revenu les deux hollandaises étaient déjà en main (si je puis dire). Déjà très amoureuses, l’été à cette époque cela allait vite, elles payèrent les consommations sans rechigner. Pour le repas du soir, elles piquèrent quelques conserves à leurs parents et purent nourrir mes copains les jours suivants. Mais pour moi pas de Hollandaise en vue et dans le night club pendant que mes copains s’occupaient de leurs nouvelles copines, j’ai bavardé au bar avec un Espagnol un peu plus âgé qui m’a rapidement payé à boire puis à manger les jours suivants. Les mandats arrivèrent enfin et d’un petit coup de téléphone nous avons remercié et rassuré nos parents (comme quoi nous ne sommes pas des mauvais fils peut être un peu prodigues, mais pas indignes…).

Mais nouveau problème, le troisième soir, le garçon m’ayant entraîné sur la plage voulut rentrer si l’on peut dire … dans ses frais. Je ne du mon salut que dans la fuite, heureusement il ignorait où je logeais. J’attendis mes copains dans la tente qui rentrèrent très tard dans la nuit et leur ayant expliqué ma situation particulière; afin d’éviter que la fin du séjour ne soit compliquée, je réussis à les décider à rompre leurs relations amoureuses et à partir le lendemain. Les adieux furent déchirants sauf pour moi … Heureusement … (évitez de chercher un double sens, merci). Nous sommes parti cette fois en train et sans billet (il nous fallait économiser). Nous avons pris le train très « Far-West » qui longeait la côte en roulant presque au pas et dont les  wagons étaient munis de passerelles ouvertes au niveau desquelles il était facile de monter sans billet.

 

Nous remontâmes vers le nord, nous arrêtant à Cadaqués. L’un d’entre nous (le fils d’ouvrier) rentra en France et nous restâmes à deux pour assouvir une nouvelle passion la chasse sous-marine. Pendant huit jours, nous avons pratiqué cette activité après avoir acheté le matériel nécessaire pensant nous nourrir de poisson. Nous chassions dans les rochers en posant nos affaires sur le mur blanc d’une villa bizarre avec plein de gros œufs blancs dans le jardin; je découvris beaucoup plus tard que le propriétaire en était Salvador Dali (un de mes peintres préférés, dommage qu’il ne nous ai pas fait un petit dessin !). J’avais acheté une guitare, le poisson était difficile à attraper, l’argent vint à manquer.

Le mois de juillet était bien entamé, le coup du mandat risquant de ne plus marcher, nous avons décidé de rentrer … en stop. Avant la frontière nous nous sommes séparés, car il est souvent plus difficile d’être pris en stop à deux; Mais il y avait beaucoup d’auto-stoppeurs sur la route menant au Perthus, et comme je n’aime pas être seul, j’ai fait la connaissance d’un Black marocain qui avait quelques difficultés à être pris en stop. Nous avons passé la frontière ensemble sans être contrôlés  à l’arrière d’une grosse Mercédès conduite par des allemands très sympathiques qui nous ont laissé à Perpignan; et là, grosse galère, beaucoup trop d’auto-stoppeurs (surement des ex-révolutionnaires comme nous); nous avons passé toute la journée sur le bord de la nationale, nous ne sommes partis que tard dans la soirée et l’automobiliste nous a laissé en pleine campagne avant Cahors. Nous avons dormi dans un fossé, heureusement il faisait beau et je ne regrettais pas mon compagnon dont la présence me rassurait, une galère à deux on partage. Le lendemain nous sommes repartis, le ventre vide, pour la deuxième journée et là impossible de trouver une voiture et nous avons du prendre un autocar pour rejoindre Cahors, en cassant mes derniers billets pour payer les deux places (je suis partageux) mais en conservant 5 francs en cas de contrôle policier pour ne pas être accusé de vagabondage (en fait il semble que ce soit une légende). A Cahors nous nous sommes séparés et j’ai continué vers Brive la Gaillarde où je suis arrivé le soir le ventre vide, mais tout de suite pris en charge par une bande d’étudiants qui occupaient encore la Maison de la Culture et dans laquelle j’ai dormi entre deux rangées de fauteuil. Toutefois j’ai dû refuser de me produire sur scène, car ayant une guitare dans le dos ils pensaient que je savais en jouer, sans les détromper (je voulais profiter du gite et du couvert) je leur  ai montré que les cordes n’avaient pas supporté le voyage ce qui m’a servi d’excuse (dommage, j’aurais pu débuter une carrière de chanteur à minettes). J’ai pu me laver dans les toilettes du théâtre bien qu’habitué depuis peu au jeune forcé, j’ai accepté le sandwich qu’ils m’ont donné. Encore une journée de stop pour finir à Tours et dormir à nouveau dans un fossé après avoir sans succès essayé de squatter une tente en exposition. Je réussis enfin à gagner Alençon, le lendemain mais dans un assez sale état, du moins c’est ce qu’on raconté les voisins à mes parents qui étaient partis en vacances avec mon frère et ma soeur.



Mai 1968
16 juin, 2015, 19 h 19 min
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Lorsqu’arrivèrent les événements de Mai 1968, j’étais un étudiant plutôt politisé, syndiqué à l’UNEF, et à un autre mouvement politique  et je participais à presque toutes les manifs (envie de marcher, peut-être).  Aussi en Mai, je fus activiste un peu malgré moi, ce n’était que ma deuxième année d’université et j’étais encore très timide, n’osant pas prendre la parole en publique, alors que j’étais poussé par mes collègues de l’UNEF à organiser et animer des AG dans la filière  biologie de la Faculté des Sciences. J’étais aussi réquisitionné pour participer aux piquets de grève avec des enseignants du SNESup mon futur syndicat (premier contact direct avec des assistants et des maîtres-assistants qui en formaient la masse principale).

 

Pendant les assemblées générales, dans l’amphithéâtre Pierre Daure (une sorte de salle de théatre), on essayait ensemble, pas encore de refaire le monde, mais dans un premier temps de changer l’Université dont le fonctionnement était très rétrograde. C’était en effet le domaine des professeurs mandarins (fonction que j’occuperais bien  plus tard, professeur des Universités mais pas mandarin) qui avaient tout pouvoir, à la fois sur les étudiants mais aussi sur leurs collègues subalternes (les assistants et les maîtres assistants dont le recrutement se faisait le plus souvent par cooptation) ce qu’il fallait, pour nous, absolument faire disparaître. Non seulement ils nous devaient leur existence (sans étudiants, ils n’étaient rien)  mais pour la plupart, vagues silhouettes au bas des amphis lors de leurs cours magistraux, ils nous méprisaient, vivant dans leur tour d’ivoire, inaccessibles.

 

Le seul contact avait lieu lors des examens oraux et quel contact … qui pouvait être intime, comme lorsque le prof de physiologie animale posait aux jeunes étudiantes : « parlez moi de la glande mammaire » et lorsque la jeune fille perturbée ne savait que dire (d’autant plus que ce n’était pas au programme), il avançait alors la main vers l’objet de ses désirs et devait noter en fonction de critères concrets. Après les événements, ce professeur eu l’obligation de pratiquer ses oraux en amphi devant les autres étudiants et non plus dans l’intimité de son bureau et avec possibilité de rattrapage par un autre prof quand ses questions étaient trop hors sujet. En effet, ce prof très spécial (que j’ai subi) annonçait la couleur dès son premier cours en expliquant que dans la mesure ou l’administration ne lui donnait pas suffisamment d’heures, il allait seulement nous présenter l’introduction à son cours et que pour la suite il fallait en prendre connaissance dans son ouvrage en deux tomes récemment publié : « cours de zoophysiologie  » (GAUTHIER-VILLARS, 1962). A cette époque les profs savaient y faire, il n’y en avait que deux exemplaires disponibles à la bibliothèque (j’ai essayé de changer cette règle, mes ouvrages sont largement disponibles, mais l’époque a changé et les étudiants ne lisent plus dans les livres …).

 

Autre particularité de ce prof, il venait faire ses cours dans un amphithéâtre comme les autres mais accompagné d’un de ses assistants pour prendre des notes (car il considérait que chacun de ses cours était une œuvre originale), et d’un appariteur pour effacer le tableau. En effet, il écrivait au tableau derrière lui en basculant sa chaise en arrière, sans se retourner (c’était très technique) aussi l’appariteur devait essuyer sans arrêt les quelques mots qu’il venait d’écrire lorsque nous en avions difficilement pris connaissance. Malgré tout il n’avait pas tout faux et développait une théorie comme quoi connaitre le vocabulaire d’une Science, c’était déjà connaître en partie cette science (d’où les fameux mots de vocabulaire qu’il écrivait derrière lui …). Il était aussi poète surréaliste et faisait souvent des séjours en hôpital psychiatrique. Il organisait aussi des démonstrations (auxquelles j’ai parfois assisté)  de ses expériences de physiologie pour le grand public au cours desquelles il découpait, en morceaux de plus en plus petit, un cœur de grenouille encore actif donc se contractant régulièrement  afin de montrer que cette capacité à se contracter était présente dans les plus petits fragments. Une autre de ses manips de recherche consistait à essayer d’implanter sur des chiens des dispositifs d’analyse des gaz du sang reliés par radio avec les enregistreurs du labo afin de faire des mesures en conditions naturelles, le chien courant sur le campus. Malheureusement les chiens en général ne résistaient pas à l’opération car à l’époque il n’y avait pas encore de micro-informatique et les capteurs étaient loin d’être miniaturisés. Des dizaines de chiens sont ainsi passés sur le billard, sacrifiés pour la Science (sans que Brigitte Bardot soit au courant, heureusement).

 

Mai 1968,  j’étais vraiment un militant de base sans aucune formation à la prise de parole, résultat de mon éducation où la règle de base était quand même « ferme ta gueule ». C’est d’ailleurs cette éducation, faite de brimades, qui était entre autre à l’origine des révoltes étudiantes. Aussi je n’ai pas joué de rôle particulier hormis celui de militant participant aux occupations des locaux; pour cela j’avais besoin d’un sac de couchage, lors d’un retour chez moi un weekend et comme il n’y en avait pas à la maison car nous ne faisions pas de camping, mon père m’envoya en chercher un chez un oncle marchand de peinture (à Alençon il y avait deux familles Tremblin : les Tremblin peinture et les Tremblin boudin et j’appartenais à la deuxième catégorie, moins riche que la première qui avaient en tant que grossiste le monopole sur tous l’ouest des pinceaux et de la peinture, alors que nous les boudins avions juste une marque déposée par mon grand père : « les rillettes du Château des Ducs d’Alençon » que l’on exportait  quand même en quantité toutes les semaines vers la région parisienne, mais je m’écarte) cette oncle qui était un ancien résistant du Vercors était très gaulliste de droite et même un peu plus et les événements de Mai 1968 n’étaient pas sa tasse de thé. Il me fit donc la morale en me racontant son passé glorieux pour finir par me préciser que dans son grenier il avait conservé quelques Kalachnikov bien graissées donc prête à resservir, et que si les étudiants continuaient, avec ses anciens copains des réseaux  ils allaient finir par intervenir pour remettre de l’ordre dans cette chienlit comme disait son idole le Général. Sur cette dernière injonction il me raccompagna sans me frapper mais sans me prêter de sac de couchage.

Du coup, je n’ai jamais dormi dans la fac (ce qui a manqué à mon épanouissement sexuel) mais j’ai participé à toutes les AG, même celle où le service d’ordre avait capturé deux militant d’Occident et où l’on a discuté pendant plus d’une heure pour savoir si on allait ou non les pendre, le vote final à main levée ayant abouti à la négative, ou le soir où l’on a discuté pendant plusieurs heures pour savoir si on allait ou non attaquer l’armurerie de Caen pour y récupérer du matériel; la encore ce sont les modérés (dont je faisait partie) qui l’ont emporté. Ce que j’ai par contre beaucoup apprécié durant cette période ce sont les spectacles le soir dans l’amphithéâtre Pierre Daure où des artistes engagés comme Pia Colombo ou Germain Bouteille et bien d’autres sont venus se produire bénévolement en soutien au mouvement  étudiant mais aussi la lecture de l’enragé auquel participait avec bonheur Wolinsky.

 

J’ai participé à toutes les AG et à toutes les manifs ce qui a fini par me lasser. D’ailleurs à la fin du mois de mai avec des copains dont l’un avait un véhicule plus puissant mais de la même marque que ma 2CV, une DS 19, nous sommes partis vers l’Espagne en passant quand même par Toulouse dont le centre ville historique était encore plein de barricades (juste pour voir) car à Caen, il n’y en avait pas eu. En effet, mai 68 à Caen a été relativement calme : pas de CRS provocateurs donc pas d’incidents violents; la principale raison en étant que quelques mois avant, l’envoi de gardes mobiles contre les ouvriers de la SAVIEM avait mis la ville à feu et à sang avec une nuit d’émeutes les 26 et 27 janvier. A Toulouse nous pûmes faire l’expérience des barricades mais cela nous a vite déçu et nous sommes descendus sur la côte Méditerranéenne pour camper à Colioure.

 

Le responsable du camping méfiant nous fit payer d’avance le séjour alors qu’il ne prit même pas les références d’un couple de jeunes bobos qui venait d’arriver en Triumph décapotable, ils partirent le lendemain sans payer,  comme quoi… Dans le bistrot où nous passions la soirée, les autochtones nous parlèrent d’un tunnel ferroviaire qui était utilisé par les clandestins pour  passer la frontière. Dans la mesure où l’un d’entre nous était un activiste peut être recherché et qui portait un foulard rouge pour augmenter ses chances d’avoir des ennuis, nous décidâmes de tenter de passer la frontière franco-espagnole en dehors des zones contrôlées. Après avoir crapahuté dans la montagne, bien que conscient du danger, nous sommes entrés dans le tunnel et avant d’arriver à la moitié un train est arrivé. En général, dans les tunnels il y a des refuges creusés dans les murs mais nous n’avions pas le temps de les atteindre aussi pour éviter l’accident la seule solution fut de nous coucher sur le remblai en pierre. Une fois le train passé nous avons gagné la sortie, vivant mais couvert de poussier et déçu car nous n’étions pas encore en Espagne.

 



Ma vie en appartement
6 juin, 2015, 16 h 57 min
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Autres nuits folles, j’ai habité avec ma future femme  pendant un an rue Ecuyère (avant le mariage, donc dans le péché, mais c’est une autre histoire) dans un hôtel de passe qui venait d’être transformé en appartement, aussi le loyer était très abordable, mais le confort très rudimentaire juste deux pièces, pas vraiment de cuisine mais un évier dans un cagibi et un lavabo dans la pièce principale; après quelques aménagements, peinture et pose de papier peint (une spécialité de mon épouse, avant de nous installer définitivement au Mans, elle a retapissé tous les appartements que nous avons occupé comme locataire, même en Algérie avec du papier importé). Pour ce premier appartement, je devais aller  payer le loyer en liquide à l’ancienne tenancière, très pittoresque, car elle avait gardé le style vestimentaire et la goualante de son ancien métier. Ce que j’ignorais, c’est qu’à l’étage au dessus, une de ses anciennes pensionnaires poursuivait son activité et que les toilettes étaient communes sur le palier à son étage. Mais elle cessa ses activités quelques mois après notre installation, atteinte par la limite d’âge, et nous n’avons pas attrapé de maladies honteuses !!!

Très vite il s’est installé un bar crêperie au rez-de-chaussée de l’immeuble et une petite salle de spectacle dans la cave; des copains jazzman y venaient souvent s’y produire répandant une ambiance musicale très agréable dans tous l’immeuble; je passais des soirées avec eux et souvent je prêtais mes chaises au bistrotier qui en manquait. Pourtant, dans ces conditions difficiles, mes études, que j’avais reprises, furent un succès, deux mentions AB (faut pas exagérer non plus) et major dans l’un des certificats. Il faut dire que j’étais très motivé après avoir passé une année difficile comme pion-prof de « Sciences Nat » dans un CES de seconde zone à Alençon ma ville natale.  Dans ce collège où je ne me plaisais pas, mon plus beau fait d’arme est d’avoir, exaspéré par l’attitude d’un élève un peu demeuré, crié « dehors ». Nous étions à la fin du printemps la fenêtre était ouverte … il a sauté par la fenêtre; comme il n’y avait qu’un demi étage il ne s’est rien cassé et je l’ai retrouvé dans la cour juste un peu commotionné. Ce jour là, j’ai décidé de tout faire pour enseigner à des étudiants majeurs et plus jamais à des élèves de 6ème. L’année suivante, j’étais moniteur de travaux pratiques à l’Université, fonction mal rémunérée, mais que j’ai occupée durant quatre années et qui me permet de toucher maintenant que je suis à la retraite une pension de 23 euros tous les mois.

Dans cet appartement, deux autres petites anecdotes. La première s’est déroulée la nuit, un soir où  j’hébergeais mon jeune frère, vers 2 h du matin, nous fûmes réveillé par un bruit d’explosion qui provenait du couloir de mon appartement. Je jetais un œil prudent pour m’apercevoir que des pétards allumés étaient glissés sous ma porte par une main pas si innocente que cela. A peine avais-je ouvert la porte qu’une dizaine de membres du CNEC firent irruption dans l’appartement, les filles se glissant dans le lit de mon jeune frère; c’était typique d’une des actions étudiantes dont nous étions coutumiers et auxquelles j’avais souvent participé chez d’autres, mais cette fois c’était à mes dépends. Après leur avoir payé un coup de rouge qui était la boisson traditionnelle de l’étudiant à l’époque (la vodka-orange était trop chère), ils partirent tous se coucher. Toutefois méfiant, je me suis demandé pourquoi ils étaient venus; bien m’en a pris car, sur le palier, il y avait un tas d’ordure et un lourd panneau, décharge interdite, planté dessus très certainement emprunté dans un lieu public;  puis dans la cage d’escalier des dessins très « Charlie hebdo » dont j’étais le héros involontaire, affichés sur les deux étages, pas du tout politiquement correct, donc je ne vous les décrits pas ou alors juste une ou le personnage male censé me représenter avait 6 mains et poursuivait une jeune fille qui avait (vous l’avez deviné) 6 seins. Nous avons passé  une heure mon frère et moi à tout remettre en ordre en me disant que j’avais eu de la chance sinon ma réputation dans l’immeuble en aurait pris un coup.

L’autre anecdote est plus macabre;  pour payer mes études (mes parents m’ayant coupé les vivres) je travaillais comme manœuvre sur le chantier de la foire exposition de Caen; j’y ai d’ailleurs appris plein de choses : faire des trous à la barre à mine, enfoncer des piquets à la sonnette, mettre en place des canalisations pour les eaux usées et concevoir et réaliser des regards, etc. Mais surtout boire du mauvais vin; la première fois j’avais amené un Bordeaux et je m’étais fait engueuler par mes collègues ouvriers car pour le même prix on pouvait avoir 3 L de tuilé d’Algérie, un nectar de l’époque commercialisé en litre étoilé et que l’on achetait par caisse de 12 et que l’on consommait abondamment en jouant aux cartes (ce n’était pas un vin de garde …). Pour se donner du cœur à l’ouvrage, mes collègues de travail, des manœuvres comme moi mais qui faisaient là leur deuxième journée après 8 h de nuit passées à la Saviem (usine de camion) en consommaient beaucoup.

La journée de travail commençait à 6 h 30 aussi je devais non pas me coucher mais me lever de bonne heure (les proustiens comprendront). Un matin alors que je me lavais les dents, je vis passer un individu devant ma fenêtre, s’accrochant quelques secondes à mon sèche-linge puis finissant sa chute dans la cour intérieure de l’immeuble. Seul témoin du drame, vu l’heure matinale, je suis descendu et j’ai découvert le corps d’un homme, décédé dans la mesure où avant de se jeter par la fenêtre il s’était ouvert les veines. Après ces constatations, je me rendis au café tabac du coin pour téléphoner à la police (à l’époque il était très difficile d’avoir un téléphone chez soi et en plus je n’en n’avais pas les moyens).

Je retournais dans mon appartement en attendant confiant les flics qui m’avaient demandés de rester comme témoin;  Confiant, grave erreur, car pénétrant brutalement dans mon appartement et me trouvant à la fenêtre les policiers se sont jetés sur moi me prenant pour l’agresseur et avant qu’ils me passent les menottes, j’ai du très vite leur expliquer qu’il s’étaient trompés d’étage et que c’est moi qui leur avais téléphoné. La police ayant conclu au suicide, ma déposition prise, je pus partir travailler sur mon chantier mais sans mot d’excuse et je fus sanctionné par la pointeuse. 

Cet appartement sans confort, sans cuisine, et peu spacieux était provisoire et j’en cherchais donc un autre que je dénichais assez rapidement dans la plus vieille rue de la ville, en fait la seule qui avait résisté aux bombardements de nos amis américains. Je m’installais donc dans la rue dite « Froide » mais en rénovant entièrement les différentes pièces afin d’en faire un nid douillet pour accueillir des jeunes mariés. Nous disposions cette fois d’une cuisine, d’une salle à manger, d’une chambre nuptiale très en pente et d’une grande chambre d’amis mais de l’autre côté du palier (souvent occupée par un copain maintenant décédé que nous surnommions conseiller conjugal car n’ayant pas de résidence fixe sur Caen il passait de couples en couples se faisant héberger gracieusement); il y avait même une sorte de cabinet de toilettes mais sans eau hormis celle d’un broc. Par contre les toilettes restaient communes dans l’escalier et la rambarde du balcon de  l’étage précédent était du 15ème siècle ce qui nous valait des visites de touristes aimant les vieilles choses dans cette rue où habitaient de nombreux étudiants. En 1973, nous avons aidé à  faire élire à la députation dans la 1ère circonscription du Calvados,  un socialiste Louis Mexandeau, prof d’histoire au lycée Malherbe, en faisant campagne pour que les étudiants résidant dans le centre ville (et nous étions nombreux) s’inscrivent sur les listes électorales et votent pour lui. Erreur de jeunesse …



Mes autres jobs d’étudiant
1 juin, 2015, 0 h 21 min
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Précédemment j’avais conçu d’autres projets commerciaux, en particulier  celui de vendre des pulls pour minettes sur les marchés. En effet, un été, j’avais été employé au black par un marchand de fringues maghrébin et cette activité qui me semblait très rémunératrice m’avait ouvert la voie du commerce itinérant. Je m’étais facilement intégré dans ce milieu car j’étais commerçant par atavisme et j’en ai découvert certains secrets.

Ainsi mon patron ne revenait jamais au même endroit car il commercialisait des jupes qui ne résistaient pas au lavage et il craignait beaucoup les réclamations de ses clientes, on peut le comprendre. A la moindre goutte de pluie il fallait remballer le rayon à toute vitesse.  De marché en marché je commençais à connaître quelques commerçants et en particulier, à la pause, je retrouvais souvent une petite marchande de pralines, dont l’odeur lors de leur préparation attirait les gourmands. Toutefois la technique de vente était un peu particulière lorsqu’une cliente était accrochée, souvent des grands mères avec leurs petits enfants, on la forçait à prendre un gros paquet puis lorsqu’elle demandait le prix, la vendeuse lui disait franc quatre-vingt n’osant pas faire répéter (mais si elle le demandait, elle avait une deuxième fois franc quatre-vingt) elle n’avait plus d’autres solutions que de donner un billet et on lui rendait 20 centimes : en disant et 20 qui font cent ou cinquante suivant le billet fourni, tout cela n’était pas très honnête mais la vendeuse était charmante. J’ignore si avec l’Euro cette arnaque continue, mais je ne fréquente plus les marchés que comme client.

Du coup me reviens une situation similaire, un autre été par relation, je fus embauché dans un supermarché proche d’un camping  comme chef du rayon fruit et légumes, là encore tout n’était pas très régulier. Les gérants avaient mis en place deux façons d’arnaquer les clients. La première très classique était basée sur les balances de l’époque dont les abaques (des règles de trois) étaient gravées sur le cadran sorte de règle à calcul qui permettait de déterminer instantanément en fonction de la position de l’aiguille et de son prix au kg,  le prix du produit pesé. La plupart des clients ignorant le fonctionnement de ces balances, en dehors des erreurs de parallaxe, il était facile de rajouter quelques centimes au prix affiché que seul le vendeur pouvait lire. Je me refusais, bien sûr, malgré la pression du patron à modifier le prix affiché.

L’autre méthode plus rentable pratiquée à la caisse par la gérante consistait à rajouter un ou deux francs sur chaque note et comme la caisse n’était pas enregistreuse, elle ne délivrait qu’un ticket  non transparent ou n’apparaissait que les suites des chiffres de l’addition. Par contre elle devait gérer une double caisse, la seconde très discrète se remplissant des prélèvements indus. Bien que le camping voisin soit un GCU plein d’enseignant, a priori pour certain fort en calcul mental, en 2 mois un seul s’est aperçu de la fraude qui a été imputée à une erreur de frappe sur la calculatrice.

 Parmi mes autres jobs d’été, je fus employé, une seule fois malheureusement, comme placeur/videur dans un combat de catch, ma première fonction de placeur, rémunérée au pourboire était très rentable; par contre la seconde consistait durant les combats à empêcher que les spectateurs n’envoient leurs capsules de bière sur le ring car cela faisait saigner les catcheurs rendant plus réalistes leurs cris : »du sang, du sang … »

Un été enfin, je n’ai pas travaillé car j’ai touché une indemnité correspondant à une activité d’expert flore des prairies pour la chambre d’agriculture de la Sarthe. En effet au cours de l’année universitaire, j’avais été envoyé par mon directeur de labo inventorier les graminées des prairies d’embouche en Sarthe; j’avais en effet été quelque peu formé à cette activité dans le cadre du certificat de phytogéographie dont j’ai été pour l’unique fois dans mes études le major de la promotion, donc bon élève enfin; mais l’enseignant responsable m’ayant convoqué dans son bureau, je pensais pour me féliciter, m’a remis à ma vraie place en me citant ce proverbe : « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ».

La chambre d’agriculture de la Sarthe souhaitant me rémunérer, je fus convoqué par la commission du cumul de l’Université de Caen, car je bénéficiais d’une bourse d’un montant de 450 francs par mois sur 9 mois et d’un emploi de moniteur de travaux pratiques 8 h par semaine pour 250 francs par mois, là encore sur 9 mois donc un cumul d’emplois qui me laissait encore loin du SMIG. Pourtant, la commission du cumul présidée par un militaire en retraite (un spécialiste du cumul) me refusa le cumul de ces rémunérations durant l’année universitaire. Mon salaire me fut donc versé sous forme  d’indemnité durant l’été suivant ce qui me permis de prendre vraiment des vacances cette année là, dois je dire merci au président de la commission du cumul ?

 


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